Le Voyage des princes fortunez de Beroalde/Entreprise III/Dessein III

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DESSEIN TROISIESME.


Parties plaiſantes pour le ſuiet des Dames & ſurtout de Lofnis. Contre ceux qui s’offrent à toutes Dames. Stances contre les ſorciers & charlatans. Couſtumes d’vn May. Remonſtrances de Lofnis à Fonſteland.



TAndis que l’Empereur deuiſoit auec ſes familiers, les Dames auoyent fait tendre leur pauillon vn peu auant dans le bois, où l’on donnoit du plaiſir à Lofnis ſelon les occurrences, & veint à propos qu’il falut faire là le ſeiour, pour le reſte du temps qui attendoit la nuit, & auſſi y coucher. Il ſemble que ſouuent le deſtin ſ’accorde auec les occaſions, ou bien qu’il les face venir à gré à ceux qui ont l’ame ſincere. Ce iour meſme eſtoit le dernier d’Auril, & il eſtoit eſcheu que Lofnis eſtoit nee le premier iour de May, de ſorte qu’y penſant durant ce petit repos Fonſteland prit ſujet de faire quelque partie pour ſa Maiſtreſſe. L’Empereur eſtoit occupé à ſon diuertiſſement, & les Princes Fortunez eſchapperent vn petit, & vindrent voir les Dames. La Belle Serafiſe compaigne de Lofnis, qui ne pretendoit rien moins en l’amour, que d’obliger vn iour quelque braue courage, leur dit, Et bien Princes, vous ſemblez eſtre oyſeux, que ne vous auancez vous chacun en l’honneur de ſa maiſtreſſe, pour donner du plaiſir aux Dames ? Cavaliree. Madame, commandez abſoluementà voſtre ſeruiteur, afin que nous ſachions ſi vous auez autant d’adreſſe de le bien traitter, que vous eſtes capable de le poſſeder. serafise. Ie n’ay encores rien acquis, & pourtant 1e ne puis faire ce que vous dites, quād ie ſcauray d’auoir puiſsāce ſur vn bel eſprit, i’en vſeray ſelon le bon iugement qu’amour me laiſſera. cavalir. Seroit-il vray que vous, tant belle & accōplie fuſſiés parmy les beaux eſprits, & que rien ne fut à vöus ? serafise. M’eſtimez vous de tant de merite que ie peuſſe poſſeder quelque cœur, caval. Croyriés vous que i’euſſe ſi peu de iugement, que ie ne peuſſe eſtimer ce qui doit eſtre ? Comme ils eſtoyent ſur ces petits debats, il ſuruint vne maſcarade de ſept gentilſhōmes qui firent vne entree fort agreable & leur balet repeté par vne belle voix diſoit :

Triomfés iuſtement deſſus toute excellence,
Vous Belle qui auez toutes perfections,
Tant ce qui de parfait porte quelque apparēce,

Imite en ſa grandeur vos braues actions.
Ie ne vaypoint cherchant d’Ideepaſſagere,
Pour vous repreſentervos merites parfaits,
Ceux là qui vous verront, à la veue premiere
Prendront de mon diſcours à teſmoins les effaits,
Uoſtre eſprit releué ſur les termes du monde
Va touſiours meditant des deſſeins glorieux,
Coſtre cœur eſt ſigrand qu’aucun il ne ſeconde,
Tant ſoit il de vertu ferme deuotieux.
Vous eſtes tout ainſi que les flames mouuantes
Qui s’eſleuent touſiours deuers l’eternité,
Et vos penſees ſont des penſees brillantes
Apre, les grands obiets pleins de diuinité.
Vous eſtes le raport des eſſences extraites
Du ſuiet accompli de merite, & d’honneur,
Telle on vous iugera le patron des parfaites,
Le paradis des cœurs, des eſprits le bonheur.

Toute la belle troupe fut eſmeuë de ceſte gen tille petite auanture qui fut longuement con tinuee à l’honneur de Lofnis, qui cognut bien que ceci partoit de l’inuention de Fonſteland, qui auoit choifi ces ſept, leſquels ſe preſentans deuant les Dames les mettroyent en opinion, ue chacun d’eux chantoit ainſi les merites de ·ſa maiſtreſſe. Le bal eſtant ceſlé, vne Dame reſentale lut à Fonſteland, luy diſant qu’elle † offroit comme à celuy qui eſtoit l’vnique à le bien toucher, & le prioit par celle qu’il deſi roit ſeruir, de ſe donner luy-meſmes le plaiſir qu’il eſliroit pour eſgayer ſes penſees : Il le prit de ceſte belle main, ſuyuant la forte coniuration que la bouche en auoit faite, & dit : Ie vous re citeray vn petit ſouſpir tel que iel’ayaſſemblé, pour l’honneur de celle qui guide les puiſſances de mon eſprit.

ce qui eſt de grandeur, de beauté, de ſageſſe,
Eſt en l vnique obiet, honsré de mon cœur,
Auſsi rien n’eſt parfait que ma Belle maiſtreſſe
Dont les merites ſont des merites l’honneur.
Ces beaux yeux sot des feux döt la ſource eternelle
De lumiere fournit l’vniuerſel flambeau,
Son front de majeſté eſt le parfait modelle
Sur lequel eſt formé tout ce qui eſt de beau.
Sa bouche eſt des deſtins la profeteſ ſainte,
Sur ſes leures touſîours ſe ſied la verité,
Et ſon ame qui tient toute autre ame contrainte,
Va reduiſant tous cœurs ſelon ſa volonté.
D’vn cœur humilié d’vn courage ſincere,
Ie la vay recherchant en mes deuotions,
Telle eſt ma pieté, car ce ſeroit mal faire
De n’aymer & ſeruirtant de perfections.
Royne des volontez receuez ce ſeruice
De l’eſprit qui ſans vous l’amour n’eſtimeroit,
Et iugex aux effaits de l’humble ſacrifice
Du cœur qui volontiers pour vous s’immoleroit,

A ce propos fut mis en auant le ſeruice qu’on doit aux Dames, & chacun propoſoit le deſir qu’il auoit à ſeruir ſa maiſtreſſe : Et là deſſus Se rafiſe accorte entre les belles, parfaite entre cel — les qui ont de l’entendement, & galante entre celles qui ſcauent bien dire, ſe prit à raconter ſa ropre fantaiſie, où la fantaiſie qui la faiſoit par † Il y a dit-elle en ceſte court, vn perſonnage qui eſt fort accompli, & qui diſcourât auec moy me façonna le diſcours, pour r’abatre les beaux & auantageux propos de ces Amans, qui n’ont autre parole en la bouche, que le ſeruice qu’ils doiuent aux Dames, & cependant n’ont rien moins au cœur, d’autant qu’indifferemment à chacune ils vſent de meſmes proteſtations de fidelitez. Ie dyvray que ie croy que tels n’ont rien de bon en l’ame, ou bien ils penſent com meils diſent, eſtants affectionnez de tous ſujets quand ils les rencontrent : Cela n’eſt point ami tié, & encor moins amour.Et pour ſ’en aſſeurer, il faut auoir cét homme de bien, qui par ſa belle dexterité peut, ſiquelque Damel’en prie, luy fai re voir ſon ſeruiteur, en pourtrait toutàl’inſtät. LoFNIs. Ie te prie, m’amie, que nous l’ayons, afin " qu’il me face voir mon ſeruiteur. s E RAF I s E. Quand il n’y aura que nous deux, ie le ferayve nir, il ne ſe veut pas communiquer librement à toutes perſonnes, & ſi toſt qu’il ſeraauec nous, il vous fera voir en belles figures tout ce que vous aurez enuie devoir.VIVAR, Madame ne croyez pas ce que ceſte prudente Dame vous dit, & n’y penſez point, ces † gentilleſſes ſont auſſi vaines que les œrs figurez, prenez vous aux preu ues, qui ſeront ſolides&vrayes demonſtratiös de ce qui eſt, & ne vous abuſez point vous laiſſant trôper par ces ramaſſeurs de petites gentilleſſes, sE RAFisE, Vrayment vous en parlez d’affe ctió, vous auez peur d’eſtre deſcouuert, & que ie ſache par lui ſi vous eſtes fidele à voſtre maiſtreſ ſe.VIVAR.I’ay tät de fidelité pour ma maiſtreſſe, · que ſi ce perſonnage lui vouloit monſtrer autre pourtrait que moymeſme, ma † luy feroit tät de peur qu’il töberoit, & ſe tir à l’enfer, lequel ſ’ouuriroit incôtinent ſous ſes pieds. Ce Prince diſoit ceci pour rabatrela curio ſité de Lofnis, qui durant ce diſcours à ce qu’il aperçeut, auoit affligé Fonſtelãd, lequel ne peut repartir à cauſe qu’il eſtoit ſurpris & preoccupé. A ces diſcours d’autres ſuccederent, tät que cha cû ſe retira.Fonſteläd eſtoitvn peu troublé, auſſi ſon amour le cöuioit à ceſte eſmotio, en laquelle ruminât & ſe trouuât ſeul, il deſchargea só cœur, r’aſſemblant en belles paroles ce qu’il penſoit, ce qu’il pretendoit, & ce que ſon ame auoit deliberé, & trouua moyen de l’enuoyer à Lof nis qui le receut, ne ſe doutant point de ce que c’eſtoit, Elle le prit doncques, mais elle changea pluſieurs fois de penſeeau pris qu’elle courut des yeux& du cœur ces verſets,

Rentrez dedans vos creux ſubſtaces trompereſſes,
Qui ſcaueX par vos arts ſurprèdre tat de cœurs,
Ne venez pl° charmer les yeux de nos maiſtreſſes
Faignäs de leur monſtrer l’ar deleurs ſeruiteurs,
Anges pernicieux que la detreſſe ronge,
Et quiſcaue (mentir quelques felicitez,
Fuy (, carles beaux cœurs ennemis du méſonge,
Ne ſe deſtournent plus apres vos vanitez.
Et vous mignons eſprits ſemblances eternelles
De l’eſprit tout-puiſsät, croireX vo"ces mêteurss
Vo"chef-d’œuuresde Dieu faites pour eſtre belles,
Quoy voudri X-vous auſſi croire ces ſeducieurs ?
Fottº belle de mon cœur qui aueK cognoiſſance
Que ie n’honore rien que vos perfections,
Voudriez-vous rechercher vne fauſſe apparèce,
Pour deceuoir amour & mes affections ?
Uous voudrie{vous attendre aux especes friuoles,
Qu’vn triſie charlatan vou feroit eſperer,
Et me# riſant lafoy de mes chaſtes paroles,

Du meurtrier de la foy vous vouloiraſſeurer ? ces cruels deceueurs troublent les fantaiſies, | Ils mettent dans les corps trop de tentations : e WMais les fidelitez des amours accomplies eAccompaignent le cœur de conſolations’Joye Kmoy vous verreN non vne vaine image Legerementpourtraicte en vn traictpaſſager — Et vous qui iugez bien d’vn fidele courage ©ous y verre{ bien plus qu’vn nuage leger. e 2Mais qui vous faict penſer à cette experience De vouloirpar ha{ard voir voſtre ſeruiteur — Sinon que mepriſant ma fidelle conſtance Vous faictes peu de cas des deuoirs de mon cœur.’Uous abuſez amour, voas fraudeX ſa creance Puiſque vous eſtimez ces fantaſques diſcours feprens donques congé, car fruſtré d’eſperance He voy que Yous aucX cent mille autres amours 8t puiſque l’on ſe fie aux douceurs de ces Dames Qu’on ſ’oblige d’eſprit à ſeruir leur beauté, C’est ſe recuire en vain dans des iniques flames, En ſe rendant l’obiect de toute indignité Puiſque vous deſirés qu’vne fauſe magie Vous monſtre le ſuccés de vos intentions C’eſt faict, il nefaut plus que conſtant ieſupplie, Car voſtre cœur eſt loin de mes pretentions Ma belle i’en mourray, tant preſſé de detreſſe — Que ie ne penſe plus retrouuer de l’eſpoir ſOoila ! ieſcauois bien qu’vne belle Maitreſſè M’abuſant de propos me deuoit deceuoir, Rompez ce doux lien, qui oblige ma vie Auant que d’allervoir ces deſloyaux pipeurs Et puiſque vous aueX de ces preuues enuye, Ne faictes plns deſtat de ſuborner les cœurs.

Que ie fus abuſé quand i’aſſeruymon ame Au volage donteur de mes preſomptions Non iene deuois pas vous honorer ma Dame, Pour extreſme ſubiect de mes ambitions. Mais quel trouble eſt-ce cy, ces magiques sëblances Pourroient-elles forçer mon cœur determiné ? Faut-il qu’vn vain abus froiſſe mes eſperances 8t qu’vne opinion me rende ruyné. Non ie ne penſe plus en ces penſees vaines Suiuez ſi vous voulez, ces demonſtrations Ie ſuis tant arreſté d’affections certaines, Que ie ne veux penſer qu’en mes affections. Ma belle pardonne (à mon impatience, Et ne vous defiex de mes chaſtes ſermens, Touſiours le grandamour eſt plein de vehemëce, La crainte ſuit touſîours les fideles amans. Non, ie ne penſe pas que cent millefigures, Poupeuſſent deſtourner de me vouloir du bien, Et ie veux m’aſſeurerque tantg tant d’augures Dont on tente les cœurs ne menuiront en rien. Cependant tout d’ardeur, prompt à voſtreſeruice Ie paroiſtrayparfaict en reſolution, º Et ne deſirant rien que vous auoir propice f’arreſte à ce deſſein ma reputation. P ou ne me verre (plus auec la deffiance, AMachiner inconſtant quelque rebellion, Mais tout deuotieux ie feraypenitence T)es diſſeins outrageux de mon opinion. ©ous eſtes des beaut (l’image que ma vie Apriſe pourſuiett que reuerer ie veux, Ie vous immole doncq mö cœur en ſainčte hoſtie, Car vous eſtes l’obiet de l’honneur de mes vœux.. Ceſte Princeſſe liſant ces vers eut pluſieurs fantaiſies au cœur, car voyant les agonies, les deſeſpoirs, les reſolutions, & puis la palinodie de celuy qui eſt à elle, ſe trouue en peine, elle balã ce ſon deſplaiſirauec ſon aſſeurance, & puis ſage s’aduiſant qu’vn amant n’a pas ſi toſt §, qu’il demande pardon, ſe tientaux dernieres paroles de ſon eſcrit : car cöpaſſant les paſſions d’vn qui s’afflige aiſément & ſans cauſe, auec l’agitation de söpropre cœur qui la cöuainc d’auoir vn peu failli, ſe tāce ſoy meſme de n’auoir pas eu aſſez de diſcretion.A dire vray, c’eſt vn accroc bien delié & vne delicate paſſion que l’amour, le cœur qui l’a logés’vlcere facilement, parquoy il eſt beſoin de bien traicter les pauures eſprits qui en ſont touchez, de peur de les violenter & faire choir en des precipices qu’ils ſe cauent indiſcrette mcnteux-meſmes, ſans que ſouuent on y penſe, l’ombre d’vn petit oyſeau paſſant aupres d’eux, leur ſemblera plus grand que la pyramide ob ſcure döt la terre oſte la lumiere à la Lune.Tan disque laDame entretenoit ſes penſees, & qu’el le ſe iugeoitl’auoir incité à ce petit dépit, dont · elle ſe repëtoit auſſibië que luy.Voicy les Prin ces Fortunez & pluſieurs autres, leſquels ſur | uindrent au ſoir auec les luts donner la muſique aux Dam esautour la tente de Lofnis, qui ſe mit à deuiſer auec Serafiſe, & quelques autres, ſon ame pourtant n’eſtoit point bië raſſiſe, car elle a uoitinquieté celle de Fonſteland, toutesfois elle fe remit bien toſt par l’effet de ceſte partie faite en faueur d’elle, à la fin de laquelle elle ouyt vn air qui à ſon auis cóme les cœurs aymās croyent tout ce qui leur plaiſt, eſtoit ſouſpiré pour elle, & aduint que quatre luts s’en accorderent, & vn page auec ſa belle voix pouſſa par l’aër les paro : s de ce ſouſpir,

Ceſſe penſee trop cruelle De troubler mes affections, Car le courage de ma belle Prendgarde à mes deuotions. Opinionpartrop faſcheuſe ui m’incit oit à blaſphemer, Fayplace à la reſpectueuſe lui me la fait touſîours aymer. I’euſſe eſté laſche & miſerable T)’obtemperer à mon malheur, car ma Maiſtreſſe pitoyable Accepte les vœux de mon cœur. Amourpardonne à ma folie, Plus ie ne me reuolteray, Perſeuerant toute ma vie Ma Maiſtreſſe ieſeruiray. Fuyez faſcheuſes fantaiſies Et venez les douceurs d’amours, Afin que nos ames vnies se puiſſent entr’aymer touſîours. Ma belle, croyez que mon ame amais plus ne s’engagera A d’autres deſſeins qu’à la flame # pour vous la conſumera.

Que l’incöſideratiö döne de peineaux ames qui s’y laiſſent † ceſtamant flottoit en ſon dépit, & puis il ſe döna vn grand trauail pour en effacer la faute : Ses paſſionsl’agitét par † ropre erreur.SaDame l’avn petit affligé, &il § vlce rétrop violentemét, & puis il rºbi it.Et en ceſt eſtat, pour oſter toute opinió de ſon meſconté temét : il s’aduiſe d’vn beau deuoir, où poſſible il n’eut pas péſé ſans ceſte pointille, &auquel auſſi s’il euſt failly durät ceſt accidët, Lofnis euſt creu qu’il euſt tenu ſon indignation contre elle. Il en parla à ſes freres, qui tous enſemble aduiſerent au ſuiet propoſé, & ſelô l’antique couſtume ayât ordonné tout ce qui faiſoit beſoin furët preſtsa uec leurs amis preſens à döner l’agreable reſueil aux dames, en plantât au matin vn May pres la porte de la tente deLofnis : ceſt arbre fut conduit _ auec les inſtrumés de Muſique, & les voix ioin tesàl’honneur &à la magnificence, eu égard à la reuerence du iour, & à cauſe de la ſolemnité, & de la Dame pour l’amour de laquelle ceſte cere monie s’acco mpliſſoit. En ſuitte de ceſte façon de faire vn pagevint à la chambre de la Dame, & luy preſenta vn myrthe qui eſtoit lié d’vn petit rouleau autour de ſa tige, en ce rouleau eſtoitv ne eſcriture fort delicate, teleuee d’or : Elle ayāt ſçeu ce qui s’eſtoit paſſé dehors receuant aèrea blement ce bouquet en defit mignonnement le petit parchemin, & le diſpoſant en ſon premier plan, prit plaiſir d’y lire.

Arbres qui redreſſe (vos cimes blanchiſſantes, Qui brillent vers le Ciel de tant de belles fleurs, Tortez encorplus haut vos teſtes fleuronnantes A l’ègal des deſirs des plusfideles cœurs. Je m’aduance entre vous par fidele couſtume, Pour eſlire le brin de mes intentions, 8t comme eſt la beauté qui mon courage allume, I’auray l’œil au plus beau pour mes deuotions. ces Mays que le commun qui vit ſans cognoiſſance Plante pour la beauté de ſon émotion, Sont arbres qui n’ont riè qu’vnefoible apparêce

Comme la volontè qui n’eſt qu’opinion.
Les ſuiets ſont auſſi ſemblables aux ſymboles
Car onrecognoit bien la cauſe par l’effet,
Tous ces autres ſuiets ſont des ſuiets friuoles.
Il n’eſt que mon obiet de merite parfaict…,
La beauté que i’honore eſt toute de merite,
Et parfaits ſont les vœux que mon ame conçoit.
Il me faut döcvn may des plus beaux mays l’élite
Pour offrir dignement ce que mon cœur luy doit.
Dans les foreſts d’honneur conduit par ma lumiere,
Ie choiſiray d’amour le rainceau bien heureux,
Aux branches i’appendray, mô Kele, ma priere,
Mes flames, mon deſir, mon eſpoir & mes vœux,
Puis ie lepoſeray deuant la viue image,
Ou mes deuotions s’addreſſent ſainčtement,
Ma belle le voyantyverra mon courage,
Et ſçaura que mon cœur l’honore vniquement,
Ie ne dreſſera point un arbre periſſable
Deuant les chaſtes yeux de la beauté d’honneur,
Et comme ſon merite eſt parfait & durable,
Ie luy rendray des vœux dignes de ſa grandeur.
Mais que vay-ie cherchant ? il n’y a plus de plante
Qui ſe puiſſe égaler à mon affection,
Ma belle eſt le rainceau qui ſans ceſſe s’augmête,
Pour eſtre vnique may de la perfection.
Donq que lui offrirai-ie en ſigne de mon Kele ?
Vn cœur humble & deuot plein de fideliteX,
Belle acceptez ce vœu qu’apend voſtre fidele —,
Auec obeiſſance aux pieds de vos beaute{.
Mes deſirs ne ſont point fleurs de vaine a parëce,
Car en fruits de deuoir à la fin ils #
Et vous verrez auſſi par ma perſeuerance,
ſQue lesfideliteX de mon cœur dureront,

Pour paracheuer la partie il falloit du téps. Par quoy les PrincesFortunez auiſerent l’Empereur des couſtumes de ceiour, & qu’ayant veu venir en lumiere le gage de ſa chaſte affection, ils le prioyét que ceiour fuſt feſté, ce qu’il eut agrea ble, ioint qu’il vouloit en toutgratifier les Fortu nez, &puis il ſe doutoit que Fonſteläd eſtoit ſer’uiteur de ſa fille, ce qui luy plaiſoit, partantilac corda ce qu’ils voulurét. Ce meſme iour arriue rent forces Princes, Seigneurs & Gentilshömes de la part duRoy deNabadonce qui vindrentſa luer l’Empereur, lequel les receut magnifique mét, nó cóme voyageur, ains en grand Monar que : àl’iſſuë du diſner la muſique s’aſſembla, & fit entendre cethymne ſouſpiré par le deuot d’Amour, à ſa belle.

Uoicy le iour heureux du ſainct Anniuerſaire De la Natiuité de laRoyne des cœurs, Les amans qui voudront à leurs’Dames côplaire, Doiuent prouuer icy leffet de leurs ardeurs. Que tout amant de Foyface icyſon offrande, Qu’il immoleſon cœur deuant ceſte beauté, flfera ſon deuoir comme amour le commande, Car c’eſt icy l’autel deſa diuinité. ais que me reuiendra de l’humble ſacrifice Que i’y viendray deuot faire en fidelité, Si elle ne reçoit mon fideleſeruice, , Mes vœux ſeront ainſi que n’ayans point eſté. C’eſt tout vn, l conuient pourgaigner la Fortune, Faire icy de nos cœurs vn deuoirprecieux : Les Dames le ſçauront, &poſſible chacune Aura quelque pitié de ſon deuotieux. Belle, ſi c’eſtoit vous qui vouluſſie Kentendre Aux fideles deuoirs de mon humilité, — Que ieſerois heureux ! heureux i’ypeux pretédre Car en me receuant vous m’auez arreſté. Ie m’abuſe, peut-eſtre, vne Dame ſiſage, Mefera pas eſtat de mon affection, Poſſible ſifera, pource qu’en leur courage, Les Dames ont touſîours de la compaſſion. Ma Belle, ie croy donc, qu’il vous eſt agreable Que pour voſtre ſujet ie m’oblige à l’amour, Et que de vos faueurs me cognoiſſant capable, Si ors vous ne m’aimez, vous m’aimerez vn iours Queſipour mon ſujet voſtre ame n’eſt atteinte, Vous ne lairrez pourtant de receuoir ces vœux, Car en les receuant votu n’en ſerez contrainte, , Ooyant & non ſentant la vigueurdemesfeux. Telle eſt la liberté des ames genereuſes, Telles ſont les amours des amans plus parfaicts, Les eſprits releuez, les Dames curieuſes, Suiuent ainſi l’amour cognu par les effects. Or c’eſt faict, me voila, ieſuis à vous ma Belle, Triomphez demon cœur, qui ſeule vous co noiſt, Il n’a point d’autre amour, il n’a point #autrë Kele Qu’eſtre eternellement tel qu’il vous apparoiſt. Ce fut à pareiliour que voufuſtes propice Ames fidelite ( qu’il vous pleuſt receuoir, Et que ie vous iuray de vous faire ſeruice, Par les plus beaux effects que produit le denoir. Tout ainſi quel’honneur voſtre courage addreſſe, Il conduira l’eſtat de mon intention, En vous recognoiſſant pourvnique maiſtreſſe : Car c’eſt le terme heureux de mon ambition. En ce deſirconſtant, ie vous rends cet hommage, Comme tenant de vous la vie & le bon-heur, Prenex en le profit, fuyez-enle dommage. Vous qui ſçauez iuger demerite & d’honneur.

Les exercices eſtoient conduits en perfection, & : | le contentement cheminoit à pas dansles com · · moditez, parmi ceſte chaſte troupe où chacun | | de nous ſ’addonnoit & employoit à ce que ſon | | cœur deſcouuroit pour döner de la reſiouiſſance | à l’Empereur, & fauoriſer Lofnis, laquelle ayât pris l’occaſion auec Fonſteland, luy dit : Vous 2lll6Z vengé voſtre cœur âmes deſpens, me dönät des alarmes faſcheuſes ; ie vous prie que cela ne ſoit plus, ſi mavie vous eſt chere, &ne prenez pas toutce qui ſe paſſe au pied leué, vous deſirez la fidelité, procurez la moy, afin que nous puiſſions l’vn par l’autre receuoir du plaiſir ſans nous don ner indiſcrettement des tourments : puis que vous eſtes aſſeuree de ma volonté, faictes que ie ne puiſſe douter de la voſtre : Et que cy apres les demonſtrations de voſtre amitié ne me ſoient point eſpineuſes, d’autant que i’ay l’ame tant vnie à ſa proprieté d’eſſence qui eſt toute vnité, que ie ne puis rien ſouffrir d’eſtrange. Or auiſez en m’aimant, que ie ne reçoiue de vous autres fruicts que de parfaicte affection, ſi vous ne vou lez trouuer en moy, non vne perſonneviue qui vous aime, ains vn corps delaiſſé de ſon ame, qui vous ſera vn ſujet eternel de regret.FoNsTE LAN. le vous requiers pardon, & me le deuez accor der afin que ie vous obeiſſe ; & ie vous iure reſo lument que iamais plus ces folles circonſtances ne troubleront mon cœur, & m’en garderay di "gemment, afin que ma vie vous ſoit à plaiſir. Ce deuis agreable eſtoit continué, quand pour le fruict les Fortunez furent mandez pour aller au Conſeil, à cauſe qu’à cet inſtant eſtoit arriué vn Roy d’armes, accompagné de ſept heraux, qui de la part du Roy de Nabadonce, ſignifioit à l’Empereur, que pour l’amour de luy le grand anniuerſaire d’Amour auoit eſté remis à com mencer à ſon arriuee en Amerimnie, & qu’il ne ſeroit ouuert que quand ille diroit : dauantage le Roy luy mandoit qu’il auiſaſt à ſe deffendre, · pource qu’il le vouloit vaincre de courtoyſies. Apres les auis pris, l’Empereur fit reſponſe qu’il remercioit le Roy ſon frere, & qu’il ſe tenoitia pour vaincu : mais que quelque iour il taſche roit de faire paroiſtre ce qu’il auoit au cœur pour triom her auec luy ſur le char des magni ficences, où ils diſputeroient d’vne derniere victoire pour le meſme ſuject. Ce Roy d’Ar mes ſ’en retourna ioyeux d’honneur & de dons : Et l’Empereur deſlogeant aſſez matin ſuyuit ſon chemin, aſſiſté d’autant d’eſperance qu’il en pouuoit practiquer : il eſt vray qu’il auoit auſſi touſiours de la douleur, & il les balançoit inceſ ſamment, mettant pourtant touſiours le plus fort du coſté de l’eſpoir.