Le Koran (Traduction de Kazimirski)/17

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Librairie Charpentier (p. 219-230).

CHAPITRE XVII.

LE VOYAGE NOCTURNE[1].


Donné à Médine. — 111 versets.


Au nom du Dieu clément et miséricordieux


  1. Gloire à celui qui a transporté, pendant la nuit, son serviteur du temple sacré de la Mecque au temple éloigné de Jérusalem, dont nous avons béni l’enceinte, pour lui faire voir nos miracles. Dieu entend et voit tout.
  2. Nous donnâmes à Moïse le Livre de la loi, et nous en avons fait un guide pour les enfants d’Israël. Ne prenez point, leur avons-nous dit, d’autre patron que moi.
  3. O postérité de ceux que nous avons portés dans l’arche avec Noé ! il était un serviteur reconnaissant.
  4. Nous avions annoncé cet arrêt aux enfants d’Israël dans le Livre : Vous commettrez deux fois[2] des iniquités sur la terre, et vous vous enorgueillirez d’un orgueil démesuré.
  5. Lorsque l’accomplissement de la première menace arriva, nous envoyâmes contre vous nos serviteurs, hommes d’une terrible violence[3] ; ils pénétrèrent jusque dans l’intérieur de votre temple, et la menace fut accomplie.
  6. Ensuite nous laissâmes votre tour arriver, et votre victoire sur eux, et nous accrûmes vos richesses et vos enfants ; nous fîmes de vous un peuple nombreux.
  7. Nous vous avons dit : Si vous faites le bien, vous le ferez pour vous ; si vous faites le mal, vous le faites à vous-mêmes. Lorsque le terme de la seconde menace arriva, nous envoyâmes des ennemis pour vous affliger, pour entrer dans votre temple, comme ils y avaient pénétré la première fois, et pour démolir tout[4].
  8. Peut-être Dieu aura pitié de vous ; mais si vous retournez à vos péchés, nous aussi, nous reviendrons pour vous punir. Nous avons destiné la géhenne à être la prison des infidèles.
  9. En vérité, ce Koran dirige vers le plus droit chemin ; il annonce le bonheur aux croyants
  10. Qui pratiquent les bonnes œuvres. Ils recevront une récompense magnifique.
  11. Nous avons préparé un supplice terrible pour ceux qui ne croient point à la vie future.
  12. L’homme fait des vœux pour obtenir ce qui est mauvais, comme il en fait pour obtenir ce qui est bon. L’homme est prompt de sa nature.
  13. Nous fîmes de la nuit et du jour deux signes de notre puissance. Nous effaçâmes[5] le signe de la nuit, et nous rendîmes visible celui du jour, afin que vous cherchiez à obtenir des bienfaits de la générosité de Dieu[6], afin que vous connaissiez le nombre des années et leur comput. Nous avons introduit la distinction parfaite dans toutes choses.
  14. Nous avons attaché au cou de chaque homme son oiseau[7]. Au jour de la résurrection, nous lui montrerons un livre qu’il trouvera ouvert.
  15. Lis dans ton livre, lui dirons-nous alors ; il suffit que tu fasses toi-même ton compte aujourd’hui.
  16. Quiconque suit le chemin droit, le suit pour lui-même ; quiconque s’égare, s’égare à son propre détriment. Toute âme chargée d’un fardeau ne portera pas celui d’aucune autre. Nous n’avons jamais puni sans avoir auparavant envoyé un prophète auprès d’un peuple.
  17. Lorsque nous voulûmes détruire une cité, nous adressâmes d’abord nos ordres à ses citoyens opulents ; mais ils se montrèrent criminels. L’arrêt fut prononcé, et nous l’avons exterminée.
  18. Depuis Noé, que de nations nous avons exterminées ! Il suffit que ton Seigneur voie et connaisse les péchés de ses serviteurs.
  19. Quiconque a désiré ce monde si prompt à passer, à celui-là nous avons promptement accordé dans ce monde ce que nous avons voulu ; ensuite nous lui avons préparé la géhenne ; il y sera brûlé, couvert de honte et privé de toute ressource.
  20. Celui qui désire la vie future, qui fait des efforts pour l’obtenir, qui en outre est croyant, les efforts de celui-là seront agréables à Dieu.
  21. Nous prolongeons les dons de ton Seigneur, à ceux-ci et à ceux-là. Les dons de ton Seigneur ne seront refusés à personne.
  22. Vois comme nous avons élevé les uns au-dessus des autres par les biens de ce monde. Mais la vie future a des degrés plus élevés et des supériorités plus grandes encore.
  23. Ne mets point d’autres dieux à côté de Dieu, car tu serais couvert de honte et d’avilissement.
  24. Dieu a ordonné de n’adorer que lui, de tenir une belle conduite envers vos père et mère, soit que l’un d’eux ait atteint la vieillesse ou qu’ils y soient parvenus tous deux, et qu’ils restent avec vous. Garde-toi de leur montrer du mépris[8], de leur faire des reproches. Parle-leur avec respect.
  25. Sois humble envers eux et plein de tendresse[9], et adresse cette prière à Dieu : Seigneur, aie pitié d’eux, de même qu’ils ont eu pitié de moi, qu’ils m’ont élevé quand j’étais tout petit.
  26. Dieu connaît mieux que personne le fond de vos cœurs, il sait si vous êtes justes.
  27. Il est indulgent pour ceux qui reviennent à lui.
  28. Rends à tes proches ce qui leur est dû, ainsi qu’au pauvre et au voyageur, et ne sois point prodigue.
  29. Les prodigues sont frères de Satan. Satan a été ingrat envers son Seigneur.
  30. Si tu t’éloignes de ceux qui sont dans le besoin sans les secourir, sollicitant auprès de ton Seigneur des faveurs que tu espères obtenir, parle-leur au moins avec douceur.
  31. Ne te lie pas la main au cou et ne l’ouvre pas non plus entièrement[10], de peur que tu n’encoures le blâme ou ne deviennes pauvre.
  32. Dieu tantôt répand à pleines mains ses dons sur ceux qu’il veut, et tantôt il les mesure. Il est instruit de l’état de ses serviteurs, et il les voit.
  33. Ne tuez point vos enfants par crainte de pauvreté ; nous leur donnerons leur nourriture ainsi qu’à vous. Les meurtres que vous commettez sont un péché atroce.
  34. Evitez l’adultère, car c’est une turpitude et une mauvaise route.
  35. Ne tuez aucun homme, car Dieu vous l’a détendu, sauf pour une juste cause[11] ; quant à celui qui serait tué injustement, nous avons donné à son proche un pouvoir à ce sujet[12] ; mais que celui-ci ne dépasse pas la limite en tuant ; il est assisté[13], car il est déjà assisté par la loi.
  36. Ne touchez point aux biens de l’orphelin, à moins que ce ne soit d’une manière louable, pour les faire accroître, jusqu’à ce qu’il ait atteint l’âge fixé. Remplissez vos engagements, car les engagements, on en demandera compte.
  37. Quand vous mesurez, remplissez la mesure. Posez avec une balance juste. Ceci vaut mieux, et c’est plus beau en dernier résultat.
  38. Ne poursuis point ce que tu ne connais pas[14]. L’ouïe, la vue, le cœur, on vous demandera compte de tout cela. On vous demandera compte de tout.
  39. Ne marche point fastueusement sur la terre ; tu ne saurais ni la fendre en deux, ni égaler la hauteur des montagnes.
  40. Tout cela est mauvais et abominable devant Dieu.
  41. Voilà ce que Dieu t’a révélé en fait de sagesse. Et, de plus, ne mets point d’autres dieux à côté de Dieu, car tu serais précipité dans la géhenne, couvert de réprobation et d’avilissement.
  42. Dieu vous aurait-il par hasard choisis ses pour fils, et pris les anges pour femelles ? Vous proférez là une parole terrible.
  43. Nous avons répandu des enseignements dans ce Koran, afin que les hommes réfléchissent ; mais il n’a fait qu’augmenter votre éloignement.
  44. Dis-leur : S’il y avait d’autres dieux à côté de Dieu, comme vous le dites, ces dieux désireraient à coup sûr évincer le possesseur du trône.
  45. Gloire a Dieu ! il est élevé d’une immense hauteur au-dessus de ce blasphème.
  46. Les sept cieux et tout ce qu’ils renferment, ainsi que la terre, célèbrent ses louanges. Il n’y a point de chose qui ne célèbre ses louanges, mais vous ne comprenez pas leurs hymnes. Dieu est humain et indulgent.
  47. Quand tu lis le Koran, nous élevons un voile entre toi et ceux qui ne croient point à la vie future.
  48. Nous avons recouvert leurs cœurs d’enveloppes, afin qu’ils ne comprennent pas. Nous avons jeté la pesanteur dans leurs oreilles.
  49. Quand tu prononces dans le Koran le nom du Dieu unique, ils tournent le dos pour fuir avec dégoût.
  50. Nous savons mieux que qui que ce soit dans quel but les infidèles t’écoutent quand ils viennent t’écouter, quand ils se parlent à l’oreille, quand enfin les méchants se disent les uns aux autres : Vous suivez là un homme ensorcelé.
  51. Vois à quoi ils te comparent ; mais ils sont dans l’égarement, et ne sauront retrouver le sentier.
  52. Ils disent : Est-ce que, lorsque nous serons devenus os et cendres, nous serons relevés sous une forme nouvelle ?
  53. Dis-leur : Oui, quand même vous seriez pierre ou fer, ou telle autre chose de celles qui paraissent impossibles à votre esprit. Ils répondront : Et qui nous fera revenir à la vie ? Dis : Celui qui vous a créés la première fois. Alors ils secoueront la tête, et te demanderont : Quand cela aura-t-il lieu ? Dis : Il se peut que cela soit prochainement.
  54. Le jour ou Dieu vous appellera de vos tombeaux, vous lui répondrez en le louant ; il vous semblera n’y avoir demeuré que très-peu de temps.
  55. Dis à mes serviteurs de ne parler qu’avec douceur, car Satan pourrait semer la discorde entre eux. Satan est l’ennemi déclaré de l’homme.
  56. Votre Seigneur vous connaît ; s’il le veut, il vous fera gouter sa miséricorde, s’il le veut, il vous punira. Nous ne t’avons pas envoyé, ô Mohammed ! pour être leur patron.
  57. Ton Seigneur connait mieux que personne ce qui est aux cieux et sur la terre. Nous avons élevé les prophètes les uns au-dessus des autres, et nous avons donné les psaumes à David.
  58. Dis : Appelez à votre secours ceux que vous vous imaginez être dieux hors lui, et vous verrez qu’ils ne peuvent ni vous délivrer d’un mal, ni le détourner.
  59. Ceux que vous invoquez désirent ardemment parvenir jusqu’à leur Seigneur, c’est à qui sera plus près de lui ; ils attendent sa miséricorde et craignent son châtiment, car le châtiment de ton Seigneur est terrible[15].
  60. Il n’y aura pas de cité que nous ne détruisions d’ici au jour de la résurrection[16], ou que nous ne châtiions d’un châtiment terrible. C’est écrit dans le Livre éternel.
  61. Rien ne nous aurait empêché de t’envoyer avec le pouvoir des miracles, si les peuples d’autrefois n’avaient déjà traité de mensonges les précédents. Nous avions pourtant fait voir aux Thémoudites la femelle du-chameau bien distinctement ; c’était un avertissement, et cependant ils l’ont maltraitée. Nous n’envoyons de prophètes avec des miracles que pour intimider.
  62. Souviens-toi que nous avons dit : Dieu environne les hommes de tous côtés. Nous ne t’avons accordé la vision que tu as eue, nous ne t’avons fait voir cet arbre maudit dans le Koran[17], que pour jeter au milieu des hommes un sujet de discorde. Nous les intimidons, mais cela ne fera qu’accroitre leur grande rébellion.
  63. Nous dîmes aux anges : Prosternez-vous devant Adam. Et ils se prosternèrent, Éblis seul excepté. Me prosternerai-je, dit-il, devant celui que tu as créé de limon ?
  64. Et puis il dit à Dieu : Vois-tu celui que tu as honoré plus que moi ; certes, si tu m’en donnes le temps, d’ici au jour de la résurrection, j’exterminerai toute sa postérité, sauf un petit nombre.
  65. Va-t-en. Ceux qui te suivront d’entre les hommes et toi, vous aurez tous la géhenne pour récompense, ample récompense de vos crimes.
  66. Attire par ta voix ceux que tu pourras ; fonds sur eux avec tes cavaliers et tes fantassins[18] ; sois leur associé dans leurs richesses et leurs enfants, et fais-leur des promesses (Satan ne saurait faire des promesses que pour aveugler les hommes).
  67. Mais quant à mes serviteurs fidèles, tu n’auras aucun pouvoir sur eux, et ils auront un patron suffisant dans leur Seigneur.
  68. C’est votre Seigneur qui fait voguer pour vous les vaisseaux à travers les mers, afin que vous cherchiez les dons de sa générosité. Il est miséricordieux pour vous.
  69. Lorsqu’un malheur vous atteint sur mer, ceux que vous invoquer vous sont introuvables. Dieu seul est là. Mais, lorsqu’il vous a sauvés et rendus à la terre ferme, vous vous éloignez de lui. En vérité, l’homme est ingrat.
  70. Êtes-vous sûrs qu’il ne vous fera pas engloutir par quelque partie de la terre s’entr’ouvrant sous vos pas, ou qu’il n’enverra pas contre vous un tourbillon qui vous ensevelira sous le sable, sans que vous puissiez alors trouver un protecteur ?
  71. Êtes-vous sûrs qu’il ne vous ramènera pas une seconde fois sur la mer, et qu’il n’enverra pas contre vous un vent violent, qu’il ne vous submergera pas pour prix de votre infidélité ? Alors vous ne trouverez aucun protecteur.
  72. Nous honorâmes les enfants d’Adam. Nous les portâmes sur la terre et sur les mers ; nous leur donnâmes pour nourriture des aliments délicieux, et nous leur accordâmes une grande supériorité sur un grand nombre d’êtres que nous avons créés.
  73. Le jour ou nous appellerons tous les peuples à comparaître devant nous avec leurs chefs, ceux à qui on aura mis leur livre dans leur main droite liront ce livre[19], et ne seront pas lésés d’un seul brin.
  74. Celui qui est aveugle dans ce monde le sera également dans l’autre, et se trouvera le plus égaré et le plus loin du chemin.
  75. Peu s’en est fallu que les infidèles ne t’aient éloigné par leurs tentations de ce que nous t’avons révélé, et ne t’aient porté à nous prêter d’autres révélations. Oh ! alors ils l’auraient regardé comme leur ami.
  76. Si nous ne t’avions raffermi dans la foi, tu aurais cédé ; car tu penchais déjà un peu vers eux.
  77. Alors nous t’aurions fait éprouver les malheurs de la vie et ceux de la mort, et tu n’aurais point trouvé d’assistance contre nous.
  78. Peu s’en est fallu que les infidèles ne t’aient fait abandonner ce pays pour t’en chasser. Oh ! alors, ils n’y auraient pas demeure longtemps après ton éloignement.
  79. C’est la voie qu’ont suivie nos apôtres envoyés avant toi. Tu ne saurais trouver de variations dans nos voies[20].
  80. Acquitte-toi de la prière au moment où le soleil décline jusqu’à l’entrée des ténèbres de la nuit. Fais aussi une lecture à l’aube du jour ; la lecture de l’aube du jour n’est pas sans témoins[21].
  81. Et dans la nuit, consacre tes veilles à la prière. Ce sera pour toi une œuvre surérogatoire. Il se peut que Dieu t’élève dans ces veilles une place glorieuse[22].
  82. Dis : Seigneur, fais-moi entrer d’une entrée favorable, et fais-moi sortir d’une sortie favorable[23], et accorde-moi une puissance protectrice.
  83. Dis encore : La vérité parut, et le mensonge s’est évanoui ; le mensonge est destiné à s’évanouir.
  84. Nous envoyons dans le Koran la guérison et la grâce aux fidèles. Quant aux injustes, il ne fera que mettre le comble à leur ruine.
  85. Quand nous accordons quelque bienfait à l’homme, il se détourne de nous et se met à l’écart. Lorsqu’un malheur vient l’atteindre, il se désespère.
  86. Dis : Chacun agit à sa manière ; mais Dieu sait qui est celui qui suit le chemin le plus droit.
  87. Ils t’interrogeront au sujet de l’esprit[24]. Dis-leur : L’esprit a été créé par l’ordre du Seigneur, mais il n’y a qu’un petit nombre d’entre vous qui soient en possession de la science[25].
  88. Si nous voulions, nous pourrions te retirer ce que nous t’avons révélé, et tu ne saurais trouver personne qui se chargeât de ta cause auprès de nous,
  89. Excepté la grâce même qui te vient de Dieu. En vérité, la générosité de ton Seigneur à ton égard est immense.
  90. Dis : Quand les hommes et les génies se réuniraient pour produire quelque chose de semblable à ce Koran, ils ne produiraient rien de pareil, lors même qu’ils s’aideraient mutuellement.
  91. Nous avons répandu dans ce Koran toute sorte de paraboles pour l’instruction des hommes ; mais les hommes se sont refusés à tout, excepté à l’incrédulité.
  92. Ils disent : Nous ne te croirons pas, à moins que tu ne fasses jaillir de la terre une source d’eau vive ;
  93. Ou à moins que tu n’aies un jardin planté de palmiers et de vignes, et que tu ne fasses jaillir des torrents du milieu de ce jardin ;
  94. Ou à moins qu’un fragment de ciel ne tombe sur nous, ou à moins que tu n’amènes Dieu et les anges comme garants de tes paroles ;
  95. Ou à moins que tu n’aies une maison ornée de dorures, ou à moins que tu ne montes au ciel au moyen d’une échelle, nous ne croirons pas non plus que tu y sois monté, que lorsque tu nous feras descendre un livre que nous puissions lire tous. Réponds-leur : Par la gloire de mon Seigneur ! Suis-je donc autre chose qu’un homme et un envoyé ?
  96. Qu’est-ce donc qui empêche les hommes de croire, lorsque la doctrine de la direction est venue vers eux ? C’est qu’ils ont dit : Dieu aurait-il envoyé un homme pour être son apôtre ?
  97. Dis-leur ? Si les anges marchaient sur la terre et y vivaient tranquillement, nous leur aurions envoyé un ange pour apôtre.
  98. Dis-leur : Dieu sera un témoin suffisant entre vous et moi, car il est instruit des actions de ses serviteurs et les voit.
  99. Celui que Dieu dirige est seul bien dirigé ; celui que Dieu égare ne trouvera aucun patron hormis lui. Au jour de la résurrection, nous les réunirons tous, prosternés sur leurs faces, aveugles, muets et sourds. La géhenne sera leur demeure ; nous rallumerons son feu toutes les fois qu’il s’éteindra.
  100. Telle sera leur rétribution de ce qu’ils n’ont point cru à nos miracles, et de ce qu’ils avaient coutume de dire : Quand nous ne serons qu’os et poussière, nous lèverons-nous revêtus d’une forme nouvelle ?
  101. Ne voient-ils pas que Dieu, qui a créé les cieux et la terre, peut aussi créer des corps semblables aux leurs ? Il a fixé un terme pour eux ; il n’y a point de doute là-dessus ; mais les injustes se refusent à tout, excepté à l’incrédulité.
  102. Dis-leur : Si vous disposiez des trésors de la miséricorde divine, vous les serreriez, de peur de les dépenser. En vérité, l’homme est avare.
  103. Nous avons accordé à Moïse neuf prodiges évidents ; interroge plutôt les enfants d’Israël. Lorsque Moïse se présenta devant Pharaon, celui-ci lui dit : J’estime, Moïse, que tu es sous le pouvoir d’un ensorcèlement.
  104. Tu sais bien, répondit Moïse, que c’est Dieu, le Seigneur des cieux et de la terre, qui envoie ces signes évidents ; j’estime, O Pharaon ! que tu es voué a la perdition.
  105. Pharaon voulut les expulser du pays, et nous l’avons submergé, lui et tous ceux qui l’ont suivi.
  106. Nous dîmes ensuite aux enfants d’Israël : Habitez cette terre, et, lorsque le terme de la vie future sera arrivé, nous vous réunirons tous ensemble. Nous avons envoyé le Koran réellement, et il est descendu réellement. Et toi, ô Mohammed ! nous ne t’avons envoyé que pour annoncer et pour avertir.
  107. Nous avons partagé le Koran en sections, afin que tu le récites aux hommes petit à petit. Nous l’avons fait descendre réellement.
  108. Dis-leur : Croyez en lui ou n’y croyez pas, peu importe ! Ceux à qui la science a été donnée précédemment se prosternent et tombent sur leurs faces quand on leur en récite les versets. Gloire a Dieu ! s’écrient »ils. Les promesses de Dieu sont accomplies.
  109. Ils tombent sur leurs faces, ils pleurent, et leur soumission ne fait que s’accroître.
  110. Invoquez Dieu ou invoquez le Miséricordieux[26] ; de quelque nom que vous l’invoquiez, les plus beaux noms lui appartiennent. Ne prononce la prière ni d’une voix trop élevée, ni d’une voix trop basse. Cherche le milieu entre les deux.
  111. Dis : Gloire à Dieu, qui n’a point de fils, qui n’a pas d’associé au pouvoir. Il n’a point de protecteur chargé de le préserver de l’abaissement. Glorifie Dieu en proclamant sa grandeur.
  1. Le titre de cette sourate est emprunté à son sujet même. Il s’agit ici du voyage aérien que Mahomet aurait fait d’abord du temple de la Mecque au temple de Jérusalem, et ensuite à travers les sept cieux jusqu’au trône de Dieu. Mahomet aurait été transporté dans les régions célestes par l’ange Gabriel, sur une monture nommée Borak, que la tradition représente comme un être ailé à la figure de femme, au corps de cheval, à la queue de paon. On a longtemps disputé, dans les premiers temps de l’islam, sur l’authenticité de ce fait ; les uns soutenant que cette ascension nocturne eut lieu en vision seulement ; d’autres qu’elle fut effectuée par Mahomet réellement et corporellement. Ceux qui étaient pour la première de ces deux versions s’étayaient du témoignage de Moawiah, compagnon de Mahomet (plus tard calife), qui avait toujours regardé ce voyage comme une simple vision, et d’Aïcha, femme du prophète, qui assurait que Mahomet n’avait jamais découché. Il ne fallait que l’intervention de ces deux personnages si odieux à quelques sectes, aux chiites, par exemple, pour faire accréditer l’opinion contraire. Aussi, c’est une des croyances universellement reçues aujourd’hui chez les musulmans, que cette ascension a eu lieu en réalité. On ajoute que ce voyage céleste, où Mahomet a vu les sept cieux et s’est entretenu avec Dieu, s’est fait si rapidement, que le prophète trouva son lit qu’il avait quitté, tout chaud, et que, le pot ou il chauffait de l’eau étant près de se renverser à son départ, il revint assez à temps pour le relever sans qu’il y eût une goutte d’eau de répandue.
  2. Les commentateurs entendent par les mots : deux fois, les deux grands crimes commis par les juifs, d’abord l’assassinat du prophète Isaïe et l’emprisonnement de Jérémie, puis la mort de Zacharie, de Jean-Baptiste, et le complot contre la vie de Jésus-Christ.
  3. Selon les commentateurs, se souciant peu, du reste, de l’exactitude chronologique en tout ce qui regarde les peuples étrangers, il peut être question ici soit de Djalout le Philistin (Goliath), soit de Nabuchodonosor, soit de Sennachérib l’Assyrien, tous instruments de la colère de Dieu.
  4. Cette seconde punition peut se rapporter à la conquête d’Antiochus Épiphane, ou bien à la destruction de Jérusalem par les Romains.
  5. Cette expression figurée, qui veut dire que la nuit étant obscure ne paraît pas, pour ainsi dire, est interprétée ainsi par les musulmans : Dieu avait d’abord créé la lune aussi éclatante que le soleil, mais aurait dans la suite ordonné à l’ange Gabriel de passer une aile sur sa face. (Voy. Tabari, traduct. de M. L. Duheux, p. 221.)
  6. Cela signifie que le jour a été donné aux hommes pour vaquer à des occupations lucratives, au commerce, etc. et pour compter les années.
  7. Expression figurée pour destinée de l’homme, et empruntée au langage et aux croyances des Arabes anciens.
  8. Mot à mot : de leur dire fi !
  9. Mot à mot : abaisse vers eux l’aile de ton humilité.
  10. Ne sois ni avare ni prodigue.
  11. On ne doit tuer un homme que pour le meurtre, pour l’apostasie et l’adultère. Ce dernier cas même est controversé.
  12. Nous traduisons le mot veli du texte par proche, qui est le sens propre de ce mot, mais qui, à cause même de ce sens primitif et général, signifie : patron et client, protecteur et protégé, allié et saint (proche de Dieu). Par le pouvoir, il tout entendre le droit d’exiger du meurtrier une satisfaction, c’est-à-dire le prix du sang.
  13. Rien n’est plus vague que ce précepte sur un point aussi délicat du droit pénal. Les mots : qu’il ne dépasse pas la limite, peuvent signifier qu’en tuant le meurtrier, il s’abstienne de cruautés sur sa personne, ou bien qu’il se contente de tuer le meurtrier sans étendre sa vengeance sur sa famille. Les mots : il est assisté, peuvent également se rapporter au meurtrier qui serait vengé à son tour si l’on dépassait la limite, ou à l’homme tué que ce précepte cherche à protéger. Le mot du texte mansour, qui, selon sa forme grammaticale, veut dire assisté, veut dire toujours victorieux, vainqueur (assisté de Dieu). Le sens qui s’offre le plus naturellement à l’esprit serait : que le proche de la victime ne dépasse pas la limite de la stricte justice sur le meurtrier : car celui-ci serait assisté, secouru, vengé à son tour.
  14. On explique ce passage ainsi Ne cours pas après des choses vaines et qui ne te serviront à rien ; ou bien : N’accuse personne d’aucun crime si tu n’en a pas acquis la certitude.
  15. Il s’agit évidemment ici de saints invoqués par les chrétiens ou même de Jésus-Christ.
  16. On doit entendre par là des cités criminelles.
  17. Il s’agit ici de cette ascension aux cieux qui donne le titre à cette sourate, et que les musulmans croient avoir eu lieu réellement. L’arbre maudit est le Zakkoum, au sujet duquel voyez le chapitre LVI.
  18. Expression proverbiale pour dire : Avec toutes tes forces.
  19. Ce livre c’est le livre où sont inscrites les actions de chacun.
  20. Le mot sonnet, sonna, que nous traduisons ici par voie, signifie au figuré : usage, coutume et tradition.
  21. Les mots du texte sont : la lecture de l’aube du jour est vue, ou se fait en présence de témoins. On entend par là que les anges en sont témoins.
  22. Il est à remarquer que c’est dans ce genre de veilles que les hommes adonnés à la vie spirituelle, parmi les musulmans, éprouvent leurs extases et les manifestations de Dieu. On emploie, dans le langage de ces hommes, le mot mekam, place, pour un des degrés de ce rapprochement de Dieu ; et nul doute que cette acception ne lui soit venue du passage qui nous occupe.
  23. On peut entendre ceci soit comme une prière à Dieu, pour qu’il accorde à l’homme une mort et une résurrection désirée, soit, en supposant qu’il s’agit ici de Mahomet, pour que Dieu lui accorde la libre entrée à la Mecque et la faculté d’en sortir libre.
  24. Soit au sujet de l’esprit qui anime les hommes, c’est-à-dire de l’âme immatérielle, soit sur l’ange Gabriel, qui est appelé esprit de Dieu. Nous ferons observer à cette occasion que le mot rouh répond le mieux à ce que nous sommes habitués d’appeler l’âme immatérielle. Quant au mot âme, principe de vie, esprits vitaux, tant chez les hommes que chez les animaux, il est rendu par nafs.
  25. C’est-à-dire, il n’y a qu’un petit nombre qui sache quelque chose là-dessus.
  26. Ce passage, disent les commentateurs, a été révélé lorsque les idolâtres ayant entendu Mahomet dans se prière dire : Ya allah, ya rahman, lui reprochèrent d’invoquer deux êtres différents tandis qu’il venait de leur dire : « N’adorez pas deux dieux. » (XVI, 53)