Le Voyage des princes fortunez de Beroalde/Entreprise IV/Dessein VIII

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DESSEIN VIII.


L’Empereur de retour en la sale conſent & iure les alliances, moyennāt qu’il ayt Etherine. Le Cenotafe du Prince François eſt ordonné. L’Empereur embraſſe Etherine.



LA Sale eſtant ouuerte, le bon Meliquaſte ramena l’Empereur, lequel on fiſt aſſeoir où parauant il eſtoit : Et la Souueraine luy diſt, Sire auant que nous paſſions outre il eſt conuenable que vous nous declariez ce que vous eſtes venu chercher icy, & pourquoy vous y eſtes acheminé. L’Empereur. Madame ie recognois icy voſtre Souueraineté, & vous declare naiuement que ie ſuis venu en ce lieu Pelerin d’Amour, rendre mes vœux à l’honneur, pour y trouuer l’alegement qui m’a eſté promis, & aſſeuré par les Princes, deſquels iamais le Cōſeil ne m’a deceu, auſſi ie ſuis tout certain de trouuer mon bien en ce pais : Et pource ie vous prie en ſuiuant l’arreſt prononcé fidellement pour moy, que ſelon les loix & ſtatuts de ceans puis que ie m’y ſuis ſoubmis, i’obtiene ce qui m’eſt octroyé. Que l’affliction mortelle qui m’a preſſé depuis ma perte, ſoit iointe à ma repentance, en ſatisfaction & reparation de ma faute & offence, que mes ſouffrances tant difficiles me ſoyent vne iuſte penitence, affin que ie trouue fin à mes calamitez. La Sovveraine. La circonſtance du temps, l’eſtat des affaires, la raiſon de ceſte aſſemblee, la diſpoſition des eſprits, & la cauſe de tout ce qui eſt du ſuiect pour lequel ces eſtabliſſemens ont lieu, accompagnent mon auctorité d’vne grandeur extraordinaire, auec la puiſſance dont il me conuient preualoir auiourd’huy ſur voſtre eſprit : Et ainſi ie m’adreſſe à vous genereux Monarque, & ordōne derechef, que ce qui a eu vn commencement heureux, paruienne à vne fin accomplie en felicité : Or auant que vous ayez le bon heur qui vous attend, il faut que vous ayez agreables les alliances que le conſeil a reſolues, ou que vous y reſiſtiez. Le Roy & les Princes qui ſont icy ſuyuant la reſolution & conſentement des Dames y obtemperent. Ces alliances ſont que le Prince de Boron eſpouſe la fille du Roy, qui eſt la ſage Olocliree, vous auez donné voſtre fille au Roy & il la donne ſous voſtre bon plaiſir à ſon fils Fonſteland, ainſi donq ce Prin ce aura la belle Lofnis. Et pour la concluſion des autres alliances, Caualiree & l’excellente Caliambe ſeront vnis, ainſi que le ſeront auſſi Viuarambe & la magnifique Royne de Sobare, outre plus a communs frais ſera baſti le Cenotafe du Prince François qui a eſté ſurpris de ſon dernier iour venant icy pour auoir la part des ſaincts myſteres d’Amour. L’Empereur donnāt pur & entier conſentement iura les alliances moyennant la ſienne particuliere auec Etherine qui luy eſt accordee, ce qui fut authētiquement arreſté entre les mains de la Souueraine qui commanda qu’on ouuriſt la feneſtre de Cedre à ce que l’Iris paruſt, & que l’on abbatiſt la tapiiſſerie qui cachoit le throſne où eſtoit Etherine en ſa magnificence comme fille de Roy & future Imperatrice. Tout beau, arreſtons icy vn peu, quoy de preſumer retracer en paroles ou figures le contentement de ces deux parfaictes ames ! De les penſer ouir reciter ou les voir ! Il ny a perſonne qui les puiſſe exprimer, ny eſprit qui les peuſt ſupporter quand meſmes on les pouroit offrir aux yeux & preſenter aux oreilles. Tout donques diſpoſé comme la Souueraine l’auoit ordonné, l’Empereur vit Etherine aſſiſe dans le throſne ainſi que la figure du labyrinthe luy auoit monſtré, qui eſtoit pourtant la meſme verité qu’il ne pouuoit encor bien & aſſeurement iuger. Il ſ’auance à elle & dilaté de cœur comme de bras vint pour luy demander pardon, & elle ſortie du ſiege toute tremblottante ſ’humilie deuant luy, le requerant & demandant excuſe. Ils ne peuuent acheuer ce qu’ils veulent dire, ils ne ſcauent plus ce qu’ils ont premedité l’eſclat de leur bien apparent a eſblouy leurs eſprits, ils ſe rencontrent en meſmes volontez, & ayans eu ſemblables deſirs ſ’entredonnent le baiſer delicieux & licite à tel couple heureux, en conſolation des afflictions paſſees.


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QVATRAIN.


La vie de mon Roy conduiſoit cet ouurage ;
Lors que ſa mort auint, elle en rompit le cours :
Ce trop ſoudain malheur m’emporta le courage,
Et finit mes Deſſeins à la fin de ſes iours.