Le Voyage des princes fortunez de Beroalde/Entreprise III/Dessein XV

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DESSEIN QVINZIESME.


Hymne ſur la couleur de Mataliree. Diſcours du curieux Glaucigelle auec la Souueraine. Interpretatiō de Optimum philoſophari, melius viuere. A qui conuiennent ces gentilleſſes. Amours eſtranges. De part de l’amant incognu.



CE qui s’eſtoit paſſé auoit mis en la fantaiſie de l’Empereur pluſieurs penſees : par quoy il ſe leua pour s’aller proumener & changer de plaiſir. Et comme il eſtoit en ce geſte, & que ia ceux qui deuoient le ſuyure ſe preparoient, le chœur de la Pſallette diſpoſé à bien faire, entama vne muſique entiere, celà le retint, car c’eſtoit vn de ſes plus accomplis paſſetemps : oyant le commencement du concert, il demanda au Maiſtre les vers du ſuiet, il luy. dit que c’eſtoit vne aſſemblee de couplets en hymne de la couleur aymee par Mataliree, de laquelle couleur au Palais eſtoient en pluſieurs lieux les liaiſons des pierres, l’entretien des carreaux, les aſſemblages du meſnage, les fi lets des chaſſis des tableaux, & eſtoit ceſte cou leur compoſee de iaune paillé & d’orengé. Sa Maieſté prit plaiſiràl’ouyr chanter & dire, au † qu’on reprenoit les verſets addreſſez à la elle ſur la ſignification de ſa couleur.

Soyez grande de cœur comme vous eſtes belle, Ne priſant quel’eſtat de vos opinions, · · Puis que vou choiſiſſe(ceſte couleur fidele, Pourſymbole accomply de vos affections. De la couleur de paille & de celle d’orenge, ceſte viue couleur reçoit ſa mixtion, Et ſous le doux effet de ceſt heureux meſlange se trouuel’accomply d’vne iuſte vnion.. Beaux esprits qui cherchez la belle conuenance, N’èpeſchexie vou pri, ces beaux deſirs naiſsäs, Et ſi de ce proiet ietire la conſtance, concedez pour l’amour ces deſſeins innocens. Quand bien ceſte couleurſeroit toute contraire, Aux vertus que mon cœur luyfait ſignifier, Pour autant que l’amour me contraint d’ain faire, Tourl’amour il voufaut l’amourgratifier. Ia le iaunepailléteſmoigne iouyſsance, C’eſt la perfection qu’on recherche en deſirs, Et l’œildel’orengé deſignepatience, Sa vertu moderant l’aigreur des deſplaiſirs,
Ceſte belle qui ſçait qu’elle a toute puiſſance

Deſſous infinis cœurs adoransſes beaux yeux, Iouyſſant de cet heur dont elle a cognoiſſance, Enpatience attend pour eſlire ſon mieux, yoilà comment elle eſt fidellement conſtante, , Sans ſe laiſſer rauir à d’autres qu’à ſon cœur, Auſſi comme en deſirsſon ame eſt permanente, Elle pretend au chois d’vn pareilſeruiteur, ZBelle qui rauiſſeX toutes les belles ames, Qui excite X en nous vn precieux ſouhait, Si vous vous reſſente (de f10 ; pudiquesflames, Choiſiſſe (d’entre nous le cœur le plus parfait. Puis que vous vous pare (d’vne conſtanceſagé, eAyez vn ſeul obiet pour but de volonteK, Lors que ſur vn ſuiet vous aureK du courage, On verra vos deſſeinsſagement limiteK. Mais i’ay crainte qu’ainſi que ceſte couleur chage, Qu’elle va terniſſant vſee par le iour, Q e la conſtāce en vous prenât vn eſtre eſtrage, N’aille eſuanouyſsantpres les flames d’amour. Pardon, Belle pardon, ie vous croyveritable, Et que rien ne ſcauroit vos deſirs eſbranler, Mais paurſeauoir au vray ce hazard tant no table, 4 | Conſtant ie voudrois ſeulà vosyeux me bruſler. Ce n’eſt gueres d’auoir la conſtante apparence, Ilfaut prendre vnſuietſeruiable & conſtant, Ieſcay bien comme ilfaut viure en obeiſsance, Que ieſois donq l’obiet de voſtre eſprit content. AAais ie me feins ici des volantes chimeres, Ooſtre conſtance eſtant conſtanteenſon humeur, Vous croiez que mes vœux ſont paroles legeres, Nefaiſant pas eſtat de ma fideleardeur. Seuleil vous eſt aduii d’,ſtre conſtante vnique,

Rien conſtant n’eſgalant voſtre braue penſer,
Et de ſi beaux deſseins eſtes tant magnifique,
Que vouloir vous ſeruir ſeroit vous offencer.
Belle vous ſerez donq conſtante recognue,
Pour eſtre le patron des courages conſtans,
Mais ne ſoyez pas tant à voſtre humeur tenue,
Que paſſant vos beauteK vous perdiez voſtre temps.

Cet aer, comme ſon ſuiet, fut fort agreable à l’Empereur qui deſira de ſçauoir qui l’auoit fait, & dés l’heure en fit faire inquiſition, mais il n’y eut pas moyen d’en rien apprendre. La Belle en la faueur de laquelle il a eſté ſouſpiré ſcait qui eſt le cœur qui par ces attraits l’inuite à ſe preſenter à l’iris de cognoiſſance à cauſe d’elle, à ce qu’il ſçache s’il eſt aymé auant que ſe deſcouurir. Gelaſe tout eſmeu ne fit pas ſemblant de l’vlcere qu’il en a au cœur, mais quoy que ce ſoit, il ſe delibere d’attendre la fortune, ſcachant qu’il obtiendra ſi d’auanture le deſtiné Huxuree ne luy rauit ſon bien, car la belle ſera pour l’vn des deux. Or comme on chantoit, il entra en la ſale vn Gentilhomme de façon aſſez belle, & de geſte vn peu trop braue, ayant auec ſa mine courtoiſe vne rencontre deſdaigneuſe, |meſlee toutesfois de reſpect : ſa belle apparence fit que meſlé en l’aſſemblee il parut non comme comparoiſſant ou requerant, ainfi que vaſſal d’Amour, ains en forme de curieux indifferent, & remarquant les deportemens de chacun pour ſon contentement. La pauſe eſtant faite, la Souueraine qui l’auoit fort contemplé, le fit appeller & approcher, puis luy demanda qu’il cherchoit. Le Gentilhomme. Ma dame, iene ſçay ſi ie cherche, d’autant que ie trouueauant que chercher. LA SovvERAINE. Que penſez-vous de ce que vous trouuez icy ? LE GENTILHdMME, Tout ce qui me vient à gré, & que i’ayme eſt fort beau, & tout ce que ie hay eſt treſ-laid. LA SovvERAINE. Qui vous meut ? LE GENTILHoMME. L’eſprit d’amour, qui quelquesfois me fait eſtimer ex cellent ce qui autrement me ſeroit indifferent & poſſible deſ-agreable. LA SovvERAINE. Qui eſt voſtre Maiſtreſſe LE GENT. Celle qui le voudra eſtre : carie n’en ay point, ce ſera tout vn, ſii’en ay vne il ne m’importera, d’autant que ie recoyle contentement ainſi qu’vn gain preſent, & la diſgrace auenant ne plus ne moins qu’vn hazard qui paſſe, LA S ov v E R A I N E. Nous direz-vous voſtre nom, afin que nous vous cognoiſſions ? LE GENTIL. Ceux qui me cognoiſſent me nomment Glaucigelle, pour ce que ie ſuis deſcendu de † Fee, dontie porte le nom taſchant auſſi de l’imiter en pru dence tant qu’il me ſera poſſible. LA SovvER. Qui vous a nommé premierement ? LE GENT. C’eſt ma Deſtinee. LA SovvERAINE. Suy uez-vous la Deſtinee ? GLAvcIGELLE. De bien loin, elle deſpeſche trop de chemin, ie ne la puis ſuyure de pres, car elle m’emporte & s’eſloigne. LA Sovv. Quel ordre y mettez vous,GLAvcIGELLE.La reſolutió laquelle eſt v ne habitude qui diſpoſe l’ame à ſe conformer à tout ce qui ſe rencontre, & à commander’à ſoy meſme, à ce qu’il ne ſemble pas quel’on ſoit cōtraint fortuneZ. · traint, mais què ſimplement on ſuit ſes inclina tions corrigees par lavertu. LA SovvER. Mais encor qu’eſtes-vo°venu faire icy ? GLAvcIGELLE — ^ Vous contraindre ſelon voſtre valeur à m’adreſ ſer à la perfection, LA Sovv. Comment con traindre ? Eſtimez-vous que ie puiſſe eſtre con trainte paraucun ? GLAvcIG. Ouy, car vous a uez du courage, & deſirez qu’il paroiſſe, & il ne peut ſans que vous faciez demonſtration de ce qui eſt de plus beau en voſtre eſprit, qui s’e— ſteindroit pluſtoſt ſoy-meſme, que de ſe diuer tir de mettre en euidence ce qu’il a d’excellent. L’EMPEREvR. Mon Gentilhomme, ie cognoy que vous auez de lavaleur & de l’induſtrie à de ſtourner les braueries des Dames par voſtre ga lanterie, par laquelle meſmes vous leur releuez le cœur : acheuez enſemble, Celà dit, l’Empereur ſortit pour aller vn peu prédrel’aer, il prit le che min du grand Palais, & y fut conduit par la† ſeptentrionale, voulant entreril vid ceſte ſenté celatine eſcrite en lettre d’or, Optimum Philo ſophari, melius viucre. Cecy, dit-il, n’eſt pas mis là ſans cauſe.Mais l’examinant il faut que i’y pé ſe, de direil eſt treſ bon de Filoſopher, & tou tesfois qu’il eſt meilleur de viure. Qu’ya-il en la · vie de böſinö Filoſopherº Le plus ſage des Filo ſophes diſoit, que la Filoſophie eſtoit vne per petuelle meditatiö à la mort : cöme voulant di re que ceux qui Filoſophoiét eſtoient deſia ainſi que ſeparez de leurs corps, & partantiouyſlans du plaiſir que ſauourent abondamment les In telligéces ſuperieures, auecleſquelles on cómu nique librement, eſtit hors de ce corps.Celà

posé, ie penſerois contrarieté, diſant que le viure fuſt le meilleur. Il y a icy quelque choſe de caché Sarmedoxe. Sire, celuy qui a fait poſer ce ſymbole, n’auoit pas alors l’intention de la ſorte que vous la tournez, bien qu’iI fuſt de voſtre opinion, qui eſt la meilleure, & veritable, mais il l’applique au ſiecle declarant, veritablement qu’il n’y a rien de ſi excellent aux mortels, que de Philoſopher, c’eſt à dire, rechercher curieuſement les cauſes & effets de nature, auoir ſon eſprit occupé aux douceurs des belles inuentions, l’addonner à vn ex cellent amour, pour celebrer heureuſement vne chaſte Maiſtreſſe, & s’amuſer ſainement à toutes nos belles delectations : Ouy il l’aſſeure, comme il eſt vray, que ceſte condition eſt treſbonne : Mais il adiouſte, que viure vaut mieux. C’eſt icy le point exquis, & le vray nœud, car par là il demonſtre le deuoir à chacun ſelon ſa qualité & vacation. Viure en ce monde eſt faire ſon deuoir : A ceux qui ont commandement ſur les hommes eſt de les regir, dreſſer & maintenir, & puis à cecy adiouſter les belles delectations : Aux autres viure eſt proprement auoir le moyen de paſſer ceſte vie auec honneſtes commoditez, leſquelles ayant on peut s’entremettre de ces gentilleſſes : Et ſi on ne les a point, il conuient apprendre les arts par le moyen deſquels on peut viure du ſien en toute douceur de vraye liberté, que ie definiray ſelon qu’il me ſouuient d’vn fragment de mes antiques meditations,

La liberté eſt à ſon deſir viure,
Et non contraint de ſoy les loix enſuiure
Suyuant touſiours de cœur la pieté.

En ceſte façon on peut ſe donner le beaucon tentement, car de penſer ſ’adonner à ces bel les gentilleſſes, que nous allons retraceans en ces lieux, & eſtre pauure, c’eſt multiplier ſa mi ſere, & s’engager mal à propos, en vn beaula byrinthe oùl’on ſe perdgayement. Il n’eſt donc pas ſeant ny bon, à ceux qui n’ont point du tout fait de fortune, ou n’en ont point d’acqui ſe ou delaiſſee, de venir en ces lieux pour s’yar reſter du tout. Et auſſi ceux qui le peuuent, ne doiué ; s’y addreſſer que pour y trouuer le moyé de ſe rendre plusaccomplis, car la decence veut bien qu’àl’vtile on meſle le † CO11 clure auec luy, poſſible que le plaiſir qui ſera trouué icy, eſt tel que le profit en eſt admirable à ceux qui rencontrent bien. L’Empereur ſatiſ fait de ceſte interpretation paſſa outre, & vid deux belles figures fort antiques, leſquelles on auoit apportees des Indes, du lieu meſmes où les anciens Gymnoſofiſtes habitoyent, l’vne · des figures eſtoit la repreſentation de Stridio lante & l’autre de Berioſtant, qui fut le fidele | amant de ceſte Dame abondante engrands mo yens, laquelle aymable entre les belles, luy por toit de l’affection, & toutesfois elle n’aymoit rien : ce qui eſtoit cauſe qu’il la recherchoit ſans eſpoir que de rencontre : La façon de ceſte Da me eſtoit fort agreable, auſſi eſtoit elle gracieu ſe pourueu qu’elle ne fut point contrainte, luy il eſtoit braue en affection, n’ayant autre mai ſtreſſe, qu’elle qu’il aymoit, ſans que ſa paſ ſion l’affligeat. Bien que toutes les Dames ſe parant, euſſent certain ſymbole de couleur affe ctionnee & choiſie auec deuiſe, ſi n’en auoitel le aucune, n’ayant point de particularité e11 ſa vie, qui peut teſmoigner qu’vn ſuiet luy fut plus gracieux qu’vn autre : ces deux fentray moyent ſans § ſans ialouſie, ils ne ſe vouloyent pas beaucoup de bien l’vn à l’au tre ; & toutesfois leurs cœurs eſtoyent ſi mu tuellement conioints d’amitié ſans amour, & de paſſion ſans eſmotion, qu’ils ne pouuoyent durer l’vn ſans l’autre, abſents ils eſtoyent enin quietude perpetuelle, preſens ilsn’auoyent# d’auantage de repos, & en l’vne ou l’autre ſor te n’eſtoyent ny bien ny mal, ils eſtoyent in ceſſamment triſtes & faſchez, en s’eſloignans, & ſ’approchans, ils ſe trouuoyent trop agittez, touſiours contans & ſans ceſſe en peine.Au recit de telles amours que lui racontoit la Fee ſçauante, l’Empereur eſtoit eſtonné, debatant en ſoy-meſme comme cela ſe pouuoit faire, † repenſant à ſa paſſion qui ſans intermiſſion ui † la guerre, il imaginoit que comme il reſentoit les diuerſitez de ſon cœur, les autres erceuoyent les emotions de leurs ames, ſelon † diſpoſition. En repaſſant vers la princi pale porte, alant & venant, il ſe trouua à l’en droit où eſtoit le tiltre I E R o T E R M 1 A, il ſ’y arreſta, & comme tout Amant penſe que tout ce qu’il rencontre ſoit à ſon occaſion, il ſ’in gina vnbon & bref ſuccés de ſesaffaires, & en

ceſte penſee retourna en la ſale de l’audience, ou il eut encor le plaiſir de quelques beaux di — ſcours. Vn peu deuant qu’il entrat, il veint vn | page de bonne graceparé degris, qui preſenta à la Souueraine vn † Elle penſoit que ce fut vne requeſte, & elle la reteint en ſa main, eſtant attentiue à la fin d’vne belle cauſe, & ce pendant le page ſ’eſcoula & ſ’en alla. L’Arreſt. ayant eſté prononcé, la Souueraine ouurit ce papier & voyant que c’eſtoit vne aſſemblee s de couplets, demanda celuy qui luy auoitbail lé ce papier, on mit peine de le trouuer, mais il n’y eut point de moyen, & pource que le ſu jet luy en ſembla bon, elle le bailla au maiſtre, des Chantres qui mit en muſique le premier º. verſet, à l’ordre duquel les autres ſeroyent chan tez : ce qu’il fit de bonne grace & prompte ment tandis qu’elle expedia quelque † cauſe. Si toſt qu’elle eut recognu que le Mai ſtre eut fait, elle fit ceſſer les plaidans, d’autant qu’elle vouloit donner à l’Empereur le plaiſir † auoit en plus de recommandation, & luy aire ouïr cétaer, expoſé par vn Amant qui n’a · point voulu eſtre cognu, & qui n’a pas declaré ſa Maiſtreſſe, comme quelques vns, leſquels ont fait nommer des Dames ou ont eſcrit leurs noms, les taxans ou d’ingratitude ou de manque. d’amour, & ne ſe declaroyent point. Cét A mant toutesfois & ſa Dame, ſont amplement decellés en la ſuite de ces memoires, qui ne ſou ſpirent queſon amour & la gloire de labelle, qui cauſe ſes paſſions & ces §. Mais oyons auecl’Empereur cét aer.

Mon cœur ne ſera plus eſlongné de regret, — Ma vie de douleur, mon ame de detreſſe, : Mais en me deſolant en mon depit ſecret, Mon ennuy ne ſera cognu qu’à ma maiſtreſſe. #Belle vous ſcauiez bien qu’à vous ſeule obligé, Ie ne reſpirois rien que voſtre ſeul ſeruice, Et que mon humble cœurpar l’amour affligé Se bruſloit à vos yeux en humble ſacrifice. c’eſt fait ie ne puis plus, & ne veux eſperer, Car vous auez conceu ſur moy quelque di ſgrace, — Quand encor ie voudrois touſiours perſeuerer, Tout ce que i’ay d’eſpoirpar vos deſdains s’ef face. Puis que vou vous plaiſeX : à deſtourner le bien, Que ieme propoſois en vous faiſant ſeruice, Ie demeure confus, ie n’eſpere plus rien, Car vous Youlez qu’ainſi mon bien s’anean tiſſe. — — ſ2uelque inhumain diſcours vous a mis dans le C0º}4 ? ° Le dédain trop cruel dont vous perdez ma vie, Iel’ay bien recognu par la changeante humeur • Qui depuis quelque temps a veſtre ame enua — hie. He bien dedaignez moyſansl’auoirmerité, Si aare K vou regret quelquefois demapeine, Et puis en vous blaſmant de ceſte legerté,’Oous me direz fidele & nous trop inhumaine. je meſuis conſacré à vos perfections, ſOous croyant la parfaite entre toutes les Da mes, 44ai vous voyant changeante en vos affections,

I’eſtouffe ded, m, moy, pour iamais toutesflames Ieme fay plus d’eſtat des pames ny d’amour, Tuis que ieſuis fraudépar vne ameſ belle, Prenant le deſeſpoir adieu ie dis au iour, Pour entrer és ennuis d’vne nuict eternelle. Ie ne lairraypourtant Belle à vous faire voir, Les deſſeins unſacrez à voſtre grand merite, e_ZMais ſi toſt que i’auray accompli ce deuoir,. j’iray ſuyure l’erreur de moname depite..’Belle ſouuenez vous qu’il ne faut pas oſter Le bon heur concedé à vn cœur magnanime, vne ame de valleur qui ſe voidmal traitter, º A contraires deſſeins à la parfin s’anime, je ſcsy que vous direz que vounyperdrez rien, — Et que j’en auray ſeul, & la perte, & la honte, Mais vous diſant adieu, ma Belle ie ſcay bien, Qu’en fin vous en Yiendrez à l’Amour rendre conte. — — — Seule vous cognoiſtrez mon dernier deſplaiſir, eAinſi que ſeule auſſi vous ſcauez ma penſée, famais autre que voiu n’entendra mon deſir, Ni les derniers regrets de moname offencee. Lors que ie vous ay veue à ces dernieres fois, · j’ay recognu l’effait de voſtre humeur mua 6,… — A voir voſtre façon ie vous importunois, On cognoiſt aiſément ce qui eſt agreable. Et bien iamais auſſi ie n’y retourneray, — | Mapreſence iamais ne vous ſera faſcheuſe, Ieſuis tout de reſpect, ie me diſpoſeray JA ce qu’apropºſé voſtre humeur dedaigneuſe. Puis que vous aue Kfaitſ peu d’eſtat demoy, gue vous m’auez fruſtré d’vne douce promeſſe,

Eſtoufant en mon cœur, mes amours, & ma foy,
Pour ne plus y penſer : adieu Belle maiſtreſſe.

Durant que ceſte Muſique ſe dilatoit des leures ſur les oreilles ententiues, il entra vn enfant d’honneur qui veint auertir les Princes, que Platineſte gouuernante des enfans de Quimalee les demandoit. Ils ſortirent incontinent, laiſſans le bon homme Sarmedoxe pres de l’Empereur, & vindrent receuoir auec tout honneur ceſte Dame, qui en receut vn ſingulier contentement, ils la firent bien & commodément loger aupres d’Olocliree. Les Princes ſceurent par Platineſte, que les vaiſſeaux de Sobare & de Quimalee eſtoyent arriuez, & qu’en ioye & ſanté la Royne de Sobare & la Princeſſe de Quimalee, ſe repoſoyent à Tanette auec leur compaignie, attendans de leurs nouuelles, qu’ils y porterent eux-meſmes : Car auſſitoſt ils monterent à cheual, & veindrent au deuant des Dames en magnifique apparat pour les receuoir, & conduire aux palais qui leur eſtoyent preparez : cependant Sarmedoxe & le reſte de la court deſtinee pres de l’Empereur, l’entreteindrent le reſte de ce iour, puis le conduirent au Palais où ſon ſouper & coucher eſtoyent appreſtez.