Le Zend-Avesta (trad. Darmesteter)/Volume I/Introduction/Chapitre V-3

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Traduction de James Darmesteter

Édition : Musée Guimet. Publication : Ernest Leroux, Paris, 1892.
Annales du Musée Guimet, Tome 21.


INTRODUCTION
CHAPITRE V
ANALYSE DU YASNA
iii.
Le second sacrifice de Haoma. — Le zôhr melavvî. — Objet final du sacrifice.


Après la consommation du Hôm qui termine l’ordre des cérémonies commencées au Paragra, commence le véritable sacrifice du Yasna, dans lequel il y a des éléments très divers à distinguer. Nous allons d’abord donner l’analyse pure et simple du texte :
Hâs XII-XIll. Profession de foi mazdéenne, sous trois formes : Fravarânê, Frastuyê, Astuyê.


Hâ XIV. Ici commence une série qui s’étend jusqu’au Hâ LIX inclusivement, la série des Staota yêsnya[1], qui constitue la partie essentielle du Yasna, mais qui se décompose à son tour en éléments divers et qui est interrompue par l’insertion d’éléments d’origine différente et indépendante.
Hâ XIV. Début des Staota yèsnya.
Hâ XV. Mise en état du Barsom.
Hâ XVI. Invocation sacrificiale aux principales divinités (entre autres, aux divinités des trente jours du mois).
Hâ XVII. Invocation sacrificiale aux diverses divinités et aux diverses espèces de feu.
Hâ XVIII. Répétition de la Gàtha Speṅtà-Mainyù (Gàtha XLVII).
Hâs XIX-XX-XXI. Élévation ou commentaire sur les trois grandes prières l’Ahuna vairya, l’Ashem vohû, le Yêńhê hâtãm, formant le Baghân Yasht.
Hâ XXII. Commencement du Hômâst, ou sacrifice de Hôm.
Hâs XXII-XXIII. Appel des Yazatas (Hâ XXII) et des Fravashis (Hâ XXIII) au sacrifice.
Hà XXIV. Consécration de l’offrande aux divinités.
Hàs XXV-XXVI. Annonce de l’offrande sacrificiale aux divinités et aux Fravashis,
Hà XXVII. Préparation du Parâhôm.
Hàs XXVIIl-LIV. Les Gàthas.
Hâs XXVIII-XXXIV. Gàtha Ahunavaiti.
Hâs XXXV-XLI. Yasna Haptańhâiti.
Hà XLII. Appendice au Yasna Haptańhâiti.
Hâs XLIII-XLVI. Gàtha Ushtavaiti.
Hàs XLVII-L. Gàtha Speñtâ Mainyû.
Hà LI. Gàtha Vohukhshathra.
Hà LII. Note à la Gàtha Vohukhshathra.
Hà LIII. Gàtha Vahishtôishti.
Hà LIV. Airyaman ishyô.
Hà LV. Éloge des Gàthas et des Staota yêsnya.
Hàs LVl-XVII. Appel à l’attention des dieux. — Hymne en l’honneur de Sraosha (Srôsh Yasht).
Hà LVIII. Éloge de la prière : Fshûsha mãthra.
Hà LIX. Invocation sacrificiale en l’honneur des Yazatas, des Feux, des Fravashis.


Hà LX. Bénédiction de la maison : Afringân Dahmân.
Hà LXI, Expulsion des démons par les Trois Prières.
Hà LXII. Bénédiction du feu (Âtash Nyàyish).


Hàs LXIII-LXIX. Âb zôhr : offrande aux Eaux.
Hàs LXIII-LXIV. Début de l’âb zôhr.
Hà LXV. Glorification de la déesse des Eaux, Ardvi Sùra Anâhita.
Hàs LXVI-LXVII. Consécration du zôhr aux Yazalas, aux Fravashis et aux diverses espèces d’eau.
Hàs LXVIII-LXIX. Consommation de l’âb zôhr : offrande réelle des libations aux Eaux en général, invoquées sous le nom d’Ahurâni.


Hàs LXX-LXXII. Fin de tout le sacrifice.
Hà LXX. Invocations générales aux Amesha-Speñtas ; vœux de sainteté.
Hà LXXI. Récapitulation générale des invocations, à fin de n’oublier aucune divinité importante.
Hà LXXII. Dissolution du faisceau de Baresman, annonçant la fin de la cérémonie, opérée en récitant les exorcismes du Hâ LXI.


Le dernier acte du sacrifice consiste à jeter dans le puits du temple l’eau zôhr (le zôhr melavvi : pp. lxiv et 441). Cette eau zôhr est en réalité identique au Parâhôm préparé au cours du Hômâst. Le Parâhôm, en effet, n’est autre qu’un mélange de Hôm, d’Urvarãm, de Jîvâm et d’eau Zôhr proprement dite (cf. p. lxv) ; et l’eau zôhr qui est jetée dans le puits contient également du Hôm, de l’Urvarãm et du Jîvâm. Le liquide versé sur le Barsom, dans le vase à eau et dans le puits (pp. 416-426), ce n’est pas la Zaothra pure et simple, c’est « la Zaothra, unie au Haoma, au [lait] de la vache, au Hadhânaêpata » (LXVIII, 1), c’est-à-dire du Parâhôm. Le Nîrangistân, (§ 69, n. 6). atteste en toutes lettres cette identité : zagi Parâhôm zôhrak-ci jûdtar lûit « le Parâhôm qui ne diffère pas du zôhrak ».
Autrement dit, dans les deux parties du Yasna l’offrande est la même : la différence des deux sacrifices consiste uniquement dans l’intention du sacrifice, dans la personne du bénéficiaire. Dans le premier sacrifice, c’est l’homme qui consomme l’offrande pour son propre bénéfice, pour absorber en lui les vertus de vie et de force de la plante sainte et de l’eau sainte : dans le second sacrifice, c’est la nature extérieure, représentée par le Barsom, symbole de la nature végétale, par l’eau de la cuve et l’eau de puits, symbole des Eaux universelles, qui reçoit l’offrande et qui reçoit par elle force et pureté. L’homme fait alors sur terre et dans son petit domaine ce que fait en grand le prêtre mythique Gôpatshàh : « Gôpatshàh se tient en Irànvêj, dans le Keshvar de Khvanìras ; des pieds à la ceinture il est bœuf, à partir de la ceinture il est homme. Il se tient toujours au bord de la mer, offre le sacrifice à Dieu et verse du zôr dans la mer. Sous l’action du zôr qu’il verse, d’innombrables reptiles périssent dans les eaux : s’il ne se livrait sans cesse à ce sacrifice et ne versait toujours le zôr dans la mer, et ne détruisait ainsi d’innombrables reptiles, toutes les fois qu’il pleut, il pleuvrait des reptiles »[2].



  1. Le point de départ des Staota yêsnya est donné par les mots du Cîm î Gâsàn, 1 : visài vé ameshà spentà, stôtân yasno bùn : « visai vé… début des Stôtân yasno ». Le terme final n’est point donné d’une façon si claire : je prends comme fin le Hâ LIX, qui contient la dernière invocation des Staota yêsnya.
  2. Minôkhard, LXII, 31-36.