Les Excentricités du langage/Édition Dentu, 1865/T

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E. Dentu (p. 303-322).
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Tabac (Être dans le) : Être dans une position critique. — Mot à mot : être dans le à bas. — Jeu de mots.

Donner du tabac : Battre. — « Si tu m’échauffes la bile, je te f… du tabac pour la semaine ! » — Vidal, 1833. — V. Esbrouffe.
Ouvrir sa tabatière : Vesser.

tabar : Manteau (Vidocq).

Tafe : Peur. — De l’ancienne locution les fesses lui font tif taf : Il a peur (Oudin, seizième siècle). — V. Chenu, Bayafe. — « Ce n’est pas toi ni tes paysans qui nous f…… le tafe. » — Vidal, 1833. — Ce mot a pour diminutifs tafferie et taffetas. — Taffeur : Poltron.

Tailbin : Billet de complaisance (Vidocq).

Talon rouge : Aristocrate. Le droit de porter des talons rouges était un signe de noblesse. — « Tous les talons rouges de l’ancien régime qui trahissent le peuple. » — 1793, Hébert.

tambour : Chien (Vidocq). — Allusion à son grondement.

Tampon : Poing. — « Je lui ai envoyé un coup de tampon sur le mufle. » — Th. Gautier, 1845.

tanner : Ennuyer, assommer. — On sait combien il faut fatiguer une peau pour la tanner. — Un poète du treizième siècle, Rutebeuf, dit déjà : « Quar le resveil Me tanne assez quand je m’esveil. » — « Les communes de Flandre, qui déjà commençaient à tanner, et désiraient fort de retourner en leur pays, lui demandèrent congé. » — 1411, Monstrelet. — « C’est insupportable. — Hein ! est-ce tannant. » — E. Sue.

Tanner le cuir : Rosser. — « Si vous vous permettez, je connais une personne qui vous tannera le cuir. » — Gavarni.

Tangente, Tangente au point q : Épée. — Jeu de mots. — « Le conscrit de l’École polytechnique est souvent absorbé avant d’avoir endossé l’uniforme et senti battre sur sa cuisse gauche l’arme que les élèves nomment une tangente au point q. » — La Bédollière.

Prendre la tangente : S’échapper. V. Absorption, Colle.

Tante : « Tous mes bijoux sont chez ma tante, comme disent mes camarades lorsqu’elles parlent du Mont de Piété. » — Achard. — C’est, comme oncle, un terme ironique à l’adresse de ceux qui croient déguiser la source d’un emprunt en disant qu’ils ont eu recours à leur famille.

Tante : « Homme qui a des goûts de femmes, la femme des prisons d’hommes. » — t837, Vidocq. — « Pour donner une vague idée du personnage qu’on appelle une tante, il suffira de rapporter ce mot magnifique du directeur d’une maison centrale a feu lord Durham qui visita toutes les prisons pendant son séjour à Paris. Le directeur, après avoir montré toute la prison, désigne du doigt un local en faisant un geste de dégoût : Je ne mène pas là Votre Seigneurie, dit-il, car c’est le quartier des tantes. — Hao ! fit lord Durham, et qu’est-ce ? — C’est le troisième sexe, milord. » — Balzac. — « Enfants, on les appelle mômes ou gosselins ; adolescents, ce sont des cousines ; plus âgés, ce sont des tantes.» — Moreau Christophe — Dans le chapitre détaillé qu’il a consacré à cette espèce de gens, M. Canler reconnaît quatre catégories appartenant à diverses classes sociales : persilleuses, honteuses, travailleuses et rivettes. Cette dernière est seule exploitée par les chanteurs.

tapé, retapé, tapé dans le nœud : Émouvant, frappant, réussi. — « Aussi a-t-on fait plusieurs couplets sur tous les ministres dont le portrait est bien tapé. » — 1742, Journal de Barbier. — « C’est un peu tapé dans le nœud. » — La Bédollière. — « Une manière de sentiment bien r’tapé. » — Vadé, 1755.

Taper de l’œil : Dormir. — « Il y avait plus d’une heure que je tapais de l’œil quand je m’entends réveiller. » — Œuvres badines de Caylus, 1750. — Taper dans l’œil : Séduire.
Taper sur la boule : Enivrer, battre. — « Dans l’gosier comme ça coule, Comme ça tape sur la boule. » — J. Moinaux, Ch. — « Ce scélérat de vin de champagne avait joliment tapé ces messieurs. » — Festeau.
Taper sur les vivres, sur la boisson : Manger et boire avidement. — « D’avoir trop tapé sur l’pichet, Qu’en avaient plein la gargamelle. » — Chansonnier, 1836.

tape-cul : Voiture non suspendue. — « Font-ils des embarras avec leur mauvais tape-cul ! » — Ricard.

tapedur : Serrurier (Vidocq).

Tapée : Grosse réunion. — Usité des 1808.

Tapin : Tambour. — Mot à mot : petit tapeur (de caisse). — Usité dès 1808. — « Le tapin qui tambourinait en tête de l’escouade. » — La Bédollière.

Tapis franc : Cabaret. — Franc fait allusion à la clientèle qui est composée d’affranchis ou voleurs. — Tapis est une abréviation du vieux mot tapinet : lieu caché. V. Roquefort. — V. Empoivrer, Crosser. — Tapis de refaite : Table d’hôte. — Tapis de malades : Cantine de prison. — Tapis de grives : Cantine de caserne. — Tapis vert : Prairie. — Tapissier : Cabaretier. V. Baptême, Ogre.

Tapisserie (Faire) : « Se dit par raillerie des femmes âgées qui au bal ne font plus que regarder danser. » — Dhautel. — Rangées sur la banquette, le long du mur, elles font corps avec la tapisserie.

Taroque : Marque. V. Détaroquer.

Tarte : Qualité bonne ou mauvaise (Vidocq).

Tartine : « Elle avait le défaut d’employer de ces immenses phrases lardées de mots emphatiques, si ingénieusement nommées des tartines dans l’argot du journalisme. » — Balzac. — « Pardonne-moi la longue tartine que je viens de te faire avaler, et sur laquelle j’étale depuis une heure les confitures de mon éloquence. » — Th. Gautier.

Tartiner : « Tu n’as pas assez de style pour tartiner des brochures. » — Balzac.

Tasse (La grande) : La mer. — « C’est vrai qu’un peu plus vous buviez à la grande tasse. » — Ricard.

Taudion : Petit logement. — « J’ai vendu ce que j’avais pour payer le taudion où nous couchons. » — Lynol.

Taule, Tôle : Maison. — « Dans une tôle enquille en brave, fais-toi voleur. » — Vidocq. — Au moyen âge, taule signifiait table. — V. Pavillonner.

taupage : Égoïsme. — Tauper : Travailler. — Taupier : Égoïste (Vidocq). — Allusion à la nature active et solitaire de la taupe. — Le travail des malfaiteurs n’est-il pas un vrai travail de taupe ?

Le royaume des taupes : La terre. — « Il est au royaume des taupes, il est mort. » — Oudin, 1640.

Taupin : « Le simple taupin, le candidat qui se présente à la colle d’admission à l’École polytechnique, possède déjà des connaissances supérieures. » — La Bédollière.

Teinté : Enluminé par l’ivresse.

Teinturier :« Tous les hommes politiques ont besoin d’avoir auprès d’eux des sous-hommes politiques ou des supérieurs qu’ils consultent, qu’ils laissent écrire ou qu’ils s’assimilent… Dans le style des affaires publiques, ceux qui exercent cette influence s’appelent des teinturiers, parce qu’en effet ils se chargent de donner de l’étoffe à des hommes d’État des couleurs différentes. » — Roqueplan.

Il y a aussi des teinturiers littéraires. On lit dans les Mémoires secrets (25 sept. 1775) : « La comtesse de Beauharnais a fait présenter une comédie. Elle a été reçue : on ne doute pas que le sieur Dorat ne soit son teinturier. »

Temps (Voir le coup de) : Prévoir à temps pour parer. — Terme d’escrime. — V. Dhautel, 1808.

En deux temps : En un instant. — Terme d’escrime. — « En deux temps, j’remouque et j’débride. » Bailly. — « En deux temps sa lessive est faite. » Le Casse-Gueule, ch., 1841.
Prendre des temps de Paris signifie, au théâtre, préparer ce que l’on a à dire par une pantomime pour augmenter l’effet. Le mot a été inventé par des comédiens de province (Couailhac).

Tenir (En) : Aimer d’amour. — « Est-ce de l’amour ? Alors, il faut qu’elle en tienne furieusement, puisqu’elle fait de tels sacrifices. » — Ricard.

Ternaux : Châle de la fabrique Ternaux. — « Elle prit un schal de coton ; — le ternaux était au... Mont de Piété. » — Ricard.

Terrer : Tuer. — Mot à mot : enterrer. — « Dans dix ans je reviendrai pour te terrer, dussé-je être fauché. » — Balzac.

Tête (Faire sa) : Prendre de grands airs. — « Tu y gagnes d’avoir l’exercice une fois de plus par jour pour apprendre à faire ta tête. » — Vidal, 1833.

Tête carrée, Tête de choucroute : Allemand.

Thomas : Pot de chambre. V. Goguenot. — « Parmi les consignés occupés à passer la jambe à Thomas (vider les baquets d’urine). » — La Bédollière. — Équivoque sur les mots vide Thoma de l’hymne populaire de Pâques.

Tezigue : Toi. V. Bonne, Coquer.

thune : Argent. V. Bille.

Tigne, Tignasse : Chevelure en désordre. — Du vieux mot tigne : teigne. V. Aplomb.

tigre : Groom. — « Leur chapeau à cocarde noire, leurs bottes à retroussis, leur veste bleue et leur gilet bariolé, couvrent des gamins arrachés au plaisir de la pipoche. » — A. Deriège. — Tigre : « Le rat débute et danse un pas seul ; son nom a été sur l’affiche en toutes lettres ; il passe tigre et devient premier, second, troisième sujet. » — Th. Gautier.

Tirage (Il y a du) : C’est long, c’est difficile. — Terme de cocher. Plus le chemin est rude, plus le cheval tire.

tirant : Bas. — On le tire pour le mettre. — « Ses tirans et sa montante et son combre galuché, son frusque, aussi sa lisette. » — Vidocq.

tire-jus : Mouchoir. — Mot imagé. Usité dès 1808.

Tirer aux grenadiers : Carroter le service, militairement parlant. Comme les compagnies d’élite sont exemptes de corvées, tirer aux grenadiers, c’est s’attribuer indûment leurs privilèges. — Tirer une dent : Escroquer (Vidocq). — V. Carotte.

Tireur : Voleur à la tire, dont la spécialité est de tirer, dans la foule, ce que contiennent les poches des voisins.

Titi : Gamin de Paris. — « Mousqueton est le titi par excellence, c’est le vrai gamin de Paris avec sa gaîté, sa souplesse, ses bons mots. » — M. Alhoy.

Toc : Cuivre, bijou faux. — Onomatopée. — Allusion à la différence de sonorité qui existe entre une pièce de cuivre et une pièce d’or. — « Bagues, boutons de manchette et croix de ma mère en toc, 6 fr. 50. » — Les Cocottes, 1864.

Toc, Tocard, Tocasse, Tocasson : Laid, mauvais. — C’est toujours du cuivre en supposant que l’or représente la beauté et la bonté. — « L’article de Cascaret est toc. » — J. Rousseau. — « Croiriez-vous qu’en parlant d’une femme laide, on dit : Elle est toc, elle est tocarde… C’est un vieux tocard, c’est un vieux tocasson. » — N. Vanecke, Ch. 1855. — « Il goûta le pain dont les prisonnières se plaignaient : Chouette ! dit il, j’en ai mangé de plus toc que ça. » — Chenu, 1850.
Tocasse : Méchant, — Tocasserie : Méchanceté (Vidocq).

Toile (Déchirer la) : Faire un feu de peloton. — Comparaison du bruit de la fusillade à celui d’une toile qu’on déchire. Elle est assez juste. — « Tout à l’heure les feux de deux rangs déchireront la toile, et nous verrons si vos clarinettes ont de la voix. » — Ricard.

tomber : Terrasser, faire tomber. — Tombeur : Lutteur invincible. — Se prend ironiquement au figuré. — « Eugène P., le tombeur de Renan, y vient de temps en temps mépriser l’humanité. » — Les Cocottes, 1864.

Tomber dessus : Maltraiter en paroles ou en actions. — « Que demain je lâche ma place ! on me tomberait fièrement dessus. » — De Goncourt.
Tombeur : Acteur trop mauvais pour être accepté nulle part. » — Ch. Friès.

Tondu (Le petit) : L’empereur Napoléon. — « L’Empereur lui-même, le petit Tondu, comme disait mon père. » — L. Reybaud.

Tonneau : Degré. V. Bouchon. — « Tu lui aurais rendu sa politesse. — Plus souvent ! à un daim de ce tonneau ! » — Monselet.

Toper : « Chaque fois qu’un dévorant rencontre un autre ouvrier, il doit lui demander de quelle société il est. — Ça s’appelle toper. » — Biéville.

Topo : Officier d’état-major, plan topographique.

Toquade : Manie. — « Prémary a une toquade. On le débine, on le nie, on veut le tuer. » — A. Scholl.

Toquade : Inclination assez forte pour en faire négliger d’autres. V. Toqué. — « Hortense est sur le chemin de la fortune… Une simple toquade, et elle est perdue. » — Les Pieds qui r’muent, 1864. — V. Toqué.

toquante : Montre. Allusion au tic-toc de la montre. — « Un monsieur qui me trouva gentille m’offrit un jour une toquante d’or… La montre me tentait. » — Rétif, 177e Contemporaine. — V. Billemont.

Toqué : À moitié fou. On dit de même. : Il a reçu un coup de marteau. C’est-à-dire : Son cerveau est bien près de se fêler. — « Les collectionneurs sont toqués, disent leurs voisins. » — Balzac. — V. Folichonnette.

Toqué : Épris. — « Ma chère, les hommes c’est farce ! toujours la même chanson : Une femme à soi seul ! Toqués ! » — Gavarni.
En avoir dans le toquet : Être ivre. — Ce terme correspond exactement à celui de Casquette. — Même étymologie. — « Chez Dénoyer j’entre, Un peu dans le toquet. » — Decourcelle, Ch., 1839.

Torcher le nez (Se) : Se passer. On dit de même qu’une chose passe devant le nez. — « Tout cela vient de Pitt envoyé par les alliés, mais ils s’en sont torchez le nez. » — Mauricault, Ch., 179..

Se torcher le c-l : — Faire peu de cas.

Torchon (Se donner un coup de), Se Torcher : Se battre. — Même allusion que dans frotter. — Se dit aussi pour faire toilette. — « Allons jusqu’aux chouans, leur donner un coup de torchon. » — Henry, Ch., 1836.

Le torchon brûle à la maison se dit pour annoncer une querelle domestique. — « Je ne suis plus son Jujule, son chou, son rat, son trognon, L’torchon brûle, L’torchon brûle à la maison. » — Dalès.

Tord-boyaux : Mauvaise eau-de-vie. — « Avaler un verre de tord-boyaux, comme l’appelait notre amphitryon. » — Vidal, 1833.

Torniquet : Moulin (Vidocq). — Sa roue tourne.

torse : Estomac. — « Un verre de fil en quatre… Histoire de se velouter le torse. » — Th. Gautier. — « Il s’était, outre mesure, bourré le torse ; langage d’atelier. » — P. Borel, 1833.

Poser pour le torse : « Le torseur emprunte tous ses effets à son torse, toujours bardé d’une cravate à gros nœuds et d’un gilet bien étudié. Le torseur projette sa poitrine sur le devant d’une loge ou dans l’embrasure de portes d’un salon, ou dans l’intervalle de deux rideaux de croisées. » — Roqueplan.

tortillard : Boiteux, qui tortille en marchant (Vidocq).

Tortiller : Manger. — « En trois jours nous aurons tout tortillé. » — Vidal, 1833. — « Voyez-vous, j’avais tortillé une gibelotte et trois litres. » — Ricard. V. Bec. — Allusion au mouvement des mâchoires.

Tortiller : Faire des façons. — « L’ordre est formel. Il n’y a pas à tortiller. » — L. Desnoyer. — Tortiller de l’œil : V. Œil. — Tortiller : Avouer (Vidocq). V. Bayafe.

Tortue : Vin (Vidocq). V. Faire la tortue.

Touche : Physionomie grotesque.

Toucher : Frapper fort. — Ironie. V. Aplomb.

Article touché : Article vigoureusement fait. — Terme de peinture. — « Comme c’est écrit ! comme c’est touché ! » — L. Reybaud.

Toupet : Grande effronterie. — Jeu de mots. — Le toupet est supérieur au front. — « Et dire qu’avec du toupet et de la mémoire tout le monde en f’rait autant. » — H. Monnier. — Se payer de toupet : Payer d’audace. V. Créper. — « Que de gens font étalage, S’payant de toupet, N’ont rien dans leur ménage. » — Chanson, 1832.

Se mettre dans le toupet : S’entêter à croire. — « Et mosieu se fichera dans le toupet que tout sera dit. » — Gavarni.

Toupie : Femme de peu, tournant en toutes mains, comme une toupie. — Usité dès 1808. — « L’insolent traite sa grande sœur de toupie. — Colmance. »

Tour (Faire voir le) : Tromper. — « Pour parvenir dans le commerce, Chacun s’exerce À qui fera voir le tour aux pauvres chalands. » — Chansonnier, 1836. Connaître le tour : Connaître toutes les ruses.

Tourlourou : Soldat du centre. — Forme du vieux mot turelureau, soldat de garnison. V. Du Cange. — Au quatorzième siècle, la turelure (prononcez toureloure) était une porte fortifiée, une sorte de château flanque de tourelles. — « Si le tourlourou est solide sur l’école de peloton, il n’est pas moins ferré sur l’école de la séduction. » — M. Saint-Hilaire.

Tourmente : Colique (Vidocq).

tournante : Clé (Vidocq). — Elle tourne dans la serrure. — V. Tremblant.

tourne-autour : Tonnelier (Vidocq). — Allusion au mouvement habituel imposé par son métier.

Tournée : Pile, correction faisant tourner et retourner la victime. — « Après, je donne une tournée à la Chouette. Je tiens à ca. » — E. Sue. — Danse et Walse offrent la même image.

Tournée : Rasade offerte à l’assistance devant le comptoir du marchand de vins. — La tournée est une rasade qui fait le tour de la compagnie assemblée. On a voulu y voir une allusion à la petite roue qui offre aux buveurs le moyen de jouer leur consommation sans quitter le comptoir du marchand de vins.

Mais alors le terme offrir ou payer une prochaine tournée, qui est fort usité, serait un non sens. Ce qui se joue ne peut s’offrir. — « Il offre une tournée au café Robert. » — Monselet.

Tourner de l’œil : S’assoupir, mourir. — « Trois ou quatre méchantes chopines… et ça tourne l’œil. » — Gavarni. — « Du poison !… Allons, bois… tu vas tourner de l’œil tout de suite. » — Chenu.

Tourtouse, Tortouse : Cordes à menottes. — Tourtouser : Lier, garrotter (Vidocq). — Mot expressif indiquant l’action de lier tout au tour. — V. Criblage, Coltiger.

Tousse (Non, c’est que je). V. Mouche.

Tout de cé : Très-bien (Vidocq).

Trac : Peur. — Onomatopée. — Nos paysans donnent encore le nom de trac à une maladie qui cause un frisson perpétuel. — V. Bœuf. — « Bien, voilà mon trac qui me reprend. » — Marc Michel. — Tracqueur : Poltron. — Tracquer : Craindre. V. Plan.

tractis : Doux (Vidocq). — Mot de langue romane.

Train (Du) : Vite. — Mot à mot : Menez-moi grand train. — « Asie prit un fiacre et dit au cocher : Au Temple ! et du train ! il y a gras. » — Balzac.

En train : En train de se griser. — « Ce sera fort heureux si votre ami reste, car je le crois un peu en train. » — P. de Kock.

Traine-paillasse : Fourrier. — Il règle avec l’employé des lits militaires le prix de chaque dégradation. — V. Rogneur.

Trait : Infidélité. — On dit, sans abréger, trait d’inconstance. — « Savez-vous ce que c’est qu’un trait ?… Eh bien ! c’est que quand une femme est avec un marlou (souteneur) ; si elle a un caprice pour un autre et le passe, voilà un trait ! » — Cinquante mille voleurs de plus à Paris, Paris, 1830, in-8. — « Son mari lui avait fait tant de traits, qu’elle l’avait quitté. » — Champfleury.

Tralala : Appareil. — « La fougue, l’audace et tout le grand tralala de l’excentricité féminine. » — Monselet.

Travailler : Voler. — « X. était prudent : il travaillait toujours seul, et son discret recéleur était des plus fins. » — A. Monnier. — V. Butter.

Trèfle : Tabac. — Allusion à la couleur brune de ce fourrage, quand il est sec.

Trèfle : Anus. — Corruption de trou. — V. Trèpe. — Vise au trèfle : Apothicaire (Vidocq).

Treizième arrondissement (Marié au) : Se disait à Paris de celui qui vivait avec une maîtresse, car, avant 1859, cet arrondissement n’existait point. Lurine a fait un livre sur le Treizième arrondissement. — « Jamais elle n’a été ma femme, pas même au treizième arrondissement. » — Bertall.

tremblant : Lit. — On comprend le mot en voyant cet exemple. — « J’ai du bon pivois sans lance et du larton savonné, une lourde, une tournante, un tremblant pour rivancher (faire l’amour). » — Vidocq.

Tremblement : Réunion imposante. — « À l’union de l’infanterie, de la cavalerie, de tout le tremblement. » — La Barre. — Bataille : « Mais la veille du tremblement, fallait voir les feux des postes avancés. » — Chansons, 1854.

Trempée : Correction. — « Si je ne me respectais pas, je vous ficherais une drôle de trempée ! » — Gavarni. — De Tremper une soupe. V. Soupe.

Trente et un, trente-six (Se mettre sur son) : Mettre sa plus belle toilette. — « Elle s’était mise sur son trente et un, et je puis vous assurer qu’elle était bien ficelée. » — Vidal, 1833.

Trente-sixième dessous (dans le) : Même sens que Troisième dessous. — « Le pauvre vicomte a été enfoncé dans le trente-sixième dessous. » — Montépin.

Trèpe : Foule. — Corruption de Troupe. V. Garçon, Trèfle.

Trépigner : Battre. — Mot à mot : trépigner sur le corps. — Trépignée : Rossée.

Tricoter : Battre. — Du vieux mot Tricote : gros bâton. V. Roquefort. — « Prends vite un bâton ; Tricote cet homme sans cœur. » — Chanson carnavalesque, 1851, impr. Chassaignon.

Tricoter : Danser. — Comparaison du jeu des jambes à celui des aiguilles.

trimar : Grande route, où triment les voyageurs. V. Butter. — « Travailler sur le grand trimar, c’est voler sur le grand chemin. » — Cinquante mille voleurs de plus à Paris, in-8, 1830. — Trime : Rue. — Trimin : Chemin. — « Sur mon trimin rencontre Un pègre de quartier. » — Vidocq. — Diminutif de Trimar.

Faire son trimar se dit des filles qui se promènent la nuit pour raccrocher. V. Paillasson.

Trimballer : Marcher. — Mot à mot : baller sur la trime : se remuer dans la rue. V. Momir. — Trimballeur de coni, de refroidi : Croque-morts (Vidocq).

Tringlos : Soldat du train. — Diminutif de train. — « Ce que les tringlos, soldats du train des équipages militaires, ne pourront nous apporter. » — A. Camus.

Tripotée : Correction. — Du vieux mot tripeter : fouler aux pieds. V. Roquefort. — « Oh ! quelle tripotée je vous ficherais, ma poule ! » — Gavarni.

Trognon : Petite femme. — « En lorgnant la brunette, j’lui dis : Mon petit trognon » — Les Amours de Jeannette, ch., 1813.

Trois-étoiles : Se dit d’une personne dont on cache le nom. — « Le célèbre monsieur Trois-Étoiles. » — J. Janin. — « La femme légitime de ce peintre est la maîtresse du gros trois-étoiles. » — A. Second.

Troisième dessous : « Dans le troisième dessous des sociétés, pour emprunter à l’art dramatique une expression vive et saisissante, le monde n’est-il pas un théâtre ? Le troisième dessous est la dernière cave pratiquée sous les planches de l’Opéra, pour en recéler la rampe, les apparitions, les diables bleus que vomit l’enfer. » — Balzac.

Trois-six : Eau-de-vie. — « Au moins, moi, j’dis pas que j’aime pas le trois-six ! » — Gavarni.

Trombine : Physionomie ridicule.

Trompe-chasse : Art(Vidocq). — L’art trompe l’œil.

trompette : Colporteur de nouvelles. — Allusion à la trompette allégorique de la Renommée.

Trompette : Nez trop bruyant. — Nez en trompette : Nez relevé.

Tronche : « La Sorbonne est la tête qui pense, qui médite ; la Tronche est la tête lorsque le bourreau l’a séparée du tronc. » — Vidocq, 1837. — « Gare la tronche ! prends garde à la tête. » — Dhautel, 1808.

trottante : Souris. — Trotteur : rat (Vidocq).

Trotte : Course pénible. — « J’étais sortie pour éviter ces trottes-là à Alfred. » — E. Sue.

trottins : Pieds. — Les pieds trottent.

Trottin : « Le trottin, toujours choisi parmi les grisettes les plus jeunes et les plus espiègles du magasin, était le véritable petit clerc de tout magasin de modes. » — L. Huart. — « Et de trotin toujours crotté, on en fit un petit commis.» — Troisième suite du Parlement burlesque de Pontoise, 1652.

Trottoir (Faire le) : Se dit des filles inscrites qui, le soir, se promènent sur le trottoir voisin de leur logis. — Grand trottoir, en termes d’argot comique, veut dire : haut répertoire.

Trou (Faire son) : Arriver à une bonne position. — Mot à mot : faire sa trouée dans la foule.

Faire un trou : Prendre un verre d’eau-de-vie au milieu du repas, pour précipiter la digestion, faire un trou destiné à l’ingestion de nouveaux aliments.
Faire un trou à la lune : Décamper par un trou à la clarté de la lune. — « Mazarin a fait un trou à la lune, comme font ordinairement les larrons.» — Le Ministre fugitif, Paris, 1651.

Troubade, Troubadour : Fantassin. — Comme le troubadour, le fantassin fait en tous pays résonner sa clarinette. — Ch. Rousselot a fait le Troubade, chansonnette (1860). — « Je suis Manon la cantinière Et verse à boire aux troubadours. » — J. Choux.

Trou d’aix, Trou de balle : Anus.

trouée : Dentelle (Vidocq). La broderie fait trou.

Troussequin : Derrière. — De la partie de la selle que frotte la plus noble partie du cavalier.

Trouvée (Elle est) : Cette histoire est neuve, originale.

truc : Manière de voler (Vidocq). — Du vieux mot truche (V. Roquefort). — La truche était l’art d’exploiter la pitié des gens charitables. — « Grand Coësre, dabusche des argotiers et des trucheurs le grand maître, vivent les enfants de la truche ! vivent les enfants de l’argot ! » — Vidocq. — Cette juxtaposition de truche et de argot confirme notre pensée sur l’origine de ce dernier mot… Argot n’est qu’une forme d’argue : ruse, subtilité. — Au moyen âge, les mots truffe, trulle et trut avaient le même sens de finesse et d’imposture. Ce dernier, qui ne diffère pas beaucoup de truc, se trouve, dès le quatorzième siècle, dans une chronique rimée du duc de Bretagne, Jean IV (Lobineau, t.II, col. 730) : « François prenoient trop divers noms Pour faire paour aux Bretons, Mais ils avoient plus de viel Trut Que vueille truie qui est en rut.» — V. Roustir, Lem.

Notre société a adapté le mot Truc. Au théâtre c’est la machine destinée à produire un changement à vue. Les féeries sont des pièces à trucs.
Pour un auteur dramatique, le truc est la science des détails. On dit d’un écrivain qui file la scène avec difficulté, qu’il manque de truc.
C’est aussi un moyen d’existence. — « Il daigna nous donner quelques renseignements sur son truc, c’est-à-dire le métier qui le fait vivre. » — P. d’Anglemont.
Enfin c’est une ruse, un dehors trompeur. — « La vertu qu’on fait voir pour mieux cacher le vice, voilà le truc d’un sesque trompeur. » — Rousseliana, 1805.
Truc de la morgane et de la lance : Baptême. — Mot à mot : manœuvre du sel et de l’eau. V. Momir.
Connaître le truc : Connaître le secret V. Cloporte.
Avoir du truc : Avoir un caractère ingénieux.
Truqueur : « On appelle ainsi tous ces gens qui passent leur vie à courir de foire en foire, n’ayant pour toute industrie qu’un petit peu de hasard. » — P. d’Anglemont. — C’est aussi un homme usant de trucs, dans toutes les acceptions susdites.

Truffes (Aux) : Soigné. — La truffe est un aliment de luxe. — « Tu me feras un compte rendu aux truffes ! » — E. Augier.

tuile : Accident. — Allusion à la tuile qui tombe d’un toit sur la tête du premier passant venu. — « La tuile est forte, Mais on peut s’en relever. » — L. Reybaud.

Tuiler : Toiser, dévisager. — Terme maçonnique.

Tulipe orageuse : Cancan. — « Tous quatre frétillant des tulipes de plus en plus orageuses. » — E. Sue. — Allusion aux jupes plus ou moins ballotées des cancaneuses.

Tune : Prison de Bicêtre. C’est un dépôt de mendicité. De tuner : mendier. — Tuneur : Mendiant. — Tuneçon : Maison d’arrêt.

Turbinement : Jour de travail. — « Pour grinchir tu préféreras les fêtes aux turbinements. » — Vidocq. — Turbiner : Travailler. — Turbineur : Ouvrier.

Turco : Tirailleur indigène de l’armée d’Afrique. — « Un carré d’infanterie de ligne et de turcos vint se former sous nos pieds. » — Mornand.

Turf : Champ de course, arène quelconque. — « Un vigoureux coup de jarret a remis Pitt debout sur le turf. » — A. Deriège. — « Voilà de quoi faire envahir désormais par toutes les fashions le turf littéraire. » — Aubryet.

Turne : Logis malpropre. Du vieux mot tourn : petite tour, et par extension Prison, comme castuc. — « L’immeuble !… je me suis tout de suite souvenu de cette turne. » — Montépin.

tuyau de poêle : Chapeau rond, botte à l’écuyère. — Allusion de forme. — « Il donna un coup de poing dans son tuyau de poêle, jeta son habit a queue de morue. » — Th. Gautier, 1833.

Typo : Ouvrier typographe.