L’Encyclopédie/1re édition/ORGUE

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ORGUE, s. m. (Instrument à vent.) c’est le plus grand & le plus harmonieux des instrumens de cette espece ; c’est pourquoi on lui a donné le nom d’orgue, οργανον, qui signifie l’instrument par excellence.

L’invention des orgues est aussi ancienne, que leur méchanique est ingénieuse.

L’usage de l’orgue n’a commencé dans nos églises qu’après S. Thomas d’Aquin, en l’année 1250.

Le premier que l’on a eu en France fut donné en présent au roi Pepin par Constantin Copronyme en 1267.

On peut distinguer dans cet instrument deux sortes de parties, les intégrantes & les ministrantes. On traitera des unes & des autres dans la description suivante.

Description de l’orgue. L’orgue est composé d’un buffet de menuiserie plus ou moins enrichi de sculpture, qu’on appelle fût, voyez Fut ; de deux sommiers sur lesquels sont arrangés les tuyaux ; soit d’étain, de plomb ou de bois, d’un ou de plusieurs claviers. On donne le vent aux tuyaux par plusieurs grands soufflets ; il est conduit aux sommiers par des tuyaux de bois qu’on appelle porte-vents.

Il paroît par ce que nous venons de dire, que les matieres qui composent un orgue sont le bois, l’étain & le plomb, auxquelles on peut ajouter le cuivre pour la fabrique des anches, & le fer qui sert à deux usages, comme dans toutes sortes de machines.

L’ordre de sinthese demande qu’avant de décrire l’orgue, & d’en expliquer la facture, nous expliquions l’apprêt des différentes matieres qui le composent : nous commencerons par le bois.

Le bois dont on se sert dans la fabrique des orgues, est de deux sortes, par rapport aux différens emplois qu’on en fait. Celui qui est destiné pour faire les tuyaux de bois, les sommiers, les claviers, les abregés, doit être du chêne, connu sous le nom de bois d’Hollande, parce que c’est les Hollandois qui en font commerce. Le plus parfait ne sauroit être trop bon, principalement pour la fabrique des tuyaux & des sommiers. L’autre sorte de bois dont on se sert dans la fabrique des orgues, est connu sous le nom de bois de vauge ; c’est aussi du bois de chêne, mais moins parfait que celui d’Hollande. On s’en sert pour faire le buffet, & quelques parties de l’orgue qui ne demandent point du bois si parfait, comme par exemple, les tables des soufflets, &c.

L’étain dont on se sert dans la fabrique des orgues, est l’étain fin d’Angleterre : on peut cependant, à son défaut, en employer d’autre.

Le plomb est le plomb ordinaire. On réduit ces deux métaux en lames ou feuilles minces, longues & larges autant qu’il est besoin : ce qui se fait de la maniere suivante.

Maniere de couler les tables d’étain ou de plomb qui servent à faire les tuyaux d’orgue. On prépare une table (fig. 49. Pl. X. d’orgue) de bois de chêne aussi longue & aussi large qu’il est besoin ; on fait en sorte, au moyen de plusieurs barres clouées à la partie inférieure de la table, qu’elle soit inflexible : sur cette table, qui doit être parfaitement plane, on étend une piece de coutil que l’on attache sur les côtés avec des clous d’épingle, en sorte qu’elle soit bien tendue ; sur cette piece de coutil on en met une autre moins parfaite, ou même que l’usage a à-demi-usée, & la table est préparée.

On prépare ensuite le table représenté, fig. 60. Le rable est une caisse sans fond ABCDEF. Le côté AB du rable ne doit point porter sur la table, comme on le voit à la fig. 59. qui représente le rable en situation sur la table ; & le côté EDCF doit être plus élevé, afin de compenser l’inclinaison de cette table, que l’on incline plus ou moins, ainsi que l’on voit dans la figure, en la soutenant à une de ses extrémités par un tréteau G, & dans différens points de sa longueur, par des calles ou chantiers HHI ; & pour empêcher la table de couler sur ses appuis, on la retient par la partie supérieure, au moyen d’une corde K qui y est attachée, & qui est liée à un crampon scellé à la muraille de l’attelier.

La table ainsi préparée, & le rable placé dessus à la partie supérieure, on enduit les joints qu’il fait avec la table, d’une ou de plusieurs couches de blanc-d’Espagne détrempé dans de l’eau, afin de fermer parfaitement toutes les ouvertures que les petites inégalités du coutil pourroient laisser entr’elles & les parties du rable qui s’y appliquent.

Pendant toutes ces préparations, le métal que l’on se propose de couler en table, est en fusion dans une chaudiere de fer, semblable en tout à celle des plombiers. Lorsque c’est de l’étain que l’on veut couler, on jette dans la chaudiere un peu de poix-résine & de suif, tant pour purifier le métal, que pour revivifier les parties que l’ardeur du feu auroit pû calciner : on écume ensuite le métal fondu, en sorte qu’il ne reste plus de scories ; & lorsqu’il est refroidi au point qu’un papier ne s’y emflamme plus, on le puise avec une cuillere, & on le verse dans le rable, dont on a couvert le fond d’une feuille de papier pour garantir le coutil. Pendant cette opération, un ouvrier appuie sur le rable pour empêcher que la pesanteur du métal ne le fasse couler avant qu’il en soit suffisamment rempli.

On connoît qu’il est tems de tirer la table d’étain, lorsqu’on s’apperçoit qu’il commence à grener, c’est-à-dire lorsqu’il se forme de petits grains à sa surface, comme lorsqu’il commence à se figer ; au contraire, le plomb doit être tiré le plus chaud qu’il est possible, sans cependant qu’il puisse enflammer un rouleau de papier que l’on y plongeroit.

Pour tirer la table d’étain ou de plomb, on conduit le rable, rempli de métal fondu, le long de la table couverte de coutil, soit en le tirant en marchant à-reculons, ou en le poussant en marchant devant soi, & en appuyant sur le rable. Lorsqu’il est arrivé au bas de la table, on laisse tomber par terre ou dans une auge, qui est placée vis à-vis, le reste du métal.

Par cette opération le métal fondu que le rable contient, s’attache à la table, & y forme une feuille plus ou moins épaisse, selon que l’on a tiré le rable plus ou moins vîte, ou que la table est moins ou plus inclinée.

Les tables ainsi tirées, on les laisse refroidir. On ébarbe ensuite celles d’étain, dont les bords sont entourés d’un grand nombre d’aiguilles, qui blesseroient les ouvriers sans cette précaution : on les roule pour s’en servir, ainsi qu’il sera dit ci après On continue de même jusqu’à ce que la fonte soit épuisée.

Les plus grandes tables que l’on fasse de cette maniere sont de 16 piés de long, sur 3 piés de large, ou seulement de 18 pouces. Si les tuyaux sont de deux pieces, ainsi que cela se pratique ordinairement, lorsque les tuyaux ont une certaine grandeur ; on conçoit bien par conséquent que la table & le rable doivent être d’une grandeur proportionnée.

Lorsque le coutil dont la table est couverte est neuf, les tables qui sont coulées dessus sont ordinairement défectueuses, soit parce que l’humidité du coutil cause de petits bouillons, ou parce que les petits poils qui les rendent velues font le même effet, on est obligé de couper les tables, & de les remettre à la fonte.

Après que les tables ont été coulées, ainsi qu’il a été dit, on les forge, on plane sur un tas avec le marteau, représenté fig 62. Ce marteau est rond, plan par une de ses extrémités pour planer, & un peu convexe par l’autre pour forger. L’effet de ces deux opérations est d’écrouir le métal, & par conséquent en le rendant plus roide, le rendre plus propre à soutenir la forme que l’on lui donne dans l’emploi qu’on en fait. On saura aussi que l’étain est très dur à forger, au lieu que le plomb est très-doux.

Après que les tables sont forgées & planées, on les étend sur un établi qui doit être bien uni, en les frappant avec une batte. Voyez Batte, & la fig. 65. Les tables de plomb ainsi étendues sont brunies avec le brunissoir d’acier, fig. 64. voyez Brunissoir. Après cette opération elles sont entierement achevées : celles d’étain au contraire demandent un peu plus de travail. Après qu’elles sont étendues sur l’établi avec la batte, on les rabotte avec la galere, voyez Galere, & la fig. 63. qui la représente. Cette galere est un rabot dont la semelle est de fer, & dont le fer est presque à-plomb. La raison de cette disposition est que si le fer étoit oblique, il mordroit trop, & emporteroit la piece ; au lieu qu’il faut qu’il ne fasse que racler un peu fort, & emporter des copeaux légers. Par cette opération on égalise les tables d’épaisseur, ce qui s’acheve avec le racloir des ébénistes. Voyez Racloir. Cette opération se fait des deux côtés de la table d’étain ; car pour celles de plomb, on ne les rabote que quand elles sont plus épaisses à un endroit qu’à l’autre ; & le côté raboté des tables de plomb se met toujours en dedans du tuyau.

On doit observer aussi que pour raboter l’étain, on doit graisser un peu la semelle de la galere ; & que pour le plomb on doit le mouiller avec de l’eau, & en remettre souvent ; car plus le plomb est mouillé, plus la galere emporte de forts copeaux.

Après toutes ces opérations, on polit les tables d’étain en cette maniere. On prend de l’eau & du savon ; on met de l’eau sur la table, & on la frotte avec le savon : on brunit ensuite avec le brunissoir, qui doit être très-poli : on enduit pour cela une planche de sapin de potée & d’huile ; on frotte le brunissoir dessus jusqu’à ce qu’il soit bien poli ; on l’essuie avec un morceau de serge, & on brunit ensuite la table d’étain en la frottant dans toute son étendue avec le brunissoir.

Lorsque la table est bien également brunie, on écrase du blanc-d’Espagne que l’on seme dessus ; on frotte ensuite avec un morceau de serge jusqu’à ce que la table soit bien éclaircie : alors elle est entierement achevée de polir. On se doute bien qu’on ne polit ainsi que le côté qui doit se trouver en-dehors du tuyau ; car polir le dedans seroit un travail superflu, & même on ne polit que l’étain qui doit servir à faire les tuyaux de montre, c’est-à-dire ceux qui paroissent au-dehors.

Le cuivre dont on se sert dans la fabrique des orgues, est du laiton réduit en table de différentes épaisseurs, & en fil.

Le fer sert à faire les pattes des rouleaux d’abrégé, & à divers autres usages que nous expliquerons ci-après, en spécifiant de quelles matieres sont les différentes parties de l’orgue.

Après avoir parlé des matieres dont un orgue est composé, & avoir expliqué leur apprêt, nous allons traiter de l’emploi qu’on en fait, en expliquant les différentes parties qui composent un orgue.

Le fût d’orgue ou buffet, est un ouvrage de menuiserie fait de bois de vauge ou d’Hollande, si l’on veut, divisé en plusieurs parties. Les parties saillantes arrondies I N, fig. I. Pl. d’orgue, s’appellent tourelles ; les parties KLMN plates, entre les tourelles, s’appellent plates-faces ; leur forme & grandeur sont arbitraires : en effet, elles sont autant variées qu’il y a d’orgues dans le monde ; on observe cependant que le nombre des tourelles soir impair, & on en place une dans le milieu, & deux aux extrémités. On enrichit ce buffet d’autant d’ornemens de sculpture que l’on veut, comme par exemple, de figures, de termes, ou de cariatides qui soutiennent les tourelles sur leurs épaules ou leur tête ; de différens grouppes d’enfans placés au dessus des tourelles, qui tiennent divers instrumens de musique dont ils paroissent jouer ; enfin de tous les différens ornemens que l’imagination peut fournir, & qui sont compatibles avec le lieu où l’orgue doit être placé. Celui qui est représenté dans la premiere Planche est un des plus simples que l’on puisse faire ; mais nous avons préferé de le faire de la sorte, à le charger d’ornemens, parce qu’il s’est trouvé plus convenable pour nos explications ; c’est même la raison pour laquelle nous l’avons représenté comme coupé en deux, afin qu’on pût voir quelques-unes des parties intérieures de l’orgue.

Dans les grandes orgues d’églises, il y a ordinairement au-devant du buffet de l’orgue, un autre petit buffet ou petit orgue, qu’on appelle positif, pour le distinguer de l’autre buffet qu’on appelle grand orgue. Ce positif est ordinairement à trois tourelles, & le grand orgue à cinq, sept, neuf, ou davantage, auquel cas le positif est à cinq. La figure CDFE, qui est le plan du positif, fait voir sa situation par rapport au grand orgue ; & c’est entre ces deux buffets que se place l’organiste.

La situation des orgues dans les églises est sur un lieu élevé, comme par exemple, sur quelque tribune, au-devant du balustre de laquelle, le positif avance en saillie.

Derriere la face du buffet d’orgue sont placés horizontalement deux sommiers abc, au-dessus desquels sont placés les faux sommiers delg, percés d’autant de trous qu’il y en a dans le sommier. Ces trous, au-travers desquels passent les tuyaux dont le pié répond sur le sommier, servent à les maintenir dans la siiuation verticale qu’ils ont tous. Voyez l’article Sommier, où sa construction & son usage sont expliqués fort au long, & les fig. 2. jusqu’à 14. qui en font voir tous les développemens. Nous dirons seulement ici que les gravures ou conduits KL, fig. 2. sont horizontaux, & que leur direction est perpendiculaire à la face du fût d’orgue, que les registres MN, fig. 10. croisent en angles droits les gravures, & par conséquent qu’ils sont paralelles à la face du buffet. Le nombre des gravures est égal à celui des touches du clavier. On saura aussi qu’il y a autant de sommiers qu’il y a de claviers ; ainsi si un orgue a deux, trois, quatre, cinq claviers, le nombre des sommiers est le même, & ils sont placés dans le buffet ainsi que nous dirons ci-après.

Des claviers. Les claviers des orgues n’ont ordinairement que quatre octaves, auxquelles on ajoute quelquefois un d la ré en haut & un a mi la en bas. Voyez l’article Clavier ; leur facture & usage est expliqué, & les fig. 15, 16, 17, 18, 19.

Des abrégés. Les claviers communiquent aux sommiers par des abrégés, ainsi leur nombre est égal à celui des claviers. Voyez Abregé. Il en faut pourtant excepter le clavier & le sommier du positif qui communiquent l’un à l’autre par le moyen des bascules, appellées par cette raison, bascules du positif, & des pilotis. Voyez ces mots à leurs articles ; & celui des cornets qui communiquent ordinairement par des bascules brisées, voyez Bascules brisées.

L’abrégé du grand orgue est placé dans l’intérieur entre le clavier & les sommiers ; sa planche est adossée à la face du buffet, en sorte que les targettes qui descendent de l’abrégé au clavier, & celles qui montent de l’abrégé au sommier soient toutes dans un même plan paralelles à la face du fût d’orgue : l’abrégé du clavier de pédales est entre ce clavier & le clavier du grand orgue ; quelquefois il est double, c’est-à-dire que les rouleaux de cet abrégé font mouvoir les rouleaux d’un autre abrégé qui communique par ses targettes ou fil de fer, aux soupapes des sommiers des pédales.

Le vent sorti des soufflets (voyez Soufflets), est porté aux laies des sommiers par de grands tuyaux de bois, qu’on appelle porte-vents : il ne peut en sortir que lorsque l’on baisse une touche du clavier, qui fait ouvrir la soupape correspondante ; alors il entre dans la gravure du sommier : cependant il ne fera parler aucun tuyau, si aucun des registres n’a du vent. Ainsi l’on voit qu’il est nécessaire d’avoir quelque machine qui puisse ouvrir ou fermer les registres à volonté. La méchanique qui accomplit cette indication s’appelle mouvement, voyez Mouvement, quoiqu’il y ait bien d’autres parties mobiles dans l’orgue.

Il faut bien remarquer que les tuyaux qui couvrent un sommier sont rangés dans deux directions ; l’une, selon celle du registre ; la suite des tuyaux prise en ce sens, constitue ce qu’on appelle un jeu, & que leur nombre est égal à celui des touches du clavier ; que la suite des tuyaux étant prise dans le sens de la gravure, n’est composée que d’un tuyau de chaque jeu ; ainsi sur la même gravure répondent tous les ut des différens jeux ; sous une autre gravure tous les des différens jeux, &c.

On a entendu ci devant comment le vent porté des soufflets dans la laie entre dans une gravure ; on peut entendre à présent qu’il ne fera parler qu’un seul tuyau d’un seul jeu, s’il n’y a qu’un seul registre d’ouvert ; qu’il fera parler deux tuyaux de deux jeux différens, s’il y a deux registres ouverts, ainsi du reste.

De la fabrique des jeux de l’orgue. Premierement des jeux qui se font de bois. Tous les tuyaux de bois qui entrent dans la composition d’un orgue sont tous semblables ; ils ne different les uns des autres que par leur grandeur, que l’on regle sur le diapason, voyez Diapason. Un tuyau de bois, tel que celui qui est représenté, fig. 30. Pl. d’orgue, est composé de quatre planches de bois d’Hollande assemblées, à rainure & languettes, ainsi que la fig. 52. le fait voir. Ces quatre planches sont fortement collées, & d’une épaisseur proportionnée à la grandeur du tuyau : elles doivent former un quarré parfait dans leur intérieur, que l’on ferme par le bas par une piece de bois quarrée 22, percée en son milieu d’un trou pour recevoir le pié A, qu’on appelle contre biseau, parce qu’elle est opposée au biseau C, qui est une autre planche qui traverse le tuyau, & qui est ébiselée en-dessous, comme la figure le fait voir. La piece 3 s’appelle levre inférieure, & le petit vuide qui est entre le biseau & la levre inférieure s’appelle lumiere ; l’ouverture 34 entre la levre inférieure & la supérieure 4 5, taillée en biseau, qu’on appelle bouche, doit être le quart de la largeur b b fig. 30. n°. 1. On forme la levre supérieure o par deux traits de scie xyxy, qui vont en diminuant de profondeur de y en x ; on enleve avec le ciseau tout le bois superflu, en sorte que cette levre bxxb soit un quarré parfait, & qu’elle aille en biseau 5 4, comme le profil le fait voir. Cette opération se fait avant que de coller le tuyau, que l’on ferme par le haut avec un tampon EF, qui est une piece de bois quarrée couverte de peau de mouton, le côté velu en-dehors afin de fermer exactement l’ouverture ; ce tampon a un manche ou poignée F, pour pouvoir le retirer ou enfoncer facilement dans le tuyau pour accorder.

Reste maintenant à expliquer la formation du son dans les tuyaux soit ouverts ou fermés : nous commencerons par celle des tuyaux ouverts, en supposant seulement que le son ne consiste que dans les ondulations élastiques des parties de l’air, ainsi que cela est universellement reconnu ; que l’air est un corps qui peut être plus ou moins condensé, & qu’il a une force d’inertie, voyez l’article Air. L’air chassé par les soufflets, & qui est chargé de tout leur poids, entre dans le tuyau DE par le pié A placé dans le sommier, passe dans la chambre B, sort ensuite par la lumiere 3 c, ensuite se partage en deux parties ; l’une sort hors du tuyau & se perd en F, l’autre entre dedans, passe par D vers E, où nous supposerons que le tuyau est ouvert.

L’air qui vient des soufflets dans le sommier est beaucoup plus condensé que l’air extérieur, en vertu de son élasticité, fait effort en tout sens pour se dilater, mais il ne le peut que par l’ouverture du pié A ; ainsi il sort par cette ouverture & agit sur l’air contenu dans la chambre B, qu’il condense à son tour ; celui-ci condensé fait effort pour se rétablir, mais il ne peut se dilater qu’en sortant par la lumiere en forme de lame très-mince, qui s’épanouit après sa sortie, & va frapper contre la levre supérieure où il se partage, ainsi que nous l’avons dit ci-dessus ; mais ce mouvement de l’air peut être regardé comme une suite infiniment rapide d’explosion, suivant ce que nous avons dit à l’article Tremblans doux & Tremblans forts, auxquels nous renvoyons à cet égard, & ce que nous dirons plus bas à l’article de la formation du son dans les jeux d’anche.

La partie d’air qui entre dans le tuyau, n’y entre donc, pour ainsi dire, que par secousses ou explosions ; ainsi elle frappe l’air contenu dans le tuyau de la même maniere, & le condense par degré. Cet air résiste par son inertie jusqu’au point où faisant effort pour se rétablir, sa masse du côté de E, où nous avons supposé le tuyau ouvert, ne fait plus assez de résistance pour le laisser condenser davantage ; alors il se fait une explosion subite de cet air par l’ouverture du tuyau : cette explosion est suivie d’une autre d’autant plus rapidement que le tuyau est plus court, puisque la masse d’air que contient le tuyau, & qui résiste par son inertie, est moins considérable. C’est la raison pour laquelle les plus grands des tuyaux rendent des sons plus graves que les petits, puisqu’il est connu que la différence des uns & des autres ne vient que de la fréquence de leurs vibrations plus ou moins grande dans un même tems.

Quant aux tuyaux bouchés, on observe qu’ils descendent à l’octave, ou presque à l’octave du son qu’ils rendent étant ouverts ; nous supposerons pour un instant qu’ils descendent exactement à l’octave ; nous expliquerons ensuite la raison pour laquelle ils n’y descendent pas exactement. On conçoit bien que le tuyau ne peut parler que par la bouche, puisque son extrémité supérieure est fermée, c’est ce qui a fait donner le nom de bouche à la partie qui en porte le nom.

Ceux qui ont voulu expliquer ce phénomene, se sont contentés de dire, que l’air qui circule dans le tuyau ayant deux fois plus de chemin à faire, devoit par conséquent faire descendre le son à l’octave par analogie à une corde, qui étant double d’une autre, & également tendue, descend en effet à l’octave. Voyez Monocorde. Mais comme ils n’avoient pas expliqué pourquoi une corde double & également tendue descend à l’octave ; ce qui n’étoit qu’une comparaison, qui, en Physique ne conclut point, & qu’on ne voit pas clairement, qu’à cause que l’air qui anime le tuyau fait deux fois plus de chemin, le son doive descendre à l’octave ; il s’ensuit que leur explication est défectueuse, d’autant plus qu’il est connu que les différences des tons, quant au grave & à l’aigu, ne viennent que de la fréquence des vibrations des parties élastiques de l’air. Nous allons tâcher d’expliquer ce phénomene, en suivant les principes que nous avons établis, en expliquant la formation du son dans les tuyaux ouverts.

L’air condensé par les soufflets se divise de même au sortir de la lumiere ; une partie entre dans le tuyau, & c’est cette partie seulement que nous allons considérer ; elle condense l’air contenu dans sa capacité en le poussant vers E, où il se trouve un obstacle invincible, qui est le tampon qui ferme le tuyau. Cet air lorsqu’il est condensé, autant qu’il le peut être, eu égard à son inertie, & à l’obstacle qui empêche ses explosions par la partie supérieure du tuyau, réagit contre celui qui le condense, & le repousse vers la bouche du tuyau : mais comme dans les corps élastiques l’action qui les comprime est égale à la réaction qui les rétablit, ainsi qu’il est expliqué aux articles Elasticité & Ressort ; il suit que les explosions de l’air contenu dans le tuyau par la bouche, doivent être deux fois moins fréquentes ; ainsi le tuyau baissera de ton & descendra à l’octave.

Cependant on observe que les tuyaux fermés ne descendent point exactement à l’octave du ton qu’il rendent étant ouverts ; que l’intervalle des deux sons qu’ils rendent étant ouverts & bouchés, est toujours moindre que l’octave ; c’est la seconde partie du phénomene qui reste à expliquer.

Cet effet vient de deux causes, dont la premiere est certaine. La premiere, c’est que le chemin que l’air parcourt dans le tuyau depuis qu’il est sorti de la lumiere, jusqu’à ce qu’il sorte par la bouche du tuyau, n’est pas exactement double de celui qui sort de la lumiere, & va frapper contre le tampon qui le ferme, puisque cet air sort en rasant la languette qui forme la levre supérieure du tuyau ; ainsi son chemin est double, moins la hauteur de la bouche, & par conséquent le son ne doit point descendre exactement à l’octave.

On ne doit point insister sur ce que nous feignons de croire, que l’air parcourt deux fois la longueur du tuyau, après avoir établi le contraire ; mais puisque la force élastique peut être considérée comme étant acquise, après que le corps élastique a parcouru un certain espace avec une vitesse déterminée, cette supposition nous étoit permise.

L’autre cause de cet effet que nous avons dit être moins certaine, est la vitesse du vent qui est beaucoup moindre dans les tuyaux bouchés, que dans les tuyaux ouverts ; mais il semble que cette cause doit produire en effet tout le contraire, puisque l’air contenu dans le tuyau étant condensé plus lentement, il semble que ses explosions doivent être moins fréquentes, ce qui feroit baisser le ton plus bas que l’octave. Mais peut-être l’effet observé n’est produit que par le plus de la force de la premiere cause ci-devant expliquée sur la seconde ; c’est ce qu’on peut se proposer d’éclaircir par des expériences.

Nous expliquerons la formation du son dans les jeux d’anches, après en avoir expliqué la facture.

On a entendu comment on fabrique les tuyaux de bois, reste à expliquer comment on fabrique ceux d’étain ou de plomb.

Les tables d’étain ou de plomb étendues sur l’établi, sont coupées de la grandeur & forme nécessaires. Les pieces destinées à faire les corps des tuyaux, sont de forme parallelogramme AB43, fig. 31. On divise l’extrémité inférieure 34, qui doit former le bas du tuyau en quatre parties égales aux points 1x2, & les deux parties du milieu 1x, x2, chacune en deux également aux points bc. Au point x on éleve la perpendiculaire xy, sur laquelle on prend xa qui doit contenir un quart, plus un huitieme de la largeur 34 qui est le périmetre du tuyau, ou la distance 62 : du point a, comme centre & rayon, la huitieme partie de la ligne 34 on décrit l’arc myn, qui forme la partie supérieure de la levre supérieure. On tire ensuite les deux perpendiculaires mb, nc. Voyez l’article Bouche, & Bouche en pointe. On arrondit ensuite le tuyau sur un moule qui est un cylindre de bois, si les tuyaux sont cylindriques, & un cône de même matiere, si les tuyaux ont cette figure, on arrondit le tuyau en frappant sur la table d’étain ou de plomb avec une batte ; ensorte que les deux arrêtes A3, B4 se rejoignent. Le tuyau étant ainsi arrondi, on retire le moule, & on blanchit le tuyau dedans & dehors. Voyez Blanc. On le gratte avec la pointe à gratter ; & on le soude. Voyez Soudure.

Lorsque les tuyaux sont grands comme ceux de la montre de 16 piés, dont le plus grand tuyau porte trois piés de circonférence, on les fait de deux pieces qui ont chacune la longueur du tuyau, & la moitié de sa circonférence de large : ainsi on n’en fond les tables d’étain que de la largeur nécessaire.

Après que les tuyaux sont soudés, on les arrondit une seconde fois, ensorte qu’ils n’ayent plus aucune bosse ; ce qui est assez difficile, sur-tout pour l’étain, principalement quand les tuyaux sont épais & grands. Quant aux petits, on les arrondit en tenant le tuyau à la main, en le tournant sur le mandrin que l’on tient entre les jambes, ou qui est fixé sur l’établi au moyen d’un valet, & le frappant doucement avec une batte legere.

Les corps des tuyaux étant préparés, on forme leurs piés cde, fig. 31, n° 2. Le pié du tuyau est un cône plus ou moins alongé, dont on trouve le tour en cette maniere. On trace sur une table d’étain ou de plomb, selon que le corps du tuyau est de l’une ou de l’autre de ces deux matieres, un arc de cercle, qui développé, soit égal à la circonférence du tuyau. Le rayon du cercle est le côté ed du cône, qui doit servir de pié : du centre de l’arc, dont nous avons parlé, on tire à ses deux extrémités, deux rayons ; on coupe la table suivant ces traits, ensorte qu’il en reste un secteur de cercle, qui est le cône développé qu’il ne s’agit plus que d’arrondir, ce qui se fait sur un mandrin de figure conique ; on le blanchit & on le soude, ainsi que l’on a fait le corps du tuyau.

Quoique la longueur des piés des tuyaux soit fort indifférente, on observe cependant de les faire pour les tuyaux de montre de grandeur symmétrique, & proportionnée à celle du tuyau, ce qui fait que l’aspect en est plus agréable, ainsi que nous dirons en parlant de la montre. Après que le pié est arrondi, on y trace la levre inférieure a de la bouche, par un arc de cercle de 60 degrés ou environ ; on ramene en dedans du tuyau le segment que cet arc a formé, ensorte qu’après qu’il est applati il forme une corde à la base du cône ou pié. Cette corde doit être égale au côté du quarré inscriptible au cercle de la base, ensorte que le cône étant vu de ce côté, a la forme d’un D.

Le pié du tuyau étant formé, on soude à sa base le biseau aD, qui a la même figure de la lettre D, ou grand segment de cercle. On ne soude le biseau au pié que par sa partie circulaire ; celle qui sert de corde au segment s’applique vis-à-vis la levre inférieure, ensorte cependant qu’il reste entredeux une petite fente à laquelle nous avons donné le nom de lumiere. C’est par cette fente que l’air poussé dans le pié du tuyau par les soufflets, passe dans le corps du tuyau. On soude ensuite le corps sur le pié, & le tuyau est entiérement achevé.

Lorsque les tuyaux de plomb sont bouchés, ils le sont par une plaque de même métal soudée sur le haut du corps, ensorte qu’il soit exactement fermé. Voyez Plaque, & la fig. 32 B, qui représente un tuyau de cette espece. Les tuyaux à cheminée ne différent de ceux-ci, qu’en ce qu’au milieu de la plaque qui ferme le tuyau, il y a un trou sur lequel on soude un petit tuyau de la même matiere que celui qui le compose, & qui est ordinairement le plomb. Voyez l’article Cheminée, & la figure 32 c, qui représente un tuyau à cheminée.

Ces deux especes de tuyaux sont toujours garnis d’oreilles, au moyen desquelles on les accorde. Voyez l’article Oreilles.

Les longueurs & grosseurs relatives des tuyaux se reglent sur le diapason. Voyez Diapason. Ensorte que plus les sons qui les rendent sont aigus, plus les tuyaux sont courts, ainsi qu’il est expliqué à cet article. On désigne un orgue par la longueur en piés de son plus grand tuyau, sonnant ut, double octave au-dessous de la clé de C sol ut. Ainsi on dit un orgue de 32 pieds, lorsque ce tuyau en a 32 ; un de 16 pieds, lorsqu’il en a 16 ; un orgue de 8 pieds, lorsqu’il en a 8 ; un orgue de 4 pieds, lorsqu’il en a 4. Ce sont-là toutes les dénominations qu’on peut donner aux orgues.

De la fabrique des jeux d’anches. Tous les jeux d’anches sont semblables pour ce qui regarde les anches, ils ne différent que pour la forme & la grandeur de leur tuyau. Nous expliquerons ces différences, après avoir expliqué ce qui regarde la fabrique des anches. Une anche est composée de trois parties principales ; l’anche proprement dite, qui donne le nom à l’assemblage des trois pieces dont nous allons parler, de la languette, du coin de la noix, & de la rasette ou régulateur. Voyez tous ces mots à leurs articles.

L’anche est un demi-cylindre de cuivre fermé par une de ses extrémités, ainsi que les figures A & C, fig. 53, Pl. IX. le font voir. On donne cette forme aux anches en les étampant dans les gravures de l’étampoir. Voyez , & la fig. 54 qui le représente. La languette, représentée en B, fig. 53, est une petite lame de laiton très-mince, & fort élastique, que l’on applique sur la face de l’anche, ensorte qu’elle ferme exactement toute l’ouverture. On place les deux pieces dans le trou de la noix représentée en A ; cette noix a un épaulement, qui sert à soutenir l’anche dans la situation verticale. Ces noix sont de plomb & fondues dans un moule de cuivre de deux pieces, dans lequel on place une cheville qui forme le trou dans le tems de la fonte, ce qui épargne la peine de les percer après qu’elles sont fondues. On observe aussi de ménager un petit trou à la partie de la noix opposée à l’épaulement pour y faire passer la rasette, ainsi que l’on peut voir à la figure 44, & dans la figure 53 A, où le point noir représente le trou par où doit passer la rasette ; ou ferme le vuide qui reste dans le trou de la noix, après que l’anche y est placée avec un petit coin de bois D, de figure conique. Ce coin est la moitié d’un cône coupé sur le triangle par l’axe : on applique la face triangulaire de ce cône sur la languette, & sa face convexe s’applique contre celle du trou, ensorte que l’ouverture est exactement fermée, ce qui produit en même tems l’avantage d’affermir l’anche & sa languette dans le corps de la noix.

Les tuyaux des jeux d’anches sont tous de figure conique, excepté celui du cromorne, & ordinairement d’étain. Leur fabrique est la même que celle des tuyaux de mutation ci-devant expliqués, à cette différence qu’on les roule sur un mandrin conique.

Avant de monter les anches sur les noix, on soude ces dernieres à la partie inférieure des tuyaux, qui est toujours le sommet du cône, & sur leur corps on soude l’anneau D, fig. 44, qu’on appelle bague. (Voyez Bague,) dont l’usage est de servir de guide à la rasette, qui passe par un petit trou fait à cet anneau, ainsi qu’on le voit dans la même figure, & le tuyau est entiérement achevé lorsque la rasette y est placée.

La rasette est un fil de fer recourbé, comme on voit en Ff, fig. 53. La partie f de la rasette s’applique sur la languette, fig. 44 ; ensorte qu’en haussant ou baissant la tige de la rasette, sa partie f puisse glisser le long de la languette ; ce mouvement sert à accorder l’anche.

La partie inférieure du tuyau C D fig. 44. se place dans une boîte, voyez Boite placée au-dessous.

Cette boîte est composée comme les tuyaux de mutation ; d’un corps A qui est cylindrique & d’un pié conique, B, dont l’extrémité inférieure qui est percée comme celle de tous les piés des tuyaux, se place sur le sommier pour en recevoir le vent & le porter à l’anche : on conçoit, bien par conséquent, qu’il est nécessaire que la boîte s’applique exactement contre la bague du tuyau ; ensorte qu’il n’y ait aucune ouverture, puisque sans cela le vent qui vient du sommier dans la boîte au lieu de passer par l’anche, passeroit par les ouvertures, au lieu de redescendre dans la partie conique de la boîte, si la bague en s’appliquant exactement aux parois de la même boîte, ne lui fermoient exactement le passage.

Une attention que l’on doit avoir, est que la languette que nous avons dit être élastique, ne touche point l’anche dans sa partie inférieure lorsqu’elle n’est point comprimée, mais cependant elle doit en être très-peu éloignée.

La construction des jeux d’anches étant expliquée, nous allons faire entendre la formation du son dans ces sortes de tuyaux, en faisant usage des principes établis ci-devant. L’air condensé ou le vent poussé par les soufflets dans le sommier, entre dans la boîte du tuyau d’anche par l’ouverture de son pié, on peut regarder cette boîte comme la chambre des tuyaux de bois, puisqu’elle fait le même effet, il s’y condense & fait effort en tous sens pour sortir, mais il ne le peut que par l’anche, puisque nous avons dit que la boîte étoit exactement fermée ; ainsi il ouvrira davantage l’anche en écartant la languette, il se fera alors une explosion subite de l’air contenu dans la chambre ou boîte ; mais comme la languette qui est élastique a été écartée de son point de repos, elle fera effort pour s’y remettre ; mais après y être revenue, elle ne s’y arrêtera pas, elle continuera jusqu’à ce qu’elle soit appliquée sur la face de l’anche, puisqu’il est connu que les corps élastiques fixes par une de leurs extrémités oscillent comme un pendule. Dans l’instant où la languette sera appliquée sur l’anche, l’air qui vient continuellement dans la boîte s’y condensera de nouveau ; mais dans le même tems, la languette s’écartera de l’anche étant ramenée à son point de repos par sa force élastique, il se fera une seconde explosion, & la languette sera relevée comme la premiere fois, ensuite sa force élastique la ramenera contre l’anche ; ainsi alternativement & d’autant plus fréquemment, que la languette sera plus courte ou qu’elle sera plus élastique, ou que le vent sera plus fort ; cet effet est le même que celui du tremblant fort que l’on peut regarder comme une anche sans tuyau. Voyez Tremblant fort.

Ainsi on voit que le son du tuyau dépend de plusieurs causes variables ; c’est ce qui fait que jusqu’à présent personne n’a donné le vrai diapason des anches, faute de discerner les trois causes dans un seul effet. Nous allons essayer de donner une regle certaine pour trouver le diapason, en supposant les deux dernieres causes constantes.

Tirez la ligne A B, fig. 50. n°. 2. à discrétion ; divisez cette ligne en autant de parties égales qu’il y a de touches au clavier, ou que le jeu dont vous cherchez le diapason, doit avoir de tuyaux ; élevez sur les points de division, autant de perpendiculaires, dont vous marquerez le pié des noms ut, re, mi, fa, &c. selon la suite des touches du clavier.

Ensuite, construisez une anche d’une grandeur & grosseur quelconque que vous monterez d’une languette convenable ; vous pousserez ou tirerez la rasette jusqu’à ce que le son que l’anche rend soit le plus sonore, le plus plein & le plus agréable qu’il est possible, sans vous inquiéter du ton qu’elle rendra ; ce ton étant trouvé, cherchez son unisson au clavecin ; ce sera, par exemple, le sol de l’octave des basses ; démontez le tuyau sans déranger la rasette, & mesurez avec un compas la distance de la rasette à l’extrémité de la languette, ou la longueur de la partie vibrante de celle-ci que vous porterez sur la ligne Ea que je suppose être la perpendiculaire correspondante au sol, & y ferez une marque.

Construisez ensuite une autre anche, mais beaucoup plus petite que vous monterez, langayerez & ferez parler le mieux qu’il sera possible, ainsi qu’il a été dit ; cherchez son unisson au clavecin, ce sera, par exemple, le mi de l’octave des dessus ; mesurez exactement la longueur de la partie vibrante de la languette de cette anche que vous porterez sur la ligne perpendiculaire correspondante, que je suppose Fx, où vous ferez un point. Par les deux marques faites sur les perpendiculaires Ea, Fx, tirez la ligne CD, elle coupera toutes les autres perpendiculaires aux points yyyy, &c. les parties de ces perpendiculaires interceptées entre leur pié & la ligne CD, seront la longueur de la partie vibrante des languettes d’anches qui rendront les sons correspondans aux touches que les perpendiculaires représentent. Cette méthode qui est certainement ingénieuse, est autant exacte que le peut être une chose où des causes physiques incommensurables concourent à former l’effet ; de cette nature est, par exemple, l’élasticité des languettes, de l’égalité de laquelle il est très-difficile de s’assurer.

Les variétés produites par cette cause sont quelquefois si considérables, qu’il arrive qu’une anche rend un son beaucoup plus grave que celui d’une autre anche, quoique sa languette soit plus courte, selon notre diapason, ce devroit être tout le contraire ; en ce cas, le meilleur remede est de diminuer l’épaisseur de la languette, ou en mettre une autre, si elle se refuse à toutes les corrections. On doit être assuré qu’un jeu d’anche ne sera parfait, qu’autant qu’il suivra exactement le diapason que nous avons prescrit.

On trouvera les diametres proportionnels des anches en cette maniere ; on mettra sur la perpendiculaire aE le diametre de l’anche qui a donné cette ligne, & sur la perpendiculaire xF celui de l’autre anche ; on tirera par les points une ligne CD qui interceptera dans les perpendiculaires des lignes qui seront prises pour diametres des anches correspondantes : enfin, on ajoutera à chacun une longueur convenable pour que la rasette ait dequoi se placer & remonter, & que l’on puisse assurer l’anche dans sa noix.

Lorsque les tuyaux d’anche sont grands, on les fait de deux pieces, celle d’en-bas qui reçoit la grande s’appelle tube, voyez Tube. Cette disposition n’ôte ni n’ajoute rien à la perfection du tuyau, elle est seulement une commodité pour le facteur, en ce que de trop grands tuyaux ne sont pas maniables.

Les jeux dont un orgue complet est composé, sont la montre de seize piés ou de huit ; si l’orgue n’a point de seize pié, alors c’est le jeu qu’on appelle le huit piés ouvert. qui en tient lieu, le bourdon de seize piés & la bombarde qui est à l’unisson, le plus grand tuyau de ces jeux sonnant l’ut grave de l’octave des basses a seize piés de long.

Les jeux sonnant le huit piés ou l’unisson du clavecin, & dont le plus grand tuyau a huit piés, sont le bourdon de huit ou quatre piés bouché ; car, ainsi qu’il a été dit, les tuyaux bouchés n’ont que la moitié de ceux qui étant à l’unisson seroient ouverts.

Le huit piés ouvert, la trompette, le cromorne & la voix humaine.

Le jeu qui est à la quinte du huit piés est le gros nazard.

Ceux qui sonnent le quatre piés ou l’octave du clavecin, sont le prestant sur lequel on fait la partition de l’orgue, la flûte, le clairon, la voix angélique.

Le jeu qui sonne la tierce au-dessus du ceux-ci s’appelle double tierce.

Celui qui sonne la quinte au dessus est le nazard, qui sonne par conséquent l’octave au-dessus du gros nazard.

Le jeu à la quarte de celui-ci s’appelle quarte de nazard ; son plus grand tuyau a deux piés.

La doublete est à l’unisson de ce jeu, & sonne par conséquent le deux piés.

La trompette de récit qui n’a que les deux octaves de dessus & quelquefois deux octaves & quinte, sonne le huit piés ; la flûte allemande n’a aussi que les deux mêmes octaves, par conséquent elle sonne l’unisson des dessus du huit piés ou du quatre piés.

Le grand cornet, le cornet de récit, le cornet d’écho qui n’ont ordinairement que deux octaves ou deux octaves & quinte, sont composés des dessus des cinq jeux suivans, bourdon, flûte, nazard, quarte de nazard, tierce.

La fourniture & la cymbale sont composées comme les cornets, mais avec cette différence que quoiqu’elle occupe toute l’étendue du clavier, elle n’est cependant composée que des octaves aiguës, des jeux qui composent les cornets, lesquelles octaves se répetent, ainsi qu’il est expliqué à l’article Cymbale & Fourniture.

La tierce sonne l’octave au-dessus de la double tierce ; ce jeu a quatre octaves.

Le larigot, le plus aigu des jeux de l’orgue, sonne l’octave au-dessus du nazard, & la quinte de la doublette ou des deux piés.

L’intervalle du plus grave son de l’orgue qui est l’ut grave de l’octave des basses du bourdon ou de la montre de trente-deux piés, au plus aigu, qui est l’ut en haut du larigot, est de huit octaves & quinte, mais des sons aussi graves que ceux de l’octave du trente-deux piés, ne s’entendent presque pas au-dessous de l’F ut fa, aussi on supprime ordinairement les derniers tuyaux, qui par leurs volumes causent un embarras très considérable ; ceci renverse le préjugé des gens peu instruits, qui s’imaginent que le plus gros tuyau d’un orgue est celui qui fait le plus de bruit.

Dans l’énumération des jeux que nous venons de faire, nous n’avons point marqué quels sont les jeux d’anches ; cette omission est amplement réparée à l’article où leur matiere est expliquée, & à leurs articles séparés : nous dirons seulement ici que ces jeux sont la bombarde, la trompette, le cromorne, la voix humaine, la voix angélique & la trompette de récit. Voyez tous ces articles.

Les jeux qu’on appelle de pédale, parce que l’on les touche avec les piés sur le clavier de pédale, sont la pédale de bombarde, jeu d’anche, souvent le seize piés, & dont le ravalement, si elle en a, descend dans le trente-deux piés jusqu’à l’F ut fa.

La pédale de trompette, jeu d’anche, sonne l’unisson des basses & des basses-tailles de la trompette sur le huit pié ; si elle a ravalement, elle descend jusqu’à l’F ut fa du seize piés.

La pédale de huit, jeu de mutation est, à l’unisson de celle-ci.

La pédale de clairon sonne l’unisson des basses du clairon, son ravalement descend dans le huit piés.

La pédale de quatre ou pédale de flûte, jeu de mutation, sonne l’unisson des basses de la flûte ; son ravalement, si elle en a, descend dans le huit piés.

Les pédales ne différent des jeux, dont ils sont les pédales, qu’en ce qu’ils sont de plus grosse taille & qu’ils descendent plus bas, s’ils sont à ravalement. Voyez leurs articles.

Par tout ce que nous venons de dire, on a entendu la facture d’une orgue.

Nous ajouterons seulement ici, renvoyant pour les détails aux articles particuliers répandus dans ce Dictionnaire, une courte récapitulation qui puisse faire entendre la méchanique de cet instrument, après avoir parlé de l’arrangement relatif des jeux dans le buffet d’orgue.

Tous les jeux sont rangés chacun sur son registre particulier, que nous avons dit être parallele à la face du buffet ; ensorte que les plus grands tuyaux soient vers les extrémités, ainsi qu’il est expliqué au mot abrégé ; il faut excepter de cette regle tous les tuyaux de montre, & ceux qui par leur volume occupent trop de place ; en ce cas, le vent leur est porte par un tuyau de plomb, dont une des extrémités répond au pié du tuyau, & l’autre au trou du sommier où le tuyau auroit dû être placé.

L’orgue ne peut parler que quand les soufflets lui poussent de l’air qui lui sert d’ame ; ainsi il est besoin d’avoir un souffleur qui leve alternativement les soufflets en baissant leurs bascules. Voyez Soufflets. Il doit observer de ne point en lever deux à la fois, & après avoir levé un soufflet, de le laisser tomber doucement sur l’air qu’il contient, qui, tant que le soufflet est tenu élevé n’est point condensé, & par conséquent incapable de résister au poids qui charge la table supérieure, au lieu qu’en lâchant le soufflet par degré, l’air se condense assez pour le pouvoir soutenir ; d’ailleurs les secousses causent un battement désagréable dans les tuyaux qui parlent pour lors, dont les auditeurs s’apperçoivent, joint que les soufflets en sont considérablement endommagés.

L’organiste assis en X, fig. 1. sur un siége d’une hauteur convenable, les piés posés sur la barre de fer ob qu’on appelle marche-pié : commence par tirer les jeux ? Tirer les jeux, est ouvrir leurs registres au moyen des batons quarrés SR placés à la portée, qui font tourner les rouleaux PQ & tirer la bascule Vu qui tire le registre, & fait que ses trous répondent vis-à-vis de ceux de la table & de la chape du sommier, voyez Mouvemens. Quand il a tiré tous les jeux dont il veut se servir, tant ceux de pédales, que ceux du grand orgue ou du positif ; aucun tuyau ne parle, quoique les soufflets soient levés & les layes des sommiers remplies de vent, jusqu’à ce qu’en baissant une touche du clavier qui communique aux sous-papes contenues dans la laye par le moyen d’un des rouleaux de l’abregé, il fasse ouvrir cette sous-pape, la sous-pape ouverte laissera passer l’air que la laye contient dans la gravure correspondante ; cet air passera ensuite dans les tuyaux dont les registres sont ouverts, & les fera parler ; c’est la même chose de toutes les touches, tant du clavier de pédale, que des claviers du grand orgue ou du positif. Voyez les articles Clavier, Abregé, Sommier, &c.

On conçoit bien qu’on peut varier & mélanger des jeux, puisqu’on est maître d’ouvrir ou fermer ceux que l’on juge à propos ; mais il y en a par exemple qui ne doivent jamais être seuls, comme la fourniture & la cymbale, d’autres qui ne doivent jamais être ensemble, comme par exemple, la quarte de nazard & le nazard, la même quarte de nazard & le larigot, parce que ces jeux mis ensemble font une quarte. Voyez sur ceci l’art. Jeux, où on trouvera des exemples des différens mélanges ou combinaisons dont les jeux sont susceptibles.

Quant à la maniere d’accorder un orgue, voyez les articles Partition & Accord. Articles de MM. Thomas & Goussier.

Orgue hydraulique, instrument en maniere de buffet d’orgue, fait de métal peint & doré, qui joue par le moyen de l’eau dans une grotte, comme on en voit, par exemple à Tivoli, dans la vigne d’Est : on trouve la description de ces orgues dans l’hydraulica pneumatica de Scot. (D. J.)

Orgues, dans la Fortification, sont des pieces de bois suspendues à un moulinet sous le milieu des portes, qu’on peut faire tomber pour boucher promptement la porte en cas de surprise. On a substitué les orgues aux herses, parce qu’on pouvoit empêcher la herse de tomber, & que les orgues n’ont pas le même inconvénient. Voyez Herse. (Q)

Orgue est aussi, dans l’Artillerie, une machine composée de plusieurs canons de mousquet attachés ensemble, & dont on se sert pour défendre des breches & des retranchemens ; parce que par leur moyen on tire plusieurs coups à-la-fois. Voyez le premier livre des Elémens de la guerre des siéges, seconde édition. (Q)

Orgues de morts, (Artillerie.) machine d’artillerie composée de sept ou huit canons de fusils pour tirer plusieurs coups à-la-fois. On affermit ces canons sur une petite poutre, & leur lumiere passe par une gouttiere de fer-blanc, où l’on met de la poudre, & qu’on couvre jusqu’au moment qu’on veut tirer. Cette machine sert dans les chemins couverts, dans les breches, & dans les retranchemens, souvent même sur les vaisseaux pour empêcher l’abordage. (D. J.)