Le Zend-Avesta (trad. Darmesteter)/Volume I/Introduction/Chapitre V-4

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche


 
Traduction de James Darmesteter

Édition : Musée Guimet. Publication : Ernest Leroux, Paris, 1892.
Annales du Musée Guimet, Tome 21.


INTRODUCTION
CHAPITRE V
ANALYSE DU YASNA
iv.
Décomposition des textes du Yasna. — Les Staota yèsnya et le Stûd Yasht.


Si l’on considère la suite et le caractère des textes dont se compose cette seconde partie du Yasna, on voit toute une série de ces textes se détacher d’eux-mêmes et sans effort de l’ensemble. Ce sont :
1° Les trois Hâs de commentaire sur les trois grandes prières, formant le Baghân Yasht. Ces trois Has sont un débris d’un des vingt et un Nasks dont se composait l’Avesta primitif, le Bak Nask. Le Dìnkart nous a conservé l’analyse de ce Nask[1], et les trois premiers chapitres de cette analyse, consacrés aux trois prières, suivent si exactement notre texte, qu’il n’est guère possible de douter que l’original zend des trois premiers chapitres du Bak Nask était identique au texte de nos trois Hâs.
2° Les Gàthas ; le texte le plus sacré de tout l’Avesta. On les a pour cette raison incorporées dans le sacrifice dont elles forment l’âme. Elles feront l’objet d’un examen spécial (chapitre vii).
3° Le Srôsh Yasht (Hâ LVII), hymne de glorification en l’honneur de Sraosha, analogue de caractère au Hôm Yasht (IX-XI), et attiré ici par les formules du Hà LVI.
Tous ces textes se présentent comme ayant une existence indépendante et ne semblent pas avoir été écrits pour un objet liturgique. On y peut joindre peut-être l’Âfringân Dahmân.

Dans les parties essentiellement liturgiques on distingue :

1° La préparation du Parâhôm, correspondant aux cérémonies du Paragra, et qui comprend les Hàs XXII-XXVII.
2° L’offrande de bois et d’encens au feu, ou Âtash Nyâyish [2] (Hà LXII).
3° L’offrande aux eaux ou Âb-zôhr (Has LXIII-LXIX ; ou LXIII-LXXII).
Comment se sont agglomérés les textes qui composent à présent le Yasna, nous n’avons pas de données historiques pour le découvrir. Nous voyons seulement que c’est autour des Gàthas que se sont groupés les autres textes ; et nous ne pouvons pas séparer des Gàthas les Staota yêsnya dont elles forment la partie essentielle. Si quelquefois cette expression, qui littéralement signifie « paroles de louange et paroles liturgiques » ou « paroles de culte », désigne les Gàthas seules [3], on voit indirectement, par les formules même du Yasna, et directement, par le témoignage formel du Cimî Gâsân, § 1, que les Staota yêsnya forment un groupe qui comprend d’autres textes encore que les Gàthâs. Un des vingt et un Nasks, dont malheureusement le Dìnkart ne donne pas l’analyse détaillée, porte ce titre, le Stôt Yasht : mais le peu qu’en dit le Dìnkart (VIII, 46) prouve que ce Nask contenait les Gàthas, ce que confirme le fait qu’il est le premier des Nasksk[4]. D’après les Rivâyats, il contient 33 chapitres. Or, du Hâ XIV au Hâ LIX, il y a 45 Hâs : supprimez le Hâ XVIII qui est une répétition du Hâ XLVII ; supprimez les Hâs XIX-XXI, qui appartiennent au Bak Nask : restent 41 ; comptez pour un seul Hâ les 7 Hâs du Yasna Haptaṅhâiti qui, dans les trois analyses du Dìnkart, est toujours compté pour un seul chapitre ; supprimez le Hâ LII qui est une simple note à la Gàtha Vohukhshathra ; supprimez le Srôsh Yasht, qui est indépendant : restent 33[5].
Le conglomérat qui constitue le Yasna fut sans doute formé ou était déjà formé au moment où le Zoroastrisme devint, avec l’avènement des Sassanides, la religion de l’État. C’est ce qui semble ressortir d’une ligne de Maçoudi, le seul document historique que nous ayons sur les destinées du Yasna : « Lorsque Ardéchir, fils de Babek, monta sur le trône, l’usage s’introduisit de lire un des chapitres (de l’Avesta), qu’ils nomment isnâd ; encore aujourd’hui, les Guèbres se bornent à réciter ce chapitre » (II, 125). Il est bien difficile de voir dans isnâd إِسْنَاد autre chose qu’une corruption orthographique de isn yasna ; et comme au temps de Maçoudi le Yasna était certainement ce qu’il est aujourd’hui, il est probable que le Yasna d’Ardéchir était déjà le Yasna classique.



  1. West, Pahlavi Texts, IX, 303-311.
  2. 1. Les deux mots se trouvent déjà rapprochés dans les Gàthas (XXX, 4), mais sans avoir encore une valeur technique.
  3. Yasna, LV, 3, note 7.
  4. Dìnkart, VIII, 1, 9.
  5. Cf. West, Pahlavi Texts, IV, 469, note 4. Notre comput ne diffère de celui de M. West qu’en un point : M. West ne supprime pas le Hà XVIII et il supprime les deux Srôsh Yashts (Hâs LVI et LVII). Il me semble peu vraisemblable que le Hà XVIII, étant une simple répétition du Hà XLVII, appartînt au Stôt Yasht original ; d’autre part le Petit Srôsh Yasht (le Hà LVI) ne porte ce titre que par abus ; il a un caractère absolument différent du Srôsh Yasht : c’est une formule sacrificiale, appelant l’attention des dieux et qui ne se rapporte que très indirectement à Sraosha.