Le Voyage des princes fortunez de Beroalde/Entreprise I/Dessein XV

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DESSEIN QVINZIESME.


Amours de Beleador & Carinthee ſous l’ombre de ce nom Ierotermia. Prier d’amour ſans eſtre refuſé. Diſcretion.


{{Lettrine|E}N ceſte meſme ſaiſon, & que toute ceſte cōpagnie eſtoit reſolue au plaiſir preſent, & ceux de Sobare auec les Fortunés deſireux de partir au pluſtoſt : les affaires du medecin eſtans ſuccedees heureuſement & plus briefuement qu’ils ne penſoient, il aduint & par hazard non ſouuent aduenant, que la Remore ayant frayé vint s’affraper au Nauire de Sobare, où elle ſapa ſes petits, qui retindrent ſi bien le vaiſſeau, qu’il ne fut pas poſſible de demarer, que tout ce malin poiſſon ne fut eſcoulé, parquoy pour attendre le tēps auec plaiſir ayant faict eſtat de ſeiourner, ce qui fut agreable à la ſage Batuliree & à ſa fille, chacun ſe delibera de ſe donner ſuiect de paſſer le temps auec honneur & lieſſe d’eſprit. Ce retardement fut cauſe des aduantures amoureuſes de Beleador lequel s’eſtoit mis en la compagnie des Dames, pour voir les merueilles des ſerpens, y eſtant excité par ſa propre curioſité és ſuiects excellents. Il n’y auoit pas long temps qu’il auoit eſté en l’hermitage d’honneur, où il auoit recognu les raretez du lieu : Et comme chacun penſe qu’il ſera l’vnique rencontrant en ſa recherche, ayant veu ce tiltre d’or Ierotermia, il imprima en ſon courage l’opinion d’en trouuer le ſuiet qui luy ſeroit fauorable, & ce nom luy eſtant demeuré au cœur pour n’en eſtre iamais effacé, il ſe reſolut d’errer tant qu’il eut rencontré ceſt obiet vnique entre les accomplis, lequel il deuoit honorer faiſant ſeruice à la belle de ſon cœur, qui s’eſt trouuee eſtre la ſage Carinthee, fille de la prudēte Batuliree : Ceſte belle toute anciēne en ſa premiere fleur de ieuneſſe, paroiſt parfaite en vertus, gracieuſe en conuerſation, agreable en rencontre, & recommendable en eſtime. Cependant que les Fortunez ſe conſolent & conſeillent enſemble, & entretiennent les Dames de leur cognoiſſance, que le bon Docteur s’arraiſonne auec la bonne femme, & que chacun ſuit ſon but agreable. Beleador ne perd point temps, car recognoiſſant en la belle Carinthee le terme d’honneur que ſes penſees luy propoſent, ſe reſolut de luy offrir ſon ſeruice, ils s’eſtoient autresfois veus en Sobare, ce fut ce qui luy donna opportunité de familier abord, & ceſte familiarité fut cauſe que l’amour qui n’eſt point ſuiet au temps, forma dās les yeux de la Belle les traicts heureux qui obligerent Beleador à ce ſeruice agreable, auquel il determina ſa vie. Auſſi bien vous faut-il attendre que le temps permette de nous donner à la mer pour nous tirer d’ici : ce qu’attendant, nous aurons, peut eſtre, plaiſir de voir ceſt amant ſouſpirer auec la douceur dont les accents reſonnent en tous les accords que nous aſſemblons. Ceſt amant non encor Amant, mais preparant ſon ame à ſi beau ſoin, voyoit ſa vie luy eſtre mignōnement communiquee des yeux de Carinthee, dont decoule ſa fœlicité, mais il ne ſçauoit s’il auroit l’aſſeurāce d’offrir ſon ſeruice à ceſte belle, parce que l’occaſion ne s’en preſentoit pas, pource que la ſageſſe de la belle faiſoit paroiſtre tant de Maieſté & d’auſtere benignité que difficilement on eut penſé qu’elle eut eu agreable le diſcours d’amour, encore qu’elle en fiſt naiſtre les principes : toutesfois ayant pris vn petit limbe du bandeau du Prince des amans, il s’en couurit les yeux, & s’aduança au hazard de ſa bien-heureuſe fortune. Prenant la main de Carinthee, il la baiſa, & elle cōme le trouuant mauuais, la retira, mais ce fut apres, car quoy que ce ſoit, les belles ſont touſiours bien aiſes que lon leur face ceſt hommage, encore qu’elles facent ſemblant de le reietter, à quoy elles ne penſent point, ains à ſtimuler à frequent honneur leurs tenanciers. Pour ceſte façon il luy dit Mademoiſelle, vous ne me deuriez pas faire ce tort, en m’empeſchant ce bien qui eſt de vous rendre de uoir de treſ-humble ſeruiteur. Carinthee. Il n’y a point de ſeruiteur ſans maiſtreſſe. Bel. Il eſt vray, auſſi eſtes vous ma maiſtreſſe, s’il vo° plaiſt. Et à fin que celà ſoit, & que ie vous conqueſte autant valeureuſement, que i’ay deſir de vous ſeruir fidellement : Ie vous prieray d’amour, & ne m’en oſeriez refuſer. S’il vous en plaiſt faire preuue, & que me refuſiez, ie perdray vne diſcretion. Carin. Ie croy que les hommes ſont diſcrets, parquoy ſi vous perdiez voftre diſcretion, vous y auriez dommage. & ſi i’eſtois voſtre maiſtreſſe, ie ne vous deſirerois pas telle perte, au contraire, ie vous en ſouhaitterois la conſeruation. Belead. Ceſte repartie me fait eſperer que ie n’au ray pas la diſcretion, & partant, que ie ſeray receu à voſtre ſeruice, par vne voye non commune : Car ie vous prieray ſans crainte de refus. Carint. Et ſi ie vous refuſe que ſera ce ? Bel. Mon vnique bien, lequel quand meſme vous voudriez me refuſer à la condition que ie le requereray, vous ne voudriez me le nier. {{sc|Carint}. Voyons donc comment, & ſi ie perds la diſcretion, ie la payeray, car ie ſcay fort bien qu’il n’y a rien qui m’empcſche de vous refuſer, ſi i’en ay enuie, d’autant qu’il m’eſt aduis que ie me ſçay reſoudre à ce que ie veux. Beleador. Ma

Demoiſelle, mon ame eſt tant deuotement affectionnee à voſtre ſeruice, qu’elle ne peut addreſſer ſes vœux qu’à vous ſeule que i’honore & ayme de tout mō cœur, & pource que l’amitié ſe doit recompenſer par l’amour meſmes : ie vous prie me gratifier abſolument de voſtre amour, pour m’en donner parfaite iouyſſance : Et s’il vous eſt agreable, s’il vous plaiſt, & ſi vous deſirez que celà ſoit, & que vous vouliez m’aymer d’amour, refuſez moy la requeſte que ie vo° en fay. Carinthee. Si ie vous refuſe ie vous accepteray, & ſi ie ne vous refuſe point, vous n’aurez pas de part en moy : qu’élirez vous pluſtoſt ? Belead. Ie deſire payer la diſcretiō à ce que vous eſtant redeuable ie tienne de vous, & que m’acquitant ie vous rende hōmage pour receuoir le bien qui m’en eſcherra. Carintee, Pour vous faire paroiſtre que le ne veux pas reſpondre pour vous donner du dommage, ny pour eſtre occaſion de voſtre bien, à cauſe que ie ne ſcay pas les euenemés qui ſont ordonnez du Ciel, pource que ie ne puis faire eſlection de ce qui vo° eſt propre. Ie vous reméts à quand vous m’aurez fait paroiſtre ce que vous auez en l’ame, & lors ie ſçauray ſi ie ſuis capable de reſoudre la propoſitiō que vous me faictes. Ces petits ieux durerent tāt que la compagnie ſe debanda, & que chacun ſe retira à ſa retraicte. C’eſt vne pointe ſi viue que celle de l’amour, qu’elle reſueille inceſſamment ceux qui ſont reduits ſous la puiſſance de ceſte force, qui n’eſpargne rien. Cet amant eſpoinçonné de ſes pudiques ardeurs, print occaſion de reduire ſes paſſions ſous ces accents.

Animé du deſir qui m’a l’ame eslancee,
Ie uous uiens rechercher pour uous rendre mes vœux.
Iamais ſi beau deſir ne toucha ma penſee,
Ie ne fus allumé iamau de ſi beaux feux.
Non, ie ne penſe pas qu’en l’amoureux ſeruage
On puiſſe rencontrer d’autre felicité :
Außi uous iugerez cognoiſſant mon courage,
Qu’il n’eſt rien de pareil à ma fidelité.
Faictes que vos beaux yeux enflamment toutes ames,
Belle vous le pourrez àlors qu’il vous plaira,
Puis apres aduiſez quelles ſeront nos flames,
Vous verrez que mon feu tout autre paſſera.
Les diſcours paſſagers de ces langues bienfaictes
Qui vous offrent leurs cœurs, ne ſont que vanitez,
Mais mon propos uni à mes flames ſecrettes,
Portent ſur chaque mot autant de veritez.
Ie ſay bien il eſt vray que ie ſuis incapable
De rendre à nos beautez le deuoir merité :
Mais la perfection qui me rend excuſable,
Eſt, Belle qu’il vous plaiſt de m’auoir accepté,
Si ie commets erreur & ſi ce m’eſt audace
De ſuiure ce deſſein qui m’esleue le cœur,
Il n’y paroiſtra pas, car voſtre belle grace
Deſtourne les deffaults de voſtre ſeruiteur.
Poßible direz vous, Monarque de ma vie,
Quel bien me reuient il que vous ſoyez à moy ?
C’eſt la felicité d’vne belle accomplies
Se ioüant de tous cœurs d’en auoir vn à ſoy.
Doncq poſſedez mon cœur pour en tirer ſeruice,
Et cognoiſtre vne foy pleine d’affections,
Faictes qu’en nous ſeruant glorieux s’accompliſſe
Les effets deſtinez à vos perfections.

Vne fois qu’ils eſtoient en propos ils ſe mirent à diſcourir des rencontres du Calendrier, & cōme à chaque iour il y a vn nom, ſelon lequel ſi on rencontre celuy d’vne perſonne, & ne ſçachant le iour de ſa natiuité, on propoſe la feſte de naiſſance à ce iour là : parquoy pour trouuer occaſion de bien faire, il luy demanda ſon propre nom. Elle luy faignit luy en diſant vn autre, en quoy il pouuoit eſtre aiſément deceu, car les nōs que nous donnons aux Dames, ſont des Seigneuries ou epithetes, ainſi ſon vray nom n’eſtoit pas vulgairement cogneu, parquoy elle l’abuſa, mais comme il eut bien remué en ſon cœur pour en auoir ſouuenance, l’ayant ouy nommer eſtant petite, du nom ſous lequel elle auoit eſté caracteriſee entre les Chreſtiens, il s’en aduiſa, & ſur ceſte difficulté, il ſe pleignit & conſola, ainſi faiſant entendre en ces ſouſpirs qu’il cognoiſſoit ce beau nom,

I’eſſaye vne fortune autant auantureuſe
Que iamais cheualier eut deſir de tenter,
Et la fin en ſera ſi belle & glorieuſe,
Que tous parfaits amans me viendront imiter.
Mais obiet bien-heureux ou mon deſtin m’attire,
Ne me braſſez vo° point quelque faſcheux deſtour ?
Auriez vous point voulu à ceſt effet m’induire
Pour me faire fentir les malices d’amour ?
Non, vous ne voudriez pas abuſer l’innocence
D’vn qui deuant vos yeux ne ſe peut deſguiſer,
Et toutesfois i’ay veu ceſte douce apparence
Dont vous auez taſché ma penſee abuſer.
Mais pourquoy vouliez vous deſtourner de mō ame
Ce beau nom reueré qui eſt le nom d’aymer ?
Belle, ie ſuis touché d’vne ſi viue flame,
Qu’alumé par uos yeux i’appris à vous nommer.

Il n’y a plus moyen que i’aye cognoiſſance
D’autre nō que du voſtre, engraué dans mō cœur,
Auſſi ie ne ſcaurois rendre d’obeiſſance
Qu’a l’vnique beauté dont ie ſuis ſeruiteur.
Voicy le but heureux des belles eſperances,
Dont ie faiſois eſtat pour viure heureuſement,
Voicy le beau deſtin des bonnes influences,
Qui guidoyent mes deſirs au beau contentement.
Que mon cœur ſatisfait ſe prepare de gloire,
A ſeruir dignement voſtre digne beauté,
I’y ſeray tant parfait, que ie vous feray croire
Ma Belle que ie ſuis tout de fidelité.

Que c’eſt vne condition accompaignee de prōptitudes que celle des Amans, qui ſans ceſſe ſont en action, faiſans autant de deſſeins, qu’il ſe paſſe de fantaiſies en leurs opinions, leſquelles ils croyent veritables. Et puis ils tiennent pour certain ce qu’ils imaginent, & comme ils le meditent ils le ſuppoſent : d’auantage ils voudroyent inceſſamment ſe pouuoir manifeſter. S’il eſtoit en la puiſſance des fideles, de faire voir ce qui eſt eſcrit ſur leur cœur, i’ouurirois le miē deuant ma maiſtreſſe, il luy ſera aſſez apparent, quand elle auiſera ce qu’elle ſcait bien, & qu’elle aura la patience d’eſcouter.

Pardonnez ie vous prie à mon impatience
Jugeant de la grandeur de mes affections,
Quād vous m’euſtes reduit, ſous veſtre obeiſsāce,
I’eu le cœur plein de feux, l’ame de paſſions.
Qui pourroit eſtre à vous ſans ſentir les atteintes
Des traits tous enflammez d’vn amour vehemēt ?
Si les flames d’amour eſtoyent toutes eſteintes,
Vos beaux yeux les feroyēt reuiure en vn momēt,

La vie dedans nous par les effets ſe monſtre.
Car l’ame inceſſamment agite à ſon ſujet,
Auſſi lors quel amour vn courage rencontre,
Sans ceſſer il le rend eſmeu pour ſon obiet.
Donques vous honorant vnique à ma penſee,
D’vn heureux mouuement mon cœur eſt agité,
Eſleuee en deſirs mon ame eſt eſlancee,
Par les pointes qu’amour fait de voſtre beauté.
Que ie ſuis ſatisfait d’auoir ce grand courage
Qui me rend le deuot de vos perfections,
Je tien ceſte auanture à ſi grand auantage,
Que ie ne fays eſtat d’autres occaſions.
Ainſi qu’à tous momens ma paſſion me preſſe
Des violens efforts de mon contentement,
Beniſſant le deſtin qui vous fit ma maiſtreſſe
Ie m’eſtime à bon droit heureux abſoluement.
Voila de quels diſcours ma vie ie conſole,
Attendant que l’effait vous demonſtre mō cœur,
Tout ce qu’ō dit Amour n’eſt que vēt & parole,
Au pris des partions de ma fidelle ardeur.

Beleador deuiſant auec Carinthee, des ſujets que l’amour fait naiſtre inopinémēt, voicy compaignie plus ample qui ſurueint, & chacun des preſens mit en auant ce qui luy pleut & puis à l’ordinaire, ſ’il y a quelque Belle qui eſclate en perfections, elle ſera le but où chacun ſ’addreſſera, tellement que tous les gentilshommes ſ’arreſtoyent à Carinthee pour louer ſes merites. Quelqu’vn aſſez auantageux luy prit la main, & donna ſur vne bague en deuiſe, & luy dit, Belle, eſt-ce voſtre ſeruiteur qui vous a fait preſent de cecy ? Ouy, dit-elle, il me l’a enuoyé en témoignage de ſa fidelité. Ceſte reſponſe qui ne faiſoit que battre I’air, que la Belle n’auoit prononcee que pour ſatisfaire à l’inutile demande du gentilhomme, alla auec vigueur de violence extreme, penetrer le cœur de Beleador, qui des ce moment eut l’ame en alarme, & bien que pluſieurs beaux deuis fuſſent exagerez, & que luy-meſme cachant ſon vlcere en auança de galans, ſi eſt-ce que ſon eſprit eſtoit incommodé, ſe troublant de trop de douleurs immoderees : ce qu’il ſentit mieux, quand il fut à part ſoy : auſſi ſ’en deſchargea-il, par cet aer qu’il fit ouir à Carinthee, auec ſa reſolution ſ’eſtant conſolé.

Vn autre donc ſeroit auoué de ma, Belle,
Emportant deuant moy l’honneur que ie pretēs ?
C’eſt abus de vouloir ſe demonſtrer fidelle
Puis qu’en ſeruant on perd le bō heur & le tēps.
Oublions tous nos feux, puis que les belles Dames
Font gloire d’accepter tout ce qui vient s’offrir ;
Il ne faut plus auoir au cœur de viues flames,
Pour des ſujets ingrats il ne faut plus ſouffrir.
Mais quelle humeur faſcheuſe emporte mō courage
Quel ſiniſtre deſſein m’incite à blaſphemer,
Belle pardonnez moy, i’aurois trop de dōmage
De penſer ſeulement à ne plus vous aymer.
Mettez tout ſur l’amour pere de ialouſie,
Qui ulcere les cœurs par l’ombre ſeulement,
L’ame qui eſt d’amour eſtroitement ſaiſie,
Penſe que tout s’oppoſe à ſon contentement.
Si ie n’auois pour vous l’ame d’amour atteinte,
Vos propos me ſeroyent d’effect indifferent,
Mais eſtant animé de paſſion non feinte,
Ce qui peut m’offenſer m’eſt touſiours apparent.

Oubliray-ie l’ardeur de ma flame viuante,
Pour m’affliger le cœur de triſte paſſion ?
Non ie reuiens à moy, mon ame trop galante
Ne ſe peut alterer de vaine opinion.
Je ſuis tout de deſirs, ie ſuis tout de conſtance,
Rien ne peut eſgaler mes fideles ardeurs,
Auſſi ma Belle vn iour par ma perſeuerance,
Iugera que ie ſuis digne de ſes faueurs.
C’eſt au cœur genereux d’auoir de l’aſſeurance,
Tourner tout à profit, iuger tout bien pour ſoy,
Ie m’auantage ainſi deſſus toute apparence,
Quand meſme ie ſcaurois qu’on feroit cōtre moy.
Lors que ma Belle accepte infinité d’hommages,
Et qu’elle nomme ſiens tant d’autres ſeruiteurs :
I’en ſuis plus glorieux, car ces petits courages,
Font fueille à mō amour, illuſtreēs mes grādeurs.
Ce m’eſt plaiſir de voir tous les eſprits du monde,
Humiliez venir adorer ſa beauté,
Et ſes yeux Rois des yeux, faisās par tout la rōde
Choiſir ce qu’il luy plaiſt rendre en captiuité.
Ma Belle c’eſt ainſi que mon cœur ſe diſpoſe,
A viure, n’eſtimant que vos perfections,
I’y ſuis tout reſolu, ainſi ie me propoſe,
Que vous faites eſtat de mes affections.

Laiſſons les ſe proumener par l’iſle, conſiderans que tant ceux qui ſ’ennuyent, que ceux qui ſ’y plaiſent, ſeront auſſi toſt les vns que les autres, au iour qu’il faudra desloger.