Le Voyage des princes fortunez de Beroalde/Entreprise I/Dessein III

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DESSEIN TROISIESME.


Fulondes raconte ce que la vieile Fee luy fit, & comme ietté en la grotte, il fut auec le ſerpent, ou il veſcut de la pierre raſſaſiante. Le ſerpent l'eſleua de la grotte. Et la vieille Fee s'y precipita.



LE iour que ie penſois receuoir la compagnie que i'auois inuitee en la maiſon de ma mere, m'eſtant leué aſſez matin à cauſe que mon eſprit eſtoit vn peu eſmeu, ie ſorty auec vne harquebuſe de chaſſe en ma main, & m'en allay en intention de tirer quelque coup, ie tracé ſur les orees de la foreſt noire, où ie vy vn loup ceruier cheminant negligemment, ie m'auancé, mais en vain : car m'ayant apperceu, il s'enfuyt, la pour ſuitte que i'en entrepris m'attira tant auant en la foreſt, que ie m'eſgaré, & plus ie penſois me deſueloper de la ſorest, plus ie m'y enlaçois, à la fin allant & venant, ie commencé à me recognoiſtre, car ie remarqué la fontaine de la Fee Fleuroſe, qui eſt autant gracieuſe que ſa mere eſt meſchante : ie trouué la belle cueillant quelques herbes, & elle m'ayant enqueſté de mon auenture, me pria d'entrer en ſa petite maiſonnette, elle m'en preſſa aſſez, mais ie la refuſé, luy faiſant mes excuſes qui eſtoient legitimes, leſquelles ouyes & receues, elle me monſtra le chemin pour eſtre bien toſt hors de la foreſt. Ie prenois congé d'elle, & n'en auoit pas encor laiſſé aller la derniere voix, que ſa mere ſuruint, qui m’ayant arraiſonné, me remöſtra qu’il eſtoit trop tard pour retourner à ieun, & me ſçeut tant perſuader que ie luy obeis, & demeuré à deſieuner auec elles : ô que grandes ſont les perſuaſions des vieilles qui font ſemblant de ſe ſoumettre, afin d’ḗlacer les eſprits qui croyḗt. Cette vieille me fit tant de ſeruices (ainſi ie les nomme, car il n’y a que les amans & les traiſtres qui ſe dilatent extremement afin de s’obliger les eſprits) me faiſant ſecher, chauffer, & popeliner ainſi qu’il en eſtoit de beſoin, d’autant que i’eſtois tout en ſueur, ſa fille l’auoit bien veu, mais la höte que ſa pudicité luy efcrit aux yeux, la retenoit, ſi qu’elle m’enuoyoit bien toſt, & cette vieille hardie, à laquelle il eſtoit ſeant de me gratifier mollettement, executoit en moy ce qui m’eſtoit neceſſaire, & qui l’aidoit à la trame d’acheuer ce qu’elle ourdiſſoit. Le repas champeſtre fut appreſté & preſenté : ie m’en ſoulagé à mon beſoin, puis ie pris congé des Dames, remportant auec moy l’innocence, auec laquelle i’y eſtois entré. Ie fus remis courtoiſement en mon chemin, & m’en allay auec la couſtumiere facon qui me guide en mes actionº, mais ie ne fus pas à deux cens pas de là, que ie ſenti l’effort du ſommeil qui me contraignit de luy obeyr, dont ie me iettay ſous vn arbre ſans election. Me voilà pris, ie ne ſcay qui ie fus, à qui ie me trouué recommandé, ny comment il m’aduint, car plein de venim ſomnifere, ie dormy profondement, puis le pouuoir dormitif eſtant ceſſé, ie m’eſueille, & me trouue non ſous des arbres où ie me ſouuenois m’eſtre endormy, ains en vne grotte creuſe, my-obſcure, ſeiche, triſte & eſpouuantable, là n’y auoit qu’vne veuë dont le ſouſpiral eſtoit inacceſſible : En ce lieu de miſere giſant ſur la dure impiteuſe, ie me ſentis pres du roc deſſeiché, & touchant viuement la dureté de la pierre, i’appris que i’eſtois tout nud, le ſentiment m’y fit prendre garde, par quoy ie me vis à la clairté telle qu’elle ſe pouuoit communiquer, que i’eſtois deſpouillé de tous veſtemens, n’ayant que ceſte peau de cheure deuant moy, dōt ie ſuis ceint, au reſte i’eſtois las, abbatu & de forces ſi aneanti, que mon reſueil me fut eſpouuantable. Mes ſens raſſemblés, mon eſprit recueilli, mon iugement ramené, ie me vy en ceſte caue profonde, loing de tout moyen d’en ſortir : Et puis ſi ie le diſois en la ſorte que ie le recogneus, ie vous ferois perceuoir les plus horribles peurs dont on nous faict crainte pour domter nos actiōs folles : ie me trouué là ſeul, c’eſt peu, ſans eſpoir, il peut reuenir, ſans commodité, elle ſe renconsre, mais i’aduiſé outre ma penſee vne compagnie de difficile frequentation, qui me mit en l’ame toutes les idees de crainte, c’eſtoit vn grand ſerpent aiſlé qui repairoit au fonds de l’antre : Ce ſerpent ietta ſes yeux ſur moy, les rouillant horriblement, & ie cuiday qu’en ce geſte il me marchandaſt pour ſe venir ietter ſur moy & ſe raſſaſier de ma triſte chair. Tout deſeſperé, ne craignant plus que ce dernier hazard, que i’eſtimois ineuitable, ie m’allay tappir en vn petit cognet, qui touſiours depuis a eſté mon logis, vn cœur valeureux le peut-il dire ? la nuict me fut biē longue : d’autant que i’auois peur, & ſi pourtant ie faiſois de belles entrepriſes pour eſtouffer le dragon, mais ce que ie meditois eſtoit vne audace d’enfant nud contre vn geant armé ; d’vn petit chien vers vn cheual valeureux. Au matin que le iour nous eut faict veoir ce que ie trouuois encor plus eſpouuentable, ce grand & dangereux animal, ſe ſecoua eſpouuantablement & ſe battant d’aiſles & de queue, fit toute reſonner la cauerne : Ie me iugeois à ce coup & m’attendois d’eſtre deffait, m’aſſeurant qu’il ſe preparoit pour me venir deuorer & faire vne gorge chaude de ſi peu que i’auois de bon ſang, i’eſtois en ceſte perplexité : & toutesfois le pauure animal ne ſ’en eſmeut aucunement. Enuiron le midy le dragon comme eſueillé fit vne vehemente ſaillie, & ſ’aidant de ſes aiſles ſe donna large parmi l’antre, vers la voute duquel il vola pluſieurs fois, l’eſgayant en ſes passades aërees, puis ſ’eſtant roulé sept ou huict tours cōtre le fons de noſtre deſplaiſant habitacle, & ayāt ietté ie ne ſcay d’intention quelles œillades ſur moy qui l’attendois tout deſolé pour terminer ma vie & ma triſteſſe, il ſ’alla renger vers vne pierre qui eſt au ſeptentrion de la grotte & ſ’eſtant alongé de toute ſon eſtendue ſe redreſſant vn peu ſur les mains, ſe mit à lecher ceſte pierre, & fut à ceſt exercice quelque demi cartd’heure, puis ſ’eſtant vn peu eſiouy ſ’en retourna en ſon lieu : ſans me # du dommage auquelie m’eſtois reſolu ie patientois attendant le treſpas que ie me tenois tout aſ ſeuré deuoir auenir par les déts de ceſte beſte, la quelle toutesfois ne fit aucū ſemblant de me vouloir offēcer. Deux iours ſe paſſerēt que ie veid ſes geſtes de meſme, & ie ne bougeay de mon petit coin auiſant le ſerpent viure à ſa fantaiſie comme il auoit accouſtumé au troifieſme iour que la faim me preſſoit, ne fcachant qu’eſlire ou la cruauté du dragon, ou l’extremité de la miſere, ie me hazardé & m’approchay de la pierre, eſtimant que poſſible la beſte me viendroit deſtruire, ou ſans m’attaquer me laiſſeroit en paix. Le pauure animal me regardoit aſſez faire, mais il ne ſe bougea. Ie me beſſay pres la pierre & la leché, ayant opinion par l’obſeruation que i’en auois faite, que le ſerpēt viuoit de la ſubſtāce qu’il en ſuccoit, apres l’auoir vn peu lechee ie ſentis en mon eſtomach, vn paiſible allegement, ſi que mon grand appetit fut eſteint : i’eu frayeur de cet accidēt, dont pourtant ie me conſolé, croyãt que le venin refroidiſſant le chaud de mon interieur, me communiquoit le repos de la mort, qui m’eſtoit plus douce en ceſte penſee, que d’eſtre auec douleur deſchiré & tué. Mais ceſte opinion paſſee par le ſuccés, ie me reſolu, & depuis ie ſoulageois ainſi mon deſir, quād la faim m’en ſollicitoit. Quelques iours s’eſtans passez ſans que ma peur le fut, le Dragon s’approcha de moy, me faiſant ſigne de la queuë & de teſte : ie les pris à careſſe, d’autāt qu’il me fit tout au rebours de ce que ie cuidois, parquoy i’obtemperé à ſes façons flatteuſes que ie receu, vſant du reciproque, ſi bien que ie m’appriuoiſay auec lui, tellement que depuis nous frequentions & iouions librement enſemble : il ſe venoit coucher aupres de moy & m’eſchaufoit, ſe mettant entre le vent & moy. Les premiers iours il auoit vn peu l’aleine puante, & cela paſſa peu à peu parce qu’apres qu’il eut digeré l’odeur du ſuc des mauuaiſes viandes & corruptibles à putrefaction infecte, telle que la nourriture ordinaire de ces animaux rauiſſans, & que ſon eſtomac fut netoyé ceſte puanteur ceſſa. En ceſte familiarité nous priſmes habitude mutuelle, & priuauté auec aſſeurance l’vn de l’autre, tellement que ie le touchois où ie voulois, ie lui mettois la main entre les dens, & il me leſchoit les doigts, ceſte façon de viure nous fit contracter telle amitié qu’il ne me fit aucun deſplaiſir, & ie ne luy en pouuois faire, & de fait ie n’euſſe oſé & depuis ne le voudrois, quand ie le pourrois. Il eſt bien vray que i’auois neantmoins toutes ſes faueurs vne friuole peur, qui me faiſoit penſer qu’au renouueau il feroit de ma triſte chair gorge fraiſche auant que s’en aller. Ceſte apprehenſion me rendit ſi deuot, que i’eſpere qu’à mon imitation pluſieurs embraſſeront la pieté : quand i’auray donné au monde le pourtrait des mouuemens interieurs qui m’y ont pouſſé. Or il y a treze iours que deſia, ainſi que ie pouuois iuger, le temps eſtoit clair & beau, & mon Dragon humant ceſte douceur leuoit le nez, vers la iourniere de la grotte, à laquelle il vola & ſortit, puis reuint enuiron vne heure apres, & ſe mit à me faire plus de careſſes qu’auparauant : Il ſembloit qu’il me raconta des nouuelles du beau temps : Ceſte beſte ſe gliſſoit contre les bords de l’ouuerture, dont la mouſſe tomboit, & durant trois iours continuoit ce labeur, ſortant & reuenant, & à chaque retour il me faiſoit infinies douces demonſtrations que ie ne pouuois bien entendre : à la fin comme me voulant perſuader expreſſément, il me fit des geſtes gracieux plus & en plus auantageuſe ſorte que iamais, les ornant de ſouſmiſſions apparentes, & m’incitant à ce qu’il vouloit, & ie ne l’entendois pas, il ſe veautroit deuant moy, & comme il m’eſtoit auis, il ſouſpiroit ne plus ne moins que s’il eut eu regret de me laiſſer, ou que ie ne le pouuois ſuyure. En cet excés de bonne volonté s’il y en a aux animaux d’autre genre que les hommes, ce piteux animal, ce pitoyable ſerpent, me faiſoit tous les iours & à toutes heures des geſtes, qui ſembloyent m’exciter à ſortir auec luy, il s’eſleuoit & en la violence de ſon vol, ſe bandant pour ſe grimper il me preſentoit ſa queuë, il me la laçoit mignardement autour des iambes, me l’offroit amoureuſement, pour l’embraſſer, & la coulant mignonnement, m’inuitoit à l’empoigner. Ces façons, ceſte grace, ceſte vehemente recherche, me donna courage, adonc d’vne determinee reſolution, ie me laçay à ceſte longue queuë, à laquelle ie me ioigni le plus eſtroittement que ie peu, & le dragon qui conſpiroit à mon bien, crochant l’extremité de ſon eſtendue me lia fermement à luy, & de telle force que quand i’euſſe voulu m’en diſtraire, il ne m’eut pas eſté poſſible. Eſtans ainſi ioints, il s’eſlança de force, & donnant des aiſles au vent, s’enleua m’emportant auec luy, & m’arracha de ce miſerable tombeau, où ma vie & mon corps giſoyent ainſi que hors du monde : Eſtans dehors & allez auant en l’air à cauſe de la viſte ſecouſſe & vehemente volee dont il ſe banda, ie me vis encor entre la mort & la vie, ne ſçachant qu’eſperer, tandis que ie formois ce penſement, le bō animal acheuāt la voulte de ſon vol, ſe rabaiſſa languidemēt vers terre, & auec telle conſideration, qu’approchāt d’ēbas, il en raſoit la ſuperficie de peur de m’offēcer en me laſchant, ſe laiſſant couler ſi doucement ſur l’herbe, que ie n’euſſe peu mieux me ſoulager : ce faiſant, il allongea ſa queuë & ſe deſlia de moy fort agreablement, puis apres auoir (ie ne ſcay comme ie dois nommer ceſte mignardife) dit en geſtes najfs ce que ſon cœur imaginoit de bon, il prit le vaſte des aers, ſur leſquels il s’eſt guindé prenant la route de Leuant : Eſtant hors de ce gouffre, & du pouuoir du Dragon, de la raiſon duquel ie n’ay aucune aſſeurance, d’autant que le naturel n’eſt tranſmué, ſans le changement manifeſte de ce qui doit eſtre mué : ie repris mes eſprits, & apres auoir conſideré ce que i’eſtois, & d’où ie venois, ie remarquay vne petite ſente non gueres frayee, que ie ſuiuy iuſques à vn chemin qui m’eſtoit incogneu : y eſtāt, i’eſtois en peine, ne ſcachant ſi ie deuois prendre à droicte ou à ſeneſtre. En ce doute, i’entrevis aſſez loing de moy comme vne perſonne, ie ne fus pas deceu, car il eſtoit vray : adonc ie me haſtay en intention de m’enquerir de mon chemin, approchant de celle que i’auois veuë, & la diſcernant, ie cogneus que c’eſtoit vne femme qui cheminoit pas à pas, reſuant profondement à teſte baiſſee : l’abordant, & parlant à elle, elle ſortit de ſon penſer, & leua la teſte, puis m’ayant enuiſagé, ſe tourna & fuyt. Ie ne perdi point tēps, ie courus apres, ie l’atrape & empoigne le pā de ſa robe : Se ſentant arreſtee, elle iette ſes mains à ſa face, & auec pluſieurs cris effroyables parla en ceſte ſorte, Helas ! pauure ame vagabonde, ie te prie aye mercy de moy, va en ton repos, & n’exerce aucune vengeance ſur mō corps : i’en pourſuy d’auantage à tirer de ma vie la punition que ie merite : car defia la peur que tu as aſſemblee en mon ame la fait aſſez mourir, acheue ta courſe, & ſois contente, tu verras bien toſt mon eſprit malheureux qui aura laiſſé ce miſerable corps. I’eſtois presque eſpouuanté de ce que i’oyois, & n’euſt eſté, que ie ſcay bien que les eſprits ſeparez n’ont plus de frequentatiō auec la chair, i’euſſe penſé eſtre hors de ce corps. Me raſſeurant & cognoiſsāt de plus en plus, celle que ie tenois, qui cſtoit la vieille Fee, ie pris occaſion en la menaçant de l’interroger de ce qui me vint en la penſee. La craintiue toute abbatuë de terreur ſe iette à genoux deuant moy, me ſuppliant auec abondance de larmes. Ceſte contenance me rendit certain de l’effroy & nyais eſpouuantement que pluſieurs prennent de ce qui n’a aucune puiſſance de nuire : alors la deſolee & eſperduë femme me confeſſa que quand ie deſieuné auec elle : elle auoit meſlé en mon vin l’eſſence de pauot Indique preparee ſans gouſt & odeur, n’ayant autre qualité que celle qui fait dormir, ſelon la practique faite au chaſteau d’Arandos, adiouſtant en ſon diſcours que le mauuais vouloir, & l’enuie qu’elle portoit à noſtre famille : pour ce que ſouuent il eſchet que les Rois en ſont, eſtoit cauſe qu’elle me vouloit exterminer, & faire perir parles dents du dragon, qu’elle diſoit m’auoir deuoré il y auoit longtemps, & qu’elle alloit en la grotte amasser mes os, ſcachant que le ſerpent n’y eſtoit plus, Ayant par ces propos appris ceſte grande meſchanceté executee ſur moy : & meſmes quelle m’auoit deſpouillé, & par deriſion enueloppé de ceſte peau de cheure, & ietté en la grotte, où ie pris vn ſi grand ſault, que les membres m’en ont longtemps eſté douloureux, ie demeuré tout muet & preſque trāſi, m’eſbahyſſant de telle malice & meſchanceté : Ie me mis à la regarder d’vn œil furieux ; & deſpit, deliberant ſur la punition qu’elle meritoit : Ie n’eus pas loiſir de me reſoudre que la vieille m’eſchappa, tirant à grande allure vers la ſpelonque, ie la ſuiuy pour voir ce qu’elle deuenoit : Elle ne fit aucune poſe, car tout d’vn coup elle ſe precipita en l’antre, ce qu’ayant veu, ie me remis au chemin, & de ſentier en ſentier apres m’eſtre recogneu, ie ſuis venu en l’equipage que vous me voyez. Voilà comme i’ay eſté perdu : telle a eſté la ſorte dont i’ay veſcu, & ie vous fay manifeſte preuue, que ie ſuis ſorty du gouffre, eſtant eſchapé du plus triſte en fer que la crainte ayt iamais imaginé.

Ayant acheué ce merueilleux diſcours, les chātres qui s’eſtoient appreſtez aux chants lugubres (par le cómandemët des ſuperieurs) s’aduācerent sur les tons & accords de lieſſe, & firent cōpagnie à Fulondes, que toute la Nobleſſe & multitude du bon peuple conduiſit en ſon chaſteau. Les plaiſirs en furent celebrés auec toutes ſortes d’eſbats, & n’y eut aucun qui ne fiſt quelque partie pour en demonſtrer ſon aiſe, Les Fortunez participerent à ceſte ioye, auec leſquels nous auions auſſi toutes ſortes de recreations. Or chacun prēd plaiſir à la recherche qui luy touche le cœur, & pource en toutes rencontres, nous eſpluchions tout ce qui quadroit à noſtre meilleure fantaiſie, ſuiuant les Fortunez, auſquels on communiqua toutes les ſingularitez, ſi qu’ils virent les excellences, remarquerent les raretez, conſiderans les artifices, baſtimens, & tout ce qu’il y auoit de plus exquis en ce petit Cabinet du Mōde. La ſage Dame leur hoſteſſe leur declara les couſtumes & ſtatuts de l’Iſle, & les auantures qui s’y acheuent, leur racontant celle du Roy Roſolphe, qui depuis quelque tempsy auoit enuoyé les Ambaſſadeurs.



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