Le Voyage des princes fortunez de Beroalde/Entreprise II/Dessein VIII

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DESSEIN HUICTIESME.


L’Empereur ayant aſſemblé les Sages & les grands, leur raconte ſon ſonge qu’ils luy interpretēt à biē. L’Empereur fait vn beau bāquet. Les Grāds en font auſsi, & Paratolme les inuite pour atraper l’Empereur, qui luy fait cōfeſſer ſa meſchanceté. Il eſt condāné à eſtre ſeigné le pied en l’eau, il meurt de peur.



L’Affaire commençant à ſucceder ſelon la pēſee des Fortunez, l’Empereur ſuyuant leur conſeil ſe gouuerna prudēment en ceci : Sachant que Paratolme eſtoit de retour, il fit apeller les Sages, les Filoſofes & les medecins de ſon Em pire, & les aſſembla en la grand ſale du Palais, eſtans tous deuant leur ſeigneur, attendans ſes commandemens il leur fitvn ample diſcours, de I’occaſion pour laquelle illes auoit conuoquez, leur diſant que c’eſtoit à cauſe d’vn ſonge qu’il leur deduit ainſi : Le matin ſ’approchoit, &àl’heu re que le ſommeil ſe veut departir nettoyant par l’eſcoulement de ſa douceur, les plus pures orga nes du corps, ileſtauenu queie penſois eſtrehors de cet Empire, & toutesfois eſlongnéi’eſtendois les bras par deſſus les Royaumes & les mers, & d’vne main ie couurois tous les païs : dont les hömes m’obeïſſent, & de l’autre ie cueillois les mauuaiſes herbes qui deça & delà paroiſſoyent, & puis me ſoulageant en mon labeur, i’arrouſois la terre d’eau que ie faiſois delicatement couler de ma bouche, & auenoit qu’vne grande multi tude de perſonnes eſtans aſſemblees pour voir ceſte merueille, ſi de fortune les goutes d’eau tomboyent ſur quelques vns, qui me fuſſent in cognus, ſoudainie les cognoiſlois, & en fin le peu † multipliant abondäment, ilauint que toutes es faces de tant d’innöbrables particuliers ſere duiſirent en vnviſage, lequel conſiderät le ſom meil m’a laiſſé, & me ſuisreueillé auecvne dou ceur exquiſe, de diſpoſition de ſensiointeà vne grande träquillité d’eſprit Les Sages eurent loi ſir de cöferer enſemble, & puis le reſultat de leur auis, eſtant diſpoſé, la § en fut faite de ceſte ſorte par leur Doyen. Sire, encor que la ſcience de § ſoit denieeaux hommes, auſ quels c’eſt vn peché extreme de deuiner, ſi eſt-ce que le ciel ne nous a pas voulu priuer de toute preuoyance, & ſe peut faire qu’en bonne con ſciéce, nous preſagions ſelon nos ſonges, les ra portäs au plus pres de la diſpoſitiö des cöplexiös & humeurs : Et puis ilyavn point notable, c’eſt que les ames des Monarques ont quelque parti culiere cômunication auec les intelligéces ſupe rieures, leſquelles pour le bien des peuples, de monſtrët ſouuent par ſonges aux eſprits qui ont cömandement, ce qui eſt del’auenir, ſuiuât ceſte. acceptable opinió, nous vous declarösgräd Em pereur, à quiDieu vueille multiplier les ans, &les Royaumes, quevoſtre ſonge ſignifie du bié pre ſent, & de la bonne fortune à venir, l’heure en la quelle vous auez eu ces apparéces ſpirituelles, eſt la propre heure des viſiósveritables. Ceſte main que vous auiez ſur l’Empire, demöſtre que quâd # vous plairoit en partir pour aller cóquerirau tres terres, vos ſujets ſ’entretiédroient en accord ſelon vos bonnes ordonnäces. La main qui arra che les herbes qui ne vallent rien eſt voſtre force en iuſtice, quinettoye le pais de voleurs, affron teurs & ſofiſtes : dont abondët les feints curieux, quieſcument les terres. L’eau qui ſort devoſtre bouche, qui arrouſe tout, eſt l’abondäce des ſain tes loix que vo°auez ſainctemétdictees, leſquel lesvous rédront ſuiets tous les eſträgers qui abö dent en vos terres, & vniront vos peuples ainſi † höme, pour vous ſeruir d’vne face ſeule, ſansauoirautre deſſein, que vous rëdre obeiſſan ce, ne pl’ne moins ques’ilsn’eſtoiëtqu’vn.Ceci, Sire, vous doit bië toſt ſucceder, &auec contëte mét.Telle eſt l’interpretatiö fidele devoſtre sōge naïf. Cela ouy, l’Empereur fit de grãdes demon ſtratiös deioye, & pour preuue de ſalieſſe, fit de grâds preſens aux Sages, & des dons liberaux aux Princes & Seigneurs ; Paratolme qui paroiſſoit entre les premiers de la court, auoiteſté cheriſe lö l’apparéce qu’ilauoit faite de la ioye qu’il re ceuoit du contétemët de ſon Prince, meſme ſa luātl’Empereur, d’vn geſte exterieurtrop detour né de ſon opinion, ſa Majeſté lui tédit la main en | cötrebaterie pour mieux lire les diuerſitez de só cœur.A la verité il cognoiſſoit bien que leviſage du deſloyal ne pouuoit eſtreamplement ouuert : car bié qu’il cuidat manifeſter vne cögratulation agreable, ſi auoit il vn refrain qu’aiſémët apper ceuoit celui qui ſauoitsö ſecret.L’Empereur laiſ ſant ceci à part, & pourſuiuât ſon allegreſſe pre meditee, fit vn banquet ſolënel à tous ceux de ſa court, àl’imitatió dequoi pluſieurs Princes& ſei gneurs en firét, & delibererét de faire en leur or dre pour reſiouir leur Monarque. Le miſerable Paratolme cuidât que tout lui ſuccedoit, & que partât ſonbäquet de long téps † ſeroit mis au rāg des autres, ſans aucû ſoupçon (bié que les meſchäs ſoyêt touſiours en doute) fut apres les Princes le premier, qui ſupplia ſa Majeſté d’aſ ſiſter au feſtin qu’ilauoit ordôné, l’Empereur lui promit : & s’y trouua, au grand contentement de Paratolme, qui pour l’honorer en ce conuiue auoit aſſemblé tous ſes amis, & les plus ſigna lez del’Empire ; La reception fut magnifique & abondante engentilleſſes& galantiſes, accompa gnee de muſique, de voix & d’inſtrumens, où les doux accens des belles muſiciënes furêt côioints aux accords de l’augmentation du plaiſir. Le bāquet fut continué en tout ordre de magnificëce. Al’iſſue, &quel’inſtät del’execution de la trahi ſon proiettee, ſ’approchoit, Paratolme, reſolu en l’excés del’amertume de ſon indignatiö quil e, chaufe, & roidit contre toutes timiditez, boüil lant de fureur végereſſe, apres auoir euaporétou te autre emotion quil’eut peu deſtourber, veint tenant en ſa main le precieux & mortifere vaiſ ſeau, contenant la potiö odoriferäte qui cachoit ſous l’excellence de ſes œrs agreables, la cöſi ſtence rabatue d’odeur, laquelle enuelopoit les aiguillös de la mort.Apres vn ſigne de grãde hu milité, ilſ’addreſſa à l’Empereur, ayant diſpoſé ſa lägue aux plus belles fleurs de paroles bië dites, dont il deguiſera ſa malignité, & auec le plus ex quisfard d’aparente fidelité lui dit : Sire, l’höneur qu’ila pleu à voſtre majeſté me faireauiourd’hui m’eſt vn cöble de felicité, &ceſte grace que iere † de vo°mö vnique Prince, eſt telle queie n’e— imeriéd’egalà ſigrand heur, auſſi pour reco gnoiſſance detät de benefices : dötvous augmë tez ſur moyle nôbre de iour en iour, ie recherche les moyés de vo" faire preuue notable & non cö mune de mö ſeruice à quoyayātlonguemét me dité, i’ay trouué qu’iln’yauoitrié tel que de prou uoir à voſtre ſanté, pour le maintië & cöſeruatiö de laquelle i’ay recouuré vne liqueur admirable extraite de pluſieurs aromatiques, &eſſences cö uenantes tant à la reſtitution des deffauts de na ture, que ſouſtenement de ſes puiſſances & fa cultez, auec effet pour les commoditez de ſes organes ſoit en les confortant ou en diſſipant les mauuaiſes humeurs, les rectifiant ou chailant les immondes & nuiſibles vapeurs qui les infectent, amendant toutes cruditez auec effect cer’tain de l’entretien des parties nobles pour la ſtabilité de la vie de la ieuneſſe, & de la ſanté, vo* ſçauez Sire, que ie ſuis affectionné ſectateur des Ortoſiles parl’induſtrie deſquels ie me guide en IllCS § ſelon leur diſcipline, i’ay cu rieuſemétfait elabourer ce magiſtere, & ſoigneu ſement preparer& fermenter, en intention devo* en fairevntreſ-humble preſent, i’ay penſé queie · ne pouuois plus commodémét vous l’offrir qu’à § belle occaſion, pour l’accompliſſement de ce petit repas, où pluſieurs choſes ont manqué. Sire, ie vous preſente ceſte heureuſe potion, qui vous ſera particulierement profitable, & à nous tous en voſtre perſonne, dont la conſeruation eſt l’vnique butdes deſirs des gens de bien, qu’il plai ſe donc à voſtre Maieſté la receuoir & la boire, en deſſert precieux & vtile ſur tout, pour remet tre le foye en la proportion de ſa temperature, & meſmes apres le repas que l’on eſt eſchauffé de viandes, de vins & de diſcours. L’Empereur prit · la coupe & la poſa ſur latable, comme pour boire apres auoir parlé, puis luy dit, Paratolme, ie ne veux point douter de voſtre diligence, en l’effet que vous me preſentez, &encor que depuis quel que temps il ſe ſoit paſſé vne nuee de § qui vous a troublé, d’autant que la punition de voſtre fils vous a eſté grieue, ſi veux-ie bien croi re pour ceſte heure ce que vous me voulez per ſuader : Mais pource qu’il eſt plus vray-ſembla ble que vo° quiauez eu de l’ennuyiuſques au de Ià du cœur, s’il peut penetrer plus outre, auez plus de beſoin de reſtaurant que moy qui ſuis extremement gav, tant dubeleſtat de mes affaires, que du bon ſonge qui me promet toutes felicitez, & uisie metrouue ſi diſpoſt, que ie n’ay aucun be † de preſeruatif, & ieiuge qu’il vo° ſeroit plus profitable, & qu’en ayez neceſſité, tant à cauſe de voſtre premiere douleur, que pour le trauail & peine que vous auez pris en ceſte partie, où vous vous eſtes beaucoupeſchaufé, côme il paroiſt, car ievoy que vo°eſtes outré de chaleur : ce me ſeroit vn deſplaiſirnotable que pour nous auoir fait tät : bonne chere vous fuſſiez incommodé de voſtre ſanté, & qu’y pouuant remedierie vous en oſtaſ ſe le moyen, parquoy pour vous remettre en ha bitude temperee, & diſſiper l’ardeur maligne qui eſt en voſtre ſang, &afin que s’il ſe peut, vo° ſoyez conſerué, il ſera plus expedient que ceſte potion vous ſoit reſeruee, partant l’ayant receuë de vous cöme vn rare preſent, ie péſe que vous qui deuez faire eſtat de ce qui vient de moy, ne ferez point de difficulté de la reprendre, auſſiie la vous don ne afin que tout preſentemét & à mô plaiſir vous la beuuiez à ma ſanté & àl’heur de mes victoires promiſes.PARAroLME. Sire, ce ſeroit grâd dom mage, ayant eſté preparee pour vous, qu’elle deſ cheuſt de ſon but, &eſtantcebreuuage ſi precieux il faut qu’il ſoit employé envne perſonne de prix, & puis les ſimples en ont eſté cueillis ſelon lesiu ſtes conſtellations referees à celles de voſtre na tiuité.L’EMP. Pour ce dernier point nous le laiſ ſerons, car il faut peu s’arreſter à ces obſeruations inutiles, d’autât que faillantvn petit icy, la gran deur en eſt là hault fort §. Mais pource queiefay grãd eſtime de vous, & voſtre perſonne eſt de conſequence pour mon eſtat, & le bien de mes affaires, ſivous eſtes autant veritable que vos belles parolesle promettent, il faut que ceſte po tionVous ſerue, &pourtät ie veux que tout main tenant pour me gratifier, me faire plaiſir, & me deruir, vous beuuiez à moy & d’autant, &vous en ferez rapporter d’autre, que ie garderay au be ſoin, & vous plegeray : il n’eſt pas qu’ayant vou lu faire vne ſi notable medecine, vous n’en ayez aſſemblé dauantage & reſerué pour la neceſſité à venir.PARAT.Sire, ievousaſſeure que voici tout. L’EMP. C’eſt tout vn, boiuez-le. Ce traiſtre ne trouuant plus de ſentier pour eſchaper, perſecuté de ſa meſchante conſcience, iettant vn regardaf freux ſur la compagnie qui ne ſçauoit de ceſte tragœdie quel’apparence & les paroles, empoi na la coupe, & tout eſperdu & deſeſperé, ſans † allUTC † que d’vn homme qui n’a plus de iugemen ?’approche de ſes leures pour aualer la liqueur, maisl’Empereur ſe haſtant à propos luy, ſaiſit le bras & le retint, diſant, Comment eſtes "vous eſtonné ou oublieux, que vous voulez boi re ſans obſeruer& practiquer la couſtume ? où sót les paroles de † pour ma ſanté, & cel le des aſſiſtãs que vous deuiez profererauant que boire, veu que comme dépit ou offencé † ſiſſez deſeſperement ceſte coupe ? Ahameſchät ! puis que tu t’es troublé, que ta feinte galantiſe t’a quitté, tes trahiſons tetalonnent.Tu veux donc mourir par ton artifice : Non, iln’aduiendra pas ainſi, ie veux que tu ſçaches que ie ſçay ta meſ chanceté, auſſiiete ferayiuſtement punir.L’Em pereur tint la coupe, ſi que rien ne verſa. Les meſchansn’ontiamais de conſtance, pource que la vertu ne peut demeurer auec le vicieux, † Paratolme ſurpris ſe trouble, eſtonné par 1on propre peché, decheu entierement d’au dace, & ſon cœur deuenu tout laſche, ſeiette tout deſolé aux pieds de l’Empereur auec cette triſte voix : Sire lavengence diuine m’a attrapé auant que i’euſſe commis l’excés que i’ay premedité : ie † cheutau peril que ie vous auois preparé, ie vo°ay preſenté la mort laquelle à voſtrerefus i’ay voulu engloutir pour perir par ma moy meſme& maintenantil faut quei’attende la punition, c’eſt faict de moy, iene doyrien eſperer, & vous ne me † car ma faute eſt trop grande. Ie vous † que pour l’expiation de ma coulpe ieve rifie en moy ce breuuage mortel, à ce que ie ſois defaict plus gratieuſement que ie ne merite. Or auant queie reçoiue le iuſte chaſtiment de mon crime enorme, ie vous aduertiray, Sire, le vous diſant plus pour deſcharger mon cœur, que pour requerir grace : que vous n’aprochiés iamais de voſtre perſonne ceux deſquels vo°aurez faict re pendre le ſang, on dit que le cœur faut quelque fois, mais le ſangne peut mentir, depuis que vous euſtes fait oſter § à mon fils, ie n’ay point eu de relaſche auec les debats de mon cœur, tant les aſſaux continuels de mon deſpit & de ma rage m’ont ſollicité de trouuer le moyen de vous oſter la vie, en ceſte vehemence ie me ſuis tranſ porté à telle extremité, & ay fait preparer ce venin ſans remede, meſlé des plus actifs poiſons du monde, pourvous défaire, &ſans doute ſi vous l’euſſiez pris c’eſtoit fait de vous, & vous fuſſiez mort ſans violence.Apres qu’il eut tout confeſſé, l’Empereur commanda au grand Preuoſt de ſe ſaiſir de luy, & le mener en la ſale prochaine, & le tenir là tant qu’il luy mandaſt. Le cantique d’action de graces ayanteſté chanté par la pſalle te de l’Empereur, chacun ſe retira, & l’Empereur retenant qui luy pleut, mit en deliberatiö ce qu’il falloit faire de Paratolme.Apres pluſieurs beaux &ſalutaires diſcours, il ditvn auisqu’ilauoitpour penſé en ſoy-meſme, &désl’heure il enuoya que rir ſes Chirurgiens, auſquels il donnala charge de faire ce qu’il auoit conçeu, qui eſt qu’il vouloit ſçauoir ſi la peur ou l’apprehenſion de la mort ſe-.. roit ſuffiſante de faire mourir vn hóme, parquoy ayant en main vn iuſte ſuiet pour ceſt effetilvou loitl’eſſayer, & encores de plus grande curioſité, veu que celuy ſur lequel il falloit executer ceſte preuue eſtoit homme d’exquis entendement, & de notable conſideration.Parquoyayant embou ché ceux qui deuoient faire ceſte experience, il ſe retira, & ils allerent vers le grand Preuoſt, auquel ils declarerent la volunté de ſa Maieſté. Alors le grand Preuoſt s’addreſſant à Paratolme luy dict, Vous auez eſté homme fort recommendable, quand vous vous eſtes tenu en voſtre deuoir, & puis vous eſtes de grand lieu, ces deux conſidera tions ſont cauſes que ſa Maieſté veut que vous ſoyez traicté doucement : mais pource que vous auez attenté à ſa perſonne, il eſt raiſonna ble que vous ſubiſſiez § peine des coul pables.Toutesfois pour le merite de vos ſeruices, qui n’eſt pas eſteint, l Empereur veut que voſtre mort ne ſoit point ignominieuſe, & pourtant on ne vous executera pas en public. Le Conſeil à la requeſte de vos amis, & à la volonté de l’Em pereur, a voulu ce que les voſtres ont requis, c’eſt ue vous ſerez ſaigné le pied en l’eau, & ce pre § ce que le longtemps ne vous appor te trop de deſplaiſir & de crainte, diſpoſez-vous donc, & ayant les conſolateurs de voſtre ame, attendez par l’effet du deffaut denature que vous expiriez : Celà dit, & Paratolme rendant graces à l’Empereur & à ſes amis, ſe propoſa la mort, & fit auec les Theologiens l’examen de ſa conſcien ce, puis ſe preparapour payer le tribut du peché, § le banda, & mit-onſon pied droit nud en vn baſſin plein d’eau, & vn Chirurgien vint dou cement le pincer comme s’il euſt donné vn coup de lancette en la veine, apres les preparations deuës, puis comme s’il fuſt ſorty de beau ſang & vif, les preſens en diſcouroient, expoſans ce que peut repreſenter de bon vn ſang eſleu, ce pendant ceux qui auoient † du repos de ſon ame, s’exageroient aux diſcours de la re miſſion des † de la diſſolution du corps & del’ame, & de la vie bien-heureuſe à ve nir : durant ceſte merueilleuſe action, l’eſprit de Paratolme tendu en l’excellence de ſes der nieres penſees, ſe retira doucement du mon de, tellement qu’en peu d’heures on vid ce corps ſans poulce & ſans mouuement, & deſ couurant le viſagé, on y vit l’image de la mort : On ne l’ouyt point ietter de malheu reux ſouſpirs, & ne peut-on iuger ſi ſon ame s’exala enſe contriſtant, car deſia tout eſtoit en la poſſeſſion du treſpas quand on le deſcouurit :