L’Encyclopédie/1re édition/TROMPETTE

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

TROMPETTE, voyez Aiguille.

Trompette, s. f. (Luth) instrument de musique, le plus noble des instrumens à vent portatifs ; on s’en sert principalement à la guerre pour faire faire le service ou l’exercice à la cavalerie.

Le mot est françois ; Ménage le dérive du grec θρόμϐος, turbo, qui est une conque dont on se servoit autrefois au-lieu de trompette. Du Cange croit que ce mot vient du latin corrompu, trompa, ou de l’italien tromba ou trombetta. D’autres pensent qu’il dérive du celtique trombill, qui signifie la même chose. Voyez-en la représentation dans la fig. 3. Pl. VII. de la Lutherie.

Cet instrument se fait ordinairement de cuivre, quelquefois d’argent, de fer, d’étaim & de bois. Nous lisons que Moïse fit faire deux trompettes d’argent pour l’usage des prêtres. Num. X. & Salomon en fit faire 200 sur le même modele, comme nous l’apprenons de Josephe, liv. VIII. ce qui fait assez connoître l’antiquité de cet instrument.

Les anciens avoient divers instrumens qui étoient des especes de trompettes, comme tubæ, cornua, litui. Voyez Cor, Trompe, Clairon.

La trompette moderne consiste dans l’embouchure, qui est un bocal large d’environ un pouce, quoique le fond n’ait qu’un tiers de cette largeur. Les deux canaux qui portent le vent, s’appellent les branches ; les deux endroits par où elle se recourbe & se replie, s’appellent potences ; & le canal qui est depuis la seconde courbure jusqu’à son extrémité, s’appelle le pavillon ; les endroits où les branches se peuvent briser & séparer, ou souder, s’appellent les nœuds, qui sont au nombre de cinq, & qui en couvrent les jointures.

Quand on ménage bien le son de la trompette, il est d’une si grande étendue, que l’on ne sauroit la déterminer au juste, puisqu’elle va aussi haut que la force du souffle la peut porter ; une bonne poitrine poussera le son de la trompette au delà des quatre octaves qui font l’étendue des claviers des épinettes & des orgues.

A la guerre il y a huit manieres principales de sonner la trompette. La premiere s’appelle le cavalquet, dont on se sert quand l’armée approche des villes, ou quand elle passe à-travers dans une marche. La deuxieme est le boute-selle, qui est suivi de la levée du boute-selle ; on le sonne quand on veut déloger, ou se mettre en marche. La troisieme est quand on sonne à cheval, & puis à l’étendard. La quatrieme est la charge. La cinquieme le guet. La sixieme le double cavalquet. La septieme la chamade. La huitieme la retraite. On sonne aussi avec la trompette des airs & des fanfares dans les réjouissances.

On trouve des gens qui sonnent si délicatement de la trompette, & qui en tirent un ton si doux, que cet instrument tient sa place non-seulement dans la musique d’église, mais aussi dans la musique de chambre ; de sorte que dans la musique italienne & allemande nous trouvons souvent des parties intitulées tromba prima, segonda, terza, c’est-à-dire, premiere, seconde, troisieme trompette, & que ces parties doivent être exécutées par ces instrumens.

M. Roberts, dans ses transactions philosophiques, remarque que la trompette a deux défauts considérables ; le premier, que dans son étendue elle ne peut former ou exprimer qu’un certain nombre de notes, que l’on appelle communément notes de trompette ; le deuxieme, que quatre des notes qu’elle exprime ne sont point d’un accord parfait. Voyez Note. Les mêmes défauts se trouvent dans la trompette marine, & c’est la même raison qui les fait naître. Voyez Trompette marine.

Trompette, (Littérat.) l’origine de cet instrument se perd dans l’antiquité ; les Tyrrhéniens, suivant quelques historiens grecs, en sont les inventeurs ; d’autres attribuent plus vraissemblablement cette découverte aux Egyptiens, dont la connoissance passa chez les Israélites ; car Moïse fit faire deux trompettes d’argent pour le service des troupes & du peuple. Les Grecs n’avoient encore aucun usage de cet instrument lors du siege de Troie ; mais il étoit connu du tems d’Homere, comme il paroît par le poëme sur le combat des grenouilles & des rats ; cependant Virgile n’a pas cru devoir s’attacher à la vérité historique sur cette bagatelle. Il releve dans son Enéïde les talens de Misène, en nous assurant que ce fils d’Eole avoit été, au siege de Troie, un fameux trompette, qui s’étoit souvent distingué à côté d’Hector ; ces sortes d’anacronismes sont fort permis en poésie ; mais l’histoire nous apprend que l’usage de la trompette, chez les Grecs, ne remonte pas si haut. Il est vrai que cet exercice vint bien tôt à s’introduire dans les jeux solemnels de la Grece, & même y eut un prix.

La même histoire nous apprend que dans une bataille des Spartiates contre les Messéniens, le bruit de cet instrument jusques là inconnu à ces derniers peuples, les jetta dans une épouvante qui donna la victoire aux Lacédémoniens : Lacedemonii vicerunt quùm novus tubæ sonitus hostes terruisset. Cependant les auteurs grecs ne fournissent rien de particulier sur la trompette de leur pays ; mais on trouve assez de choses sur celles des Romains, & nous savons par exemple qu’ils en connoissoient de trois sortes.

La premiere étoit celle qu’on appelloit tuba, de tubus, à cause de sa ressemblance à un tuyau. Cette trompette étoit droite, & se nommoit tuba directa, æs rectum. Elle étoit étroite par son embouchure, s’élargissant insensiblement, & se terminant par une ouverture circulaire & proportionnée.

La seconde sorte de trompette romaine, étoit plus petite que la premiere. Elle étoit courbée vers l’extrémité, à-peu-près comme le bâton augural, duquel elle avoit aussi emprunté le nom de lituus. Elle s’appelloit encore quelquefois tuba curva.

La troisieme espece de trompette en usage chez les Romains, étoit appellée buccina ou buccinum. Celle-ci étoit presque entierement courbée en cercle. Elle passoit par-dessous du bras gauche du trompette qui l’embouchoit, & se recourboit de maniere que l’ouverture de l’extrémité, de la même forme que celle de la trompette droite, se faisoit voir en-devant par-dessus l’épaule, comme si elle eût été se rejoindre à son embouchure.

La trompette droite appellée par les Grecs σάλπιγξ, & tuba par les Latins, servoit à la guerre pour animer les soldats au combat, ou pour les rappeller à leur drapeau lorsque dans le fort de la mêlée ils s’étoient trop écartés.

La trompette droite dans les armées, étoit particulierement destinée à l’infanterie ; & ceux qui sonnoient tubicines, étoient aussi à pié, si ce n’est dans quelques occasions extraordinaires où on les faisoit monter à cheval. Quand les armées étoient en présence, les trompettes sonnoient la charge, c’est-à-dire donnoient le signal du combat. Mais de même qu’un certain son de la trompette signifioit qu’il falloit attaquer l’ennemi, par un autre son elle faisoit entendre qu’il falloit se retirer. Un des usages particuliers de la trompette droite étoit encore de donner dans le camp les signaux qui indiquoient aux soldats leurs différens devoirs.

C’étoit au son de ces mêmes trompettes que triomphoient les dictateurs, les consuls, les préteurs & les autres généraux. Elles étoient à la tête de cette marche pompeuse, & elles faisoient retentir l’air de fanfares propres à redoubler la joie du peuple. Au reste, la trompette droite n’étoit pas si particulierement destinée à la guerre, qu’elle ne fût encore employée à quelques usages qui n’y avoient aucun rapport. A l’imitation des Grecs, les Romains s’en servoient dans la célébration de quelques-uns de leurs jeux sacrés, & entr’autres dans celle des jeux floraux, dans la fête de la lustration & dans quelques sacrifices.

On s’en servoit aussi quelquefois dans les cérémonies lugubres, c’est-à-dire dans la marche des pompes funebres, & tant que duroient les jeux qui se célébroient au-tour du bucher d’un défunt pour honorer ses funérailles. Selon Servius, on ne se servoit de la trompette droite que dans les pompes funebres des gens d’un âge avancé, à la différence des jeunes gens dont la pompe n’étoit précédée que de flûtes. Cependant malgré la distinction de ce savant grammairien, il est constant qu’on mêloit assez souvent le son des flûtes à celui des trompettes dans les pompes funebres des Romains de tout âge & de toute qualité.

Il y a encore eu deux especes de trompettes particulieres aux Romains ; le lituus & la buccina. Le lituus ou trompette courbe appartenoit à la cavalerie : ce qu’Horace, dans les deux premiers livres de ses odes, marque assez clairement, pour ne pas laisser lieu d’en douter. Lorsque les empereurs romains étoient à l’armée, & qu’ils vouloient haranguer les soldats, ils les faisoient assembler au son de la trompette courbe, selon le témoignage d’Ammien Marcelan. Comme la trompette droite servoit à l’infanterie de signal pour la charge & pour la retraite, le lituus servoit au même usage pour la cavalerie. Il étoit aussi employé dans les entrées triomphales ; ce qu’il ne faut entendre néanmoins que par rapport aux compagnies de cavalerie, qui embellissoient la marche des triomphes. L’infanterie qui marchoit à la tête de cette pompe, étoit toujours précédée de ses tubicines qui sonnoient de la trompette droite nommée proprement tuba.

A l’égard de l’autre espece de trompette appellée buccina, elle étoit commune à l’infanterie comme la trompette droite. C’étoit encore au son de la buccina que s’annonçoient dans le camp les différentes veilles de la nuit, & que la premiere sentinelle étoit relevée par la seconde, & ainsi des autres. La buccina étoit employée à cet usage plutôt que la trompette droite & que la courbe, à cause que le son de la buccina étoit plus aigu, & se faisoit entendre plus distinctement & de plus loin.

Du tems de Vegece, qui vivoit sous Valentinien le jeune, les Romains se servirent d’une quatrieme sorte de trompette ; ce fut de la corne de ces bœufs sauvages, uri, & fréquens alors en Allemagne. Cette corne garnie d’argent par son embouchure, rendoit, dit cet auteur, un son aussi distinct & aussi éclatant que celui d’aucune sorte de trompette.

Les modernes ont extrèmement perfectionné la méchanique des différentes trompettes, leur forme, l’alliage qui leur convient & la théorie de leurs sons. Morland, Cassegrain, Muller, Coniers & Haase ont recherché curieusement la meilleure fabrique des trompettes, & le dernier a donné sur ce sujet un petit livre intitulé, de tubis stentoriis, eorumque formâ & structurâ. (D. J.)

Trompette harmonieuse, (Luthier.) c’est un instrument harmonieux, qui imite le son de la trompette, & qui lui ressemble, hormis qu’il est plus long, & qu’il a plus de branches. Il s’appelle ordinairement sacquebutte. Voyez Sacquebutte, & la fig. 14. Pl. VII. de la Lutherie.

Trompette marine, (Luthier.) est un instrument de musique composé de trois tables, qui forment son corps triangulaire ; elle a un manche fort long, & une seule corde de boyau fort grosse, montée sur un chevalet, qui est ferme d’un côté sur un de ses piés, & tremblotant de l’autre côté, sur un pié qui n’est point attaché à la table. On la touche d’une main avec un archet, & de l’autre on presse la corde sur le manche avec le pouce : c’est ce tremblement du chevalet qui lui fait imiter le son de la trompette ; ce qu’elle fait si parfaitement, qu’il n’y a presque pas moyen de la distinguer de la trompette ordinaire, & c’est ce qui lui a fait donner ce nom, quoique d’ailleurs ce soit une espece de monocorde. Voyez la fig. 10. Pl. II. de Lutherie.

La trompette marine a les mêmes défauts que la trompette militaire, en ce qu’elle ne peut exprimer que des notes de trompette, & qu’elle leur donne un ton trop bas ou trop haut. Voici la raison que M. Roberts en donne, après avoir fait la remarque des deux cordes qui sont à l’unisson, & dont l’une ne peut être ébranlée, sans que l’autre ne s’ébranle on même tems, il dit que les impulsions que l’air reçoit de l’ébranlement d’une corde, se communiquent à une autre corde qui se trouve disposée à recevoir les mêmes vibrations.

A quoi on peut ajouter qu’une corde s’ébranle, non-seulement par l’impulsion d’un unisson, mais aussi par celle d’une octave ou douzieme, n’y ayant point de contrariété dans les mouvemens, pour se nuire les uns aux autres. Voyez Corde, Unisson.

D’ailleurs en jouant de la trompette marine, on n’appuie pas ferme sur la corde, comme dans les autres instrumens, mais on ne fait que la toucher légérement du pouce.

Enfin la partie supérieure de la corde concourt avec sa partie inférieure pour former le son : d’où il faut conclure que la trompette marine ne rend point un son musical que lorsque la touche sur la partie supérieure de la corde forme une partie aliquote, ou intégrante de la note ; de sorte que le concours de la partie inférieure de la corde acheve de former le son parfait, ou la note entiere. Autrement les vibrations des parties s’entrechoquent & forment un son qui est proportionné à leur mouvement, & qui met la confusion dans toute leur harmonie : ce sont donc ces parties aliquotes qui, selon M. Roberts, sont les véritables touches, qui forment les notes de trompettes.

Trompette parlante, (Acoust.) est un tube de la longueur de six à quinze piés, tout droit, & fait de fer blanc, avec un pavillon fort large : son bocal est assez large pour recevoir les deux levres d’une personne. Lorsqu’on y applique la bouche & qu’on y parle dedans, la voix se porte très-loin, & on se fait entendre distinctement à la distance d’un mille ou de mille pas : on s’en sert beaucoup sur mer.

On dit que l’invention en est moderne, & on l’attribue communément au chevalier Samuël Morland anglois, qui lui a donné le nom de trompette stentorophonique. Mais il semble que le P. Kircher reclame à plus juste titre l’invention de cet instrument, puisqu’il est constant qu’il donna la figure de la trompette parlante, avant que le chevalier Morland en eût conçu l’idée. Voyez Porte-voix.

Kircher dans sa Phonurgie, dit qu’il avoit inventé il y avoit 24 ans, & publié dans sa Musurgie, la même trompette qu’en dernier lieu on a fait passer en Angleterre pour une invention nouvelle. Il ajoute que Jacobus Albanus Ghibbisius, & le P. Eschinardus lui attribuent cette invention, & que G. Schottus lui rend témoignage que dans le college Romain il avoit cet instrument dans sa chambre, & qu’il s’en servoit pour appeller le portier, & pour en recevoir reponse.

Lorsque l’on fait attention au fameux porte-voix dont Alexandre le Grand se servoit pour parler à son armée, & que l’on pouvoit entendre distinctement à cent stades (huit stades font un mille d’Angleterre, qui fait un tiers de lieue de France), il paroît un peu surprenant que les modernes prétendent à cette invention ; la trompette stentorophonique d’Alexandre, dont on conserve une figure au Vatican, étant presque la même chose que la trompette parlante dont on fait usage aujourd’hui. Chambers.

Trompette écoutante, est un instrument inventé par Joseph Landini, pour faire entendre une personne qui parle à une distance considérable, sans le secours d’aucune trompette parlante : c’est une espece de cornet. Voyez Cornet.

Trompette, jeu d’orgue de la classe de ceux qu’on appelle jeux d’anches. Il est composé d’un tuyau d’étain E C, fig. 44. Pl. d’Orgue, de forme conique comme tous les autres jeux d’anche, excepté le cromorne ; à l’extrémité inférieure est soudée une noix de plomb c, dans laquelle l’anche & sa languette sont assujetties par le moyen d’un coin de bois. Voyez l’article Anche. Un peu plus haut est un anneau de plomb D, soudé sur le corps du tuyau dans lequel passe la rasette ba, qui passe aussi dans la noix e du tuyau, & qui va s’appuyer sur la languette de l’anche, pour fixer la longueur de la partie qui doit vibrer. La partie inférieure DC de la trompette entre dans une boîte AB qui est d’étoffe, c’est-à-dire de plomb & d’étain fondus ensemble ; savoir deux parties du premier, & une du troisieme. La trompette entre dans la boîte, en sorte que la bague D vienne appuyer sur la partie supérieure qu’elle doit fermer exactement ; en sorte que le vent du sommier qui passe dans la boîte par l’ouverture de son pié B, ne puisse trouver d’issue pour sortir qu’entre la languette & l’anche du tuyau par où il passe dans le corps de la trompette, ce qui la fait parler. Voyez pour l’explication de la formation du son dans les jeux d’anches, l’article Orgue, où la facture des jeux d’anches est expliquée.

La trompette sonne l’unisson du huit piés ouvert, ou du clavecin, & l’octave au-dessous du prestant, sur lequel on l’accorde. Voyez la table du rapport & de l’étendue des jeux de l’Orgue.

Trompette de récit, jeu d’orgue de la classe de ceux qu’on appelle jeux d’anches. Le jeu qui est d’étain, sonne l’unisson des dessus & des tailles de la trompette, dont il ne differe qu’en ce qu’il est de plus menue taille. Quelquefois ce jeu descend jusqu’au fa de la clé de fa, ou des basses tailles de la trompette. Il est sur un clavier séparé, & sur le même sommier que le cornet de récit, qui est placé dans le haut de l’orgue. Voyez la table du rapport & de l’étendue des jeux de l’orgue. Voyez l’article Orgue & Jeux, & la fig. 46. Pl. d’Orgue, qui représente un tuyau de trompette de récit dans sa boîte.

Trompette, double trompette, jeu d’orgue ne differe de la trompette dont il sonne l’unisson, qu’en ce qu’il est de plus grosse taille, pour éviter la confusion que deux unissons de même taille font entendre dans les sons qu’ils rendent.

Trompette, s. m. (Art. milit.) c’est le cavalier qui sonne de cet instrument.

Il y a des trompettes dans toutes les compagnies de cavalerie, & dans toutes celles de la maison du roi & de la gendarmerie.

Les trompettes, dans les marches & dans les revues, marchent à la tête de l’escadron, trois ou quatre pas en avant ; dans un combat, ils sont sur l’aîle ou dans les intervalles des escadrons. (Q)

Trompettes, fétes des, (Hist. jud.) solemnité célébrée chez les anciens Hébreux & chez les Juifs modernes, mais avec quelque différence.

Elle se célébroit chez les anciens le premier jour du septieme mois de l’année sainte qui étoit le premier de l’année civile. Ce mois s’appelloit tizri, & répondoit à la lune de Septembre. On annonçoit le premier jour de l’année au son des trompettes. Ce jour étoit solemnel. Toute œuvre servile y étoit défendue ; on y offroit un holocauste solemnel au nom de toute la nation, d’un veau, de deux béliers, de sept agneaux de l’année ; avec les offrandes de farine, de vin, que l’on avoit coutume de joindre à ces sacrifices. L’Ecriture ne nous apprend point la raison de l’établissement de cette fête. Théodoret, quæst. XXXII. in levitic. croit que c’étoit en mémoire du tonnerre que l’on avoit entendu sur le mont Sinaï, lorsque Dieu y donna sa loi. Les rabbins veulent que ce soit en mémoire de la délivrance d’Isaac, à la place duquel Abraham immola un bélier.

Aujourd’hui les Juifs ont coutume ce soir-là de se souhaiter l’un à l’autre une bonne année, de faire meilleure chere qu’à l’ordinaire, & de sonner de la trompette à trente diverses fois. Léon de Modene, céremon. des Juifs, part. III. c. v. remarque qu’il y a eu autrefois dispute entre les rabbins sur le tems auquel le monde a commencé, les uns prétendant que c’étoit au printems, & les autres en automne ; que ce dernier sentiment a prévalu, & que c’est sur cela qu’est fondée la fête des trompettes qui se célebre au commencement de tizri qui répond à Septembre. Pendant cette fête qui dure les deux premiers jours du mois : le travail & les affaires sont suspendues ; les Juifs tiennent par tradition que ce jour-là Dieu juge particulierement les actions de l’année précédente, & dispose des événemens de celle où l’on va entrer. C’est pourquoi dès les premiers jours du mois précédent, ou du moins huit jours avant la fête des trompettes, la plûpart vaquent aux œuvres de pénitence & de mortification ; & la veille, plusieurs se font donner trente-neuf coups de fouet, par forme de discipline.

Le premier soir qui commence l’année & qui précede le premier jour de tizri, en revenant de la synagogue. Ils se disent l’un à l’autre : Soyez écrit en bonne année, & l’autre répond, & vous aussi. Lorsqu’ils sont dans leur maison, on sert sur la table du miel & du pain levé & tout ce qui peut faire augurer une année abondante & douce. Il y en a plusieurs qui vont le matin de ces deux fêtes vêtus de blanc à la synagogue en signe de pureté & de pénitence. Parmi les Allemands quelques-uns portent alors l’habit qu’ils ont destiné pour leur sépulture. On récite ce jour-là dans la synagogue plusieurs prieres & bénédictions particulieres. On y tire solemnellement le pentateuque de l’armoire, & on y lit à cinq personnes le sacrifice qu’on faisoit ce jour-là. Ensuite on sonne trente fois du cor, tantôt d’une maniere fort lente, & puis d’une maniere fort brusque. Ils disent que c’est pour faire songer au jugement de Dieu, pour intimider les pécheurs & les porter à la pénitence. Après quelques prieres, ils s’en retournent à la maison, ils se mettent à table, & passent le reste du jour à entendre quelques sermons & à d’autres exercices de dévotion. Les deux jours de la fête se passent dans de semblables cérémonies.

Pour se préparer à la fête des trompettes ou du commencement de l’année civile, plusieurs juifs se plongent dans l’eau froide ; & à-mesure qu’ils s’y plongent, ils confessent leurs péchés, & se frappent la poitrine. Ils s’y plongent entierement afin de paroitre purs aux yeux de Dieu. Ils croient que ce jour-là Dieu assemble son conseil ou ses anges, & qu’il ouvre ses livres pour juger tous les hommes. On ouvre selon eux trois sortes de livres : le livre de vie pour les justes ; le livre de mort pour les méchans ; le livre des hommes qui tiennent le milieu, pour ceux qui ne sont ni tout-à-fait bons ni tout-à-fait mauvais. Il y a dans les deux livres de vie & de mort deux especes de pages, l’une pour cette vie & l’autre pour l’éternité ; car il arrive souvent que les méchans ne sont pas châtiés en cette vie selon leurs démerites ; & que les justes y sont traités avec rigueur, comme s’ils avoient encouru la colere de Dieu. Cette conduite du Seigneur fait, selon eux, que l’on n’est jamais sûr de son état, & qu’on est toujours dans l’incertitude si l’on est digne d’amour ou de haine. Pour ceux qui ne sont ni tout-à-fait bons, ni tout-à-fait mauvais, ils ne sont écrits nulle part, disent les Juifs ; Dieu attend jusqu’au jour de l’expiation qui est le dixieme de l’année, s’ils se convertiront. Ce jour-là il porte contre eux son jugement de vie ou de mort selon leur mérite. Calmet, Dictionn. de la bible.