Lotus de la bonne loi/Chapitre 11

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Lotus de la bonne loi
Version du soutra du lotus traduite directement à partir de l’original indien en sanscrit.
Traduction par Eugène Burnouf .
Librairie orientale et americaine (p. 145-162).
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CHAPITRE XI.

APPARITION D’UN STÛPA.

Alors, en présence de Bhagavat, de la partie du sol [située devant lui], du milieu de l’assemblée sortit un Stûpa fait des sept substances précieuses, haut de cinq cents Yôdjanas, et ayant une circonférence proportionnée. Ce Stûpa s’étant élevé dans l’air, se tint suspendu dans le ciel, beau, agréable à voir, bien orné de cinq mille balcons jonchés de fleurs, embelli de plusieurs milliers de portiques, de milliers d’étendards et de drapeaux, entouré de milliers de guirlandes formées de pierres précieuses, ayant une ceinture d’étoffes de coton et de clochettes, répandant au loin l’odeur parfumée du santal et de la feuille de Tamâla, laquelle remplit la totalité de cet univers. La file de parasols [qui le surmontait] atteignait jusqu’aux demeures des Dêvas Tchâturmahârâdjakâyikas ; elle était formée des sept substances précieuses, savoir : d’or, d’argent, de lapis-lazuli, d’émeraude, de cristal de roche, de perles rouges et de diamant. Sur ce Stûpa formé de substances précieuses, les fils des Dêvas Trâyastrimçatkâyikas faisaient incessamment tomber une pluie de fleurs de Mandârava et de Mahâmandârava, dont ils le couvrirent entièrement. Et de ce Stûpa formé de substances précieuses, on entendit sortir ces paroles : Bien, bien, ô Tathâgata, vénérable, etc., ô bienheureux Çâkyamuni ; elle est bien dite cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi que tu viens de faire. C’est bien cela, ô Bhagavat ; c’est bien cela, ô Sugata. En ce moment, à la vue de ce grand Stûpa formé de substances précieuses, qui était suspendu dans le ciel, les quatre assemblées pleines de joie, de plaisir, de contentement et de satisfaction, s’étant levées de leurs siéges, se tinrent debout, les mains jointes en signe de respect. Alors le Bôdhisattva Mahâsattva Mahâpratibhâna voyant le monde formé de la réunion des Dêvas, des hommes et des Asuras saisi de curiosité, s’adressa ainsi à Bhagavat : Quelle est la cause, ô Bhagavat, quel est le motif de l’apparition en ce monde de ce grand Stûpa formé de substances précieuses ? Qui fait entendre, ô Bhagavat, la voix qui sort de ce grand Stûpa formé de substances précieuses ? Cela dit, Bhagavat répondit ainsi au Bôdhisattva Mahâsattva Mahâpratibhâna : Dans ce grand Stûpa formé de substances précieuses, ô Mahâpratibhâna, le corps d’un Tathâgata est renfermé tout entier ; ce Stûpa est celui de ce Tathâgata ; c’est ce Tathâgata qui fait entendre cette voix. Il y a, ô Mahâpratibhâna, dans la partie de l’espace qui est placée au-dessous de la terre, d’innombrables centaines de mille de myriades de kôtis d’univers. Au delà de ces univers, est celui qu’on nomme Ratnaviçuddha ; dans cet univers existe le Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable, etc. Ce bienheureux prononça jadis cette prière : Moi qui autrefois ai observé les règles de conduite imposées aux Bôdhisattvas, je ne suis cependant parvenu à obtenir l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, qu’après avoir entendu cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, qui est destinée à l’instruction des Bôdhisattvas. Mais aussitôt que j’ai eu entendu cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, à partir de ce moment je suis arrivé complètement à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. De plus, ô Mahâpratibhâna, ce bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable, etc., au temps où s’approchait le moment de son entrée dans le Nirvâna complet, fit cette déclaration en présence du monde formé de la réunion des Dêvas, des Mâras, des Brahmâs, en présence des créatures comprenant les Çramanas et les Brâhmanes : Quand je serai entré dans le Nirvâna complet, il faudra faire, ô Religieux, pour mon corps, pour le corps du Tathâgata, un seul grand Stûpa formé de substances précieuses ; les autres Stûpas doivent être faits à mon intention. Le bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable, etc., prononça ensuite la bénédiction suivante : Que mon Stûpa que voici, ce Stûpa qui contient la propre forme de mon corps, s’élève dans les dix points de l’espace, dans tous les univers, dans toutes les terres de Buddha, où sera expliquée cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi ! Que pendant le temps que les bienheureux Buddhas feront cette exposition de la loi, mon Stûpa se tienne suspendu dans l’air, au-dessus de l’enceinte de l’assemblée ! Que ce Stûpa, qui contient la propre forme de mon corps, fasse entendre une parole d’assentiment aux discours de ces bienheureux Buddhas occupés à exposer la loi ! Ce Stûpa, ô Mahâpratibhâna, est le Stûpa contenant le corps du bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable, etc., lequel étant sorti du milieu de l’enceinte de cette assemblée, pendant que, dans cet univers Saha, je faisais cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, a, du haut de l’atmosphère où il se tient suspendu, fait entendre cette parole d’assentiment. Alors le Bôdhisattva Mahâsattva Mahâpratibhâna s’adressa ainsi à Bhagavat : Puissions-nous aussi, ô Bhagavat, voir, grâce à ta puissance, la propre forme du Tathâgata ! Cela dit, Bhagavat parla ainsi au Bôdhisattva Mahâsattva Mahâpratibhâna : Ce bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable, etc., a fait entendre une prière digne d’être respectée, c’est la suivante : Lorsque dans les autres terres de Buddha, les bienheureux Buddhas exposeront le Lotus de la bonne loi, qu’alors ce Stûpa contenant la propre forme de mon corps, arrive pour entendre cette exposition, en présence des Tathâgatas. Et quand ces bienheureux Buddhas découvrant la propre forme de mon corps, désireront la faire voir aux quatre assemblées, alors, que les formes de Tathâgata qui, dans les dix points de l’espace, dans chacune des terres de Buddha, auront été créées miraculeusement de leur propre corps par ces Tathâgatas, chacune avec des noms distincts, et qui enseigneront la loi aux créatures de ces diverses terres de Buddha, que toutes ces formes de Tathâgata, miraculeusement créées de leur corps par ces bienheureux Buddhas, réunies toutes ensemble, voient avec les quatre assemblées la propre forme de mon corps, dans mon Stûpa qui aura été découvert. C’est pour cela, ô Mahâpratibhâna, que j’ai moi-même créé miraculeusement de mon corps un grand nombre de formes de Tathâgata, qui, dans les dix points de l’espace, chacune dans des terres de Buddha distinctes, dans des milliers d’univers, enseignent la loi aux créatures. Toutes ces formes de Tathâgata devront être amenées ici. Alors le Bôdhisattva Mahâsattva Mahâpratibhâna parla ainsi à Bhagavat : Nous nous inclinons, ô Bhagavat, devant toutes ces formes de Tathâgata créées miraculeusement de son corps par le Tathâgata. En ce moment Bhagavat émit un rayon du cercle de poils placé entre ses deux sourcils. Ce rayon ne fut pas plutôt émis, qu’à l’orient, dans cinquante centaines de mille de myriades de kôtis d’univers, aussi nombreux que les sables du Gange, les bienheureux Buddhas qui s’y trouvaient devinrent tous parfaitement visibles ; et ces terres de Buddha, reposant sur un fond de cristal de roche, parurent toutes embellies par des arbres de diamant, ornées de guirlandes faites de pièces de soie et d’étoffes de coton, remplies de plusieurs centaines de mille de Bôdhisattvas, ombragées de dais, recouvertes de treillages faits d’or et des sept substances précieuses. Et dans ces terres parurent les bienheureux Buddhas, enseignant la loi aux créatures, d’une voix douce et belle ; ces terres apparurent toutes remplies de cent mille Bôdhisattvas. Il en fut ainsi au sud-est, au sud-ouest, à l’ouest, au nord-ouest, au nord, au nord-est, au point de l’espace qui se trouve sous la terre, et à celui qui se trouve au-dessus ; en un mot, dans les dix points de l’espace apparurent plusieurs centaines de mille de terres de Buddha, en nombre égal à celui des sables du Gange, ainsi que tous les bienheureux Buddhas qui se trouvaient dans ces innombrables terres. Alors les Tathâgatas vénérables, etc., des dix points de l’espace, s’adressèrent chacun à la troupe de leurs Bôdhisattvas : Il faudra nous rendre, ô fils de famille, dans l’univers Saha, en présence du bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, etc., pour voir et pour vénérer le Stûpa qui renferme le corps du bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna. Alors ces bienheureux Buddhas, accompagnés chacun de leurs serviteurs, soit d’un seul, soit de deux, se rendirent dans cet univers Saha. En ce moment la totalité de cet univers fut embellie d’arbres de diamant ; elle apparut reposant sur un fond de lapis-lazuli, recouverte de treillages faits d’or et des sept substances précieuses, parfumée de l’odeur de l’encens et de substances odoriférantes de grand prix, jonchée de fleurs de Mandârava et de Mahâmandârava, ornée de guirlandes de clochettes, couverte d’enceintes tracées en forme de damier, avec des cordes d’or, sans villages, sans villes, sans bourgs, sans provinces, sans royaumes, sans capitales, sans ces montagnes que l’on nomme Kâlaparvata, Mutchilindaparvata, Mahâmutchilindaparvata, Mêruparvata, Tchakravâla, Mahâtckakravâla, en un mot sans les grandes montagnes autres que celles-ci ; sans grands océans, sans rivières et sans grands fleuves, sans corps de Dêvas, d’hommes et d’Asuras, sans Enfer, sans matrices d’animaux, sans monde de Yama. C’est qu’en ce moment tous les êtres qui étaient entrés dans cet univers par les six voies de l’existence, avaient été transportés dans d’autres univers, à l’exception de ceux qui se trouvaient réunis dans cette assemblée. Alors ces bienheureux Buddhas, accompagnés chacun de leurs serviteurs, soit d’un seul, soit de deux, se rendirent dans l’univers Saha ; et à mesure qu’ils y arrivèrent, ils allèrent occuper chacun un siége auprès du tronc d’un arbre de diamant. Chacun de ces arbres avait une hauteur et une circonférence de cinq cents Yôdjanas ; leurs branches, leurs rameaux et leurs feuilles étaient grands en proportion ; ils étaient embellis de fruits et de fleurs. Auprès du tronc de chacun de ces arbres de diamant, avait été disposé un siége, haut de cinq Yôdjanas, orné de grandes pierres précieuses ; sur ces siéges, chacun de ces Tathâgatas vint s’asseoir les jambes croisées et ramenées sous son corps. De cette manière tous les Tathâgatas de l’univers formé d’un grand millier de trois mille mondes s’assirent, les jambes croisées, sur des siéges placés près du tronc des arbres de diamant. En ce moment, la totalité de cet univers formé d’un grand millier de trois mille mondes se trouva remplie de Tathâgatas ; et cependant les Buddhas créés miraculeusement par le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, même dans un seul point de l’espace, n’étaient pas encore tous réunis. Alors le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, etc., créa un espace pour contenir ces formes de Tathâgata qui venaient d’arriver. De tous côtés, dans les huit points de l’espace, apparurent vingt centaines de mille de myriades de kôtis de terres de Buddha, reposant toutes sur un fond de lapis-lazuli, recouvertes de treillages faits d’or et des sept substances précieuses, ornées de guirlandes de clochettes, jonchées de fleurs de Mandârava et de Mahâmandârava, ombragées de dais divins, embellies de guirlandes de fleurs divines, parfumées de l’odeur divine de l’encens et des substances odoriférantes. Ces vingt centaines de mille de myriades de kôtis de terres de Buddha étaient toutes sans villages, sans villes, etc. [comme ci-dessus] Toutes ces terres de Buddha, Bhagavat les établit comme une seule terre de Buddha, comme un sol continu, uni, beau, agréable, embelli d’arbres faits des sept substances précieuses. La hauteur et la circonférence de ces arbres étaient de cinq cents Yôdjanas ; leurs branches, leurs rameaux et leurs feuilles étaient grands en proportion. Auprès du tronc de chacun de ces arbres faits des sept substances précieuses, était disposé un siége ayant cinq Yôdjanas de hauteur et de largeur, divin, fait de pierres précieuses, peint de diverses couleurs, beau à voir. Auprès du tronc de chacun de ces arbres, les Tathâgatas, à mesure qu’ils arrivaient, s’assirent sur ces siéges, les jambes croisées et ramenées sous leur corps. De cette manière, le Tathâgata Çâkyamuni créa, dans chacun des points de l’espace, vingt autres centaines de mille de myriades de kôtis de terres de Buddha semblables, pour faire de la placé à ces Tathâgatas, à mesure qu’ils arrivaient. Et ces vingt centaines de mille de myriades de kôtis de terres de Buddha, créées dans chacun des points de l’espace, étaient toutes sans villages, sans villes, etc. [comme ci-dessus] Toutes les créatures de ces mondes avaient été transportées dans d’autres univers. Ces terres de Buddha étaient formées de lapis-lazuli, etc. [comme ci-dessus], parfumées de l’odeur de l’encens et des substances odoriférantes, ornées d’arbres de diamant. Tous ces arbres avaient une hauteur de cinq cents Yôdjanas ; et près de leur tronc avaient été dressés des siéges élevés de cinq Yôdjanas, sur lesquels les Tathâgatas s’assirent, les jambes croisées et ramenées sous leur corps, chacun sur celui qui lui était destiné. En ce moment, les Tathâgatas miraculeusement créés de son corps par le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, qui enseignaient à l’orient la loi aux créatures, dans des centaines de mille de myriades de kôtis de terres de Buddha en nombre égal à celui des sables du Gange, commencèrent tous à se réunir ; et à mesure qu’ils arrivaient des dix points de l’espace, ils vinrent s’asseoir aux huit points de l’horizon. Puis, partant de ces huit points de l’horizon, ces Tathâgatas franchirent, du côté de chacun des points de l’espace, trente fois dix millions d’univers. Ensuite ces Tathâgatas s’étant assis chacun sur leurs siéges, envoyèrent leurs serviteurs en présente du bienheureux Çâkyamuni, et leur ayant donné des corbeilles pleines de fleurs et de joyaux, ils leur parlèrent ainsi : Allez, fils de famille, et vous étant rendus à la montagne de Gridhrakûta, inclinez-vous devant le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, etc., qui s’y trouve ; souhaitez-lui en notre nom peu de peine, peu de maladies, de la force, et l’avantage de vivre au milieu des contacts agréables ; adressez-lui ces souhaits, ainsi qu’à la troupe de ses Bôdhisattvas, à celle de ses Çrâvakas ; couvrez-le de ce monceau de pierres précieuses, et parlez-lui ainsi : Les bienheureux Tathâgatas te font hommage du désir qu’ils ont de voir ouvrir ce grand Stûpa fait de pierres précieuses. C’est de cette manière que tous ces Tathâgatas envoyèrent leurs serviteurs. Alors le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni voyant, en ce moment, réunis tous les Tathâgatas miraculeusement créés par lui de son propre corps, reconnaissant qu’ils étaient assis chacun sur leurs siéges, et que les serviteurs de ces Tathâgatas, vénérables, etc., étaient arrivés en sa présence, sachant le désir qu’avaient exprimé ces Tathâgatas, vénérables, etc. ; Bhagavat, dis-je, se leva en ce moment de son siége, et s’élançant dans l’air, s’y tint suspendu. Les quatre assemblées réunies s’étant levées de leurs siéges, se tinrent debout, les mains jointes en signe de respect, et les yeux fixés sur la face de Bhagavat. Alors Bhagavat, avec l’index de sa main droite, sépara par le milieu ce grand Stûpa fait de pierres précieuses qui était suspendu en l’air ; et après l’avoir séparé, il en ouvrit complètement les deux parties. De même que les deux battants des portes d’une grande ville s’ouvrent en se séparant, lorsqu’on enlève la pièce de bois qui les tenait réunis, ainsi Bhagavat, après avoir, avec l’index de la malin droite, séparé par le milieu ce grand Stûpa, fait de pierres précieuses, qui était suspendu en l’air, l’ouvrit en deux. A peine ce grand Stûpa fait de pierres précieuses eut-il été ouvert, que le bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable etc., apparut assis sur son siége, les jambes croisées, ayant les membres desséchés, sans que son corps eût diminué de volume, et comme plongé dans la méditation ; et en même temps il prononça les paroles suivantes : Bien, bien, ô bienheureux Çâkyamuni, elle est bien dite cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi que tu viens de faire ; il est bon, ô bienheureux Çâkyamuni, que tu exposes aux assemblées ce Lotus de la bonne loi ; et moi aussi, ô Bhagavat, je suis venu ici pour entendre ce Lotus de la bonne loi. Alors les quatre assemblées voyant le bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable, etc., qui étant entré dans le Nirvâna complet depuis plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis de Kalpas, parlait ainsi, furent frappées d’étonnement et de surprise. Elles couvrirent aussitôt de monceaux de pierreries divines et humaines le bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable, etc., et le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, etc. En ce moment le bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable, etc., donna au bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, etc., la moitié de sa place sur le siége qu’il occupait dans l’intérieur de ce grand Stûpa fait de pierres précieuses, et il lui parla ainsi : Que le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni s’asseye ici ! Alors le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni s’assit en effet sur la moitié de ce siége, avec le Tathâgata ; et les deux Tathâgatas, assis ensemble sur ce siége, au centre de ce grand Stûpa fait de pierres précieuses, apparurent dans le ciel suspendus en l’air. En ce moment les quatre assemblées firent cette réflexion : Nous sommes bien loin de ces deux Tathâgatas ; puissions-nous, nous aussi, par la puissance du Tathâgata, nous élever dans l’air ! Alors Bhagavat connaissant avec sa pensée la réflexion qui s’élevait dans l’esprit des quatre assemblées, enleva, en ce moment, par la force de sa puissance surnaturelle, les quatre assemblées au milieu de l’atmosphère, où elles se tinrent suspendues. Ensuite le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, etc., adressa ainsi la parole aux quatre assemblées : Quel est celui d’entre vous, ô Religieux, qui est capable d’expliquer dans cet univers Saha cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi ? Voici le temps, voici l’heure venue ; car le Tathâgata ici présent est désireux d’entrer dans le Nirvâna complet, ô Religieux, après vous avoir confié en dépôt cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi. Ensuite Bhagavat prononça dans cette occasion les stances suivantes :

1. Le voici arrivé, ô Religieux, pour entendre la loi, ce grand Richi, qui après être entré dans le Nirvâna, a été renfermé dans ce Stûpa, fait de substances précieuses. Quel est celui qui ne déploierait pas son énergie pour la loi ? 2. Quoiqu’il y ait plusieurs fois dix millions de Kalpas depuis qu’il est entré dans le Nirvâna complet, il écoute cependant encore aujourd’hui la loi ; pour elle, il se transporte dans des lieux divers : tant est difficile à rencontrer une loi de cette espèce. 3. C’est là [l’effet de] la prière qu’il adressa jadis [aux Buddhas], lorsqu’il était dans une autre existence ; quoique entré dans le Nirvâna, il parcourt la totalité de cet univers dans les dix points de l’espace. 4. Et toutes ces formes [de Tathâgata], sorties de mon propre corps, dont il existe autant de milliers de kôtis que de grains de sable dans le Gange, sont réunies pour assister à l’exposition de la loi, et pour voir ce Chef [du monde] entré dans le Nirvâna complet. 5. Après avoir établi pour chacun de ces Buddhas une terre particulière, avec tous les Çrâvakas, les hommes et les Maruts [qui les habitent], pour conserver la bonne loi, de manière que les règles qu’elle impose durent longtemps, 6. J’ai, par la force de mes facultés surnaturelles, créé de nombreux milliers de kôtis d’univers, pour que ces Buddhas vinssent s’y asseoir, après que j’en ai eu transporté tous les habitants [dans d’autres mondes]. 7. Tous mes efforts tendent à ce seul but, qu’ils aient les moyens d’enseigner les règles de cette loi ; aussi ces Buddhas en nombre infini sont assis auprès des troncs d’arbres, semblables à des monceaux de lotus. 8. De nombreux kôtis de troncs d’arbres sont embellis par la présence de ces Guides [du monde], assis sur leurs siéges ; ils en sont incessamment éclairés, comme les ténèbres le sont par un feu qui brûle. 9. Le parfum délicieux qu’exhalent les Guides [du monde] se répand dans les dix points de l’espace ; transporté par le vent, ce parfum vient constamment ici enivrer tous les êtres. 10. Que celui qui, lorsque je serai entré dans le Nirvâna complet, doit posséder cette exposition de la loi, se hâte de faire entendre sa déclaration en présence des Chefs du monde. 11. Car le Buddha parfait, le Solitaire Prabhûtaratna, qui est entré dans le Nirvâna complet, prêtera l’oreille au rugissement du lion poussé par ce sage, et en éprouvera de la joie. 12. Moi qui suis [ici] le second, ainsi que ces nombreux kôtis de Guides [du monde] réunis en ce lieu, je prêterai attention aux efforts du fils du Djina qui sera capable d’exposer cette loi. 13. C’est par ce moyen que j’ai été constamment honoré, ainsi que Prabhûtaratna, ce Djina qui existe par lui-même, et qui parcourt sans cesse les points de l’horizon et les espaces intermédiaires, pour entendre une loi de cette espèce. 14. Et ces Chefs du monde, arrivés ici, dont la présence fait briller cette terre de splendeur, doivent aussi recevoir, de l’explication de ce Sûtra, des honneurs étendus et variés. 15. Vous me voyez, moi, assis avec ce Bienheureux, sur le siége placé au milieu de ce Stûpa ; vous voyez aussi ces autres Chefs du monde en grand nombre, qui sont venus ici de plusieurs centaines de terres. 16. Réfléchissez-y, ô fils de famille, par compassion pour toutes les créatures ; le Guide [du monde] ose se charger de cette tâche difficile. 17. Exposer plusieurs milliers de Sûtras en nombre égal à celui des sables du Gange, ne serait pas une tâche difficile [en comparaison de la difficulté que présente l’exposition de ce Sûtra]. 18. Celui qui tenant le Sumêru dans sa main, le lancerait par delà des terres au nombre de plusieurs fois dix millions, ne ferait pas une chose difficile. 19. Celui qui remuerait avec l’orteil de son pied cet univers formé de la réunion de trois mille mondes, et le lancerait par delà des terres au nombre de plusieurs fois dix millions, ne ferait pas une chose difficile. 20. L’homme qui, arrivé au terme de son existence, exposerait, pour enseigner la loi, des milliers d’autres Sûtras, ne ferait pas une chose difficile. 21. Mais celui qui, lorsque l’Indra des mondes est entré dans le Nirvâna complet, possède ou expose ce Sûtra pendant la redoutable époque de la fin des temps, celui-là fait une chose difficile. 22. Celui qui renfermant dans sa main la totalité de l’élément de l’espace, s’en irait après l’avoir jeté devant lui, ne ferait pas une chose difficile. 23. Mais celui qui, à la fin des temps, lorsque je serai entré dans le Nirvâna complet, transcrira un Sûtra de cette espèce, celui-là fera une chose difficile. 24. Celui qui ferait tenir sur le bout de son ongle la totalité de la terre, et qui s’en irait après l’avoir jetée devant lui et lancée jusqu’au monde de Brahmâ, 25. Cet homme, après avoir fait ici, en présence de tous les mondes, une œuvre de cette difficulté, n’aurait cependant pas fait là une chose difficile ; l’emploi de la force [nécessaire pour cela] n’est rien. 26. Il ferait, certes, une chose bien plus difficile, celui qui, lorsque je serai entré dans le Nirvâna complet, viendrait, à la fin des temps, réciter ce Sûtra, ne fût-ce que pendant un instant. 27. L’homme qui, au milieu de l’incendie de l’univers qui termine un Kalpa, portant une charge de gazon, s’avancerait sans être brûlé, ne ferait pas encore une chose difficile. 28. Mais il en ferait une bien plus difficile celui qui, lorsque je serai entré dans le Nirvâna complet, possédant ce Sûtra, le ferait entendre, ne fût-ce qu’à une seule créature. 29. Qu’un homme possédât les quatre-vingt-quatre mille corps de la loi, et qu’il les enseignât à plusieurs fois dix millions d’êtres vivants, avec les instructions qu’ils contiennent, et tels qu’ils ont été exposés, 30. Il ne ferait pas une chose difficile, non plus que celui qui maintenant disciplinerait mes Religieux, et qui établirait mes Çrâvakas dans les cinq connaissances surnaturelles. 31. Mais il accomplirait une bien plus rude tâche, celui qui posséderait ce Sûtra, qui y aurait foi et confiance, et qui l’exposerait à plusieurs reprises. 32. Celui qui établirait dans le rang d’Arhat plusieurs milliers de kôtis de créatures, en leur donnant les six connaissances surnaturelles et les grandes perfections, 33. N’accomplirait encore qu’une tâche au-dessous de celle de l’homme. excellent qui, quand je serai entré dans le Nirvâna complet, possédera cet éminent Sûtra. 34. J’ai amplement exposé la loi dans des milliers d’univers, et je l’expose même encore aujourd’hui, dans le but de donner la science de Buddha. 35. Mais ce Sûtra se nomme le premier de tous les Sûtras ; celui qui porte ce Sûtra, porte le corps même du Djina. 36. Parlez, ô fils de famille ; moi qui suis le Tathâgata, me voici devant vous ; [qu’il parle] celui d’entre vous qui désire se charger de la possession de ce Sûtra, pour la fin des temps. 37. Il fera une chose grandement agréable à tous les Chefs du monde en général, celui qui possédera, ne fût-ce qu’un seul instant, ce Sûtra si difficile à posséder. 38. Il est en tout lieu célébré par les Chefs du monde, il est brave et plein de force, et il arrive rapidement à l’intelligence de l’état de Bôdhi ; 39. Il est le fils chéri des Chefs du monde, le favori qu’ils portent sur leurs épaules, il est arrivé sur le terrain de la quiétude, celui qui possède ce Sûtra. 40. Il devient l’œil du monde formé de la réunion des Maruts et des hommes, celui qui explique ce Sûtra, lorsque le Guide des hommes est entré dans le Nirvâna complet. 41. Il doit être vénéré comme un sage par toutes les créatures, celui qui, à la fin des temps, exposera ce Sûtra, ne fût-ce que pendant un moment.

Ensuite Bhagavat s’adressant à la troupe tout entière des Bôdhisattvas et au monde formé de la réunion des Suras et des Asuras, parla ainsi : Autrefois, ô Religieux, dans le temps passé, je cherchai pendant un nombre infini, incalculable de Kalpas, à obtenir le Sûtra du Lotus de la bonne loi, sans éprouver un instant de fatigue ou de découragement. En effet, je fus jadis, il y a bien des Kalpas, il y a bien des centaines de mille de Kalpas, je fus roi ; et je sollicitai le bonheur d’obtenir l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ; et ma pensée ne se détacha jamais de son but. J’étais sans cesse appliqué à remplir les devoirs des six perfections, répandant des aumônes sans nombre, distribuant tout ce qui m’appartenait, or, joyaux, perles, lapis-lazuli, conques, cristal, corail, or non travaillé, argent, émeraudes, diamants, perles rouges ; villages, bourgs, villes, provinces, royaumes, capitales ; enfants, femmes, filles, esclaves ; éléphants, chevaux, chats, et jusqu’à ma vie et mon propre corps, et chacun de mes membres en particulier, comme mes mains, mes pieds, ma tête ; et cependant la pensée qui embrasse tout ne se développait pas en moi. En ce temps-là l’existence du monde était de longue durée, elle s’étendait à plusieurs centaines de mille d’années ; et moi je remplissais alors les devoirs de Roi de la loi, en vue de la loi, et non en vue de ma domination. Après avoir sacré mon fils aîné, je me mis à chercher la loi excellente dans les quatre points de l’espace ; aussi fis-je répandre partout cette nouvelle à son de cloche : Celui qui me communiquera la loi excellente ou qui m’en expliquera le sens, je m’engage à devenir son esclave. En ce temps-là il y avait un Richi qui me dit ces paroles : Il y a, ô grand roi, un Sûtra nommé le Lotus de la bonne loi, qui est une exposition de la bonne loi, et qui enseigne ce qu’il y a de plus excellent. Si tu consens à devenir mon esclave, je t’exposerai cette loi. Ayant entendu les paroles de ce Richi, je me sentis content, joyeux, satisfait, plein de joie et de ravissement, et m’étant rendu au lieu où résidait ce Richi, je lui parlai en ces termes : Me voici prêt à te rendre les services que doit un esclave. Étant donc entré au service de ce Richi, je lui rendis les devoirs qu’un esclave doit à son maître, comme d’aller chercher pour lui du gazon, du bois, de l’eau, des légumes, des racines et des fruits ; j’étais le gardien de sa porte ; et après avoir rempli le jour ces devoirs, la nuit je lui tenais les pieds sur son siége, son lit ou sa couche ; et cependant je n’éprouvais jamais de fatigue ni de corps ni d’esprit. Mille années s’écoulèrent pour moi dans ces fonctions. Ensuite Bhagavat voulant développer ce sujet, prononça, dans cette occasion, les stances suivantes :

42. Je me souviens d’un temps écoulé depuis un grand nombre de Kalpas, d’un temps où j’étais un Roi de la loi, plein de justice, et où je remplissais les devoirs de la royauté pour la loi même, dans l’intérêt de la loi excellente, et non pour satisfaire mes désirs. 43. Je fis répandre cet avis dans les quatre points de l’espace : Celui qui me donnera la loi, je me ferai son esclave. Or il y avait en ce temps-là un sage Richi qui exposait le Sûtra nommé du nom de la bonne loi. 44. Ce sage me dit : Si tu as le désir de posséder la loi, fais-toi mon esclave, je t’exposerai ensuite la loi ; et moi, satisfait, après avoir entendu ces paroles, je fis auprès de lui tout ce que doit faire un esclave. 45. Mon corps et mon esprit furent également insensibles à la fatigue pendant le temps que je restai dans la condition d’esclave, en vue d’obtenir la loi ; la prière que j’avais adressée en ce temps-là était dans l’intérêt des créatures, non pour moi ni pour satisfaire mes désirs, 46. Le roi [dont je vous parle] déployait ainsi son énergie, sans chercher rien autre chose dans les dix points de l’espace ; il s’occupait sans relâche de cet objet pendant des milliers de kôtis de Kalpas complets, et cependant il ne pouvait arriver à posséder le Sûtra désigné par le nom de la loi.

Comment comprenez-vous cela, ô Religieux ? Est-ce que ce roi était, en ce temps-là, à cette époque, un autre [que moi] ? Il ne faut pas avoir cette opinion. Pourquoi cela ? C’est que c’était moi qui, en ce temps-là, à cette époque, étais ce roi. Serait-ce, en outre, ô Religieux, que ce Richi était en ce temps-là, à cette époque, un autre personnage [que l’un de ceux qui sont ici] ? Il ne faut pas avoir cette opinion. Pourquoi cela ? C’est que c’était le Religieux Dêvadatta, qui en ce temps-là était ce Richi. Car Dêvadatta, ô Religieux, était mon vertueux ami. C’est après m’être rendu auprès de Dêvadatta, que j’accomplis les six perfections. La grande charité, la grande compassion, le grand contentement, la grande indifférence, les trente-deux caractères distinctifs d’un grand homme, les quatre-vingts signes secondaires, la splendeur qui se répand à la distance d’une brasse, l’éclat semblable à la couleur de l’or, les dix forces, les quatre intrépidités, les quatre richesses de l’accumulation, les dix-huit conditions d’un Buddha dites homogènes, la force de la grande puissance surnaturelle, le pouvoir de sauver les êtres dans les dix points de l’espace, tout cela me fut donné, après que je me fus rendu auprès de Dêvadatta. Je vais vous parler, ô Religieux, je vais vous instruire : oui, dans un temps à venir, après un nombre incommensurable de Kalpas, le religieux Dêvadatta sera le Tathâgata nommé Dêvarâdja, vénérable, etc., doué de science et de conduite, etc. Il paraîtra dans l’univers nommé Dêvasôppâna. La durée de la vie de ce Tathâgata sera, ô Religieux, de vingt moyens Kalpas. Il exposera la loi en détail ; il fera voir, face à face, l’état d’Arhat à des créatures en nombre égal à celui des sables du Gange, en leur faisant éviter toutes les corruptions [du mal]. Beaucoup d’êtres concevront [par ses soins] la pensée de l’état de Pratyêkabuddha, et des créatures en nombre égal à celui des sables du Gange, concevront celle de l’état de Buddha parfaitement accompli, et elles obtiendront la patience qui ne se détourne pas du but. Lorsque le Tathâgata Dêvarâdja sera entré dans le Nirvâna complet, sa bonne loi subsistera pendant vingt moyens Kalpas. On ne verra pas son corps divisé en plusieurs parties, sous forme de reliques ; mais il subsistera en son entier, enfermé dans un Stûpa fait des sept substances précieuses, et ce Stûpa aura soixante fois cent Yôdjanas de hauteur et quarante Yôdjanas de circonférence. La totalité des Dêvas et des hommes rendront un culte à ce Stûpa, ils lui offriront des fleurs, de l’encens, des parfums, des guirlandes de fleurs, des substances onctueuses, des poudres odorantes, des vêtements, des parasols, des drapeaux, des étendards, des hymnes et des chants. Ceux qui tourneront autour de ce Stûpa en le laissant à leur droite, ou qui s’inclineront devant lui, obtiendront ce résultat suprême, les uns de voir face à face l’état d’Arhat, les autres d’arriver à l’état de Pratyêkabuddha ; et un nombre immense et inconcevable de Dêvas et d’hommes, après avoir conçu la pensée de l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, deviendront incapables de retourner en arrière. Ensuite Bhagavat s’adressa de nouveau à l’assemblée, des Religieux : Le fils ou là fille de famille, ô Religieux, qui, dans l’avenir, écoutera ce chapitre du Sûtra nommé le Lotus de la bonne loi, et qui, après l’avoir écouté, ne concevra plus de doute, n’éprouvera plus d’incertitude et qui, avec un esprit pur, y aura confiance, celui-là verra se fermer pour lui l’entrée des trois mauvaises voies de l’existence. Il ne descendra pas aux renaissances qui ont lieu dans le monde de Yama, dans des matrices d’animaux, ou dans l’Enfer. Renaissant dans une des terres de Buddha situées aux dix points de l’espace, il entendra ce Sûtra pendant plusieurs existences successives ; et quand il renaîtra dans le monde des hommes ou des Dêvas, il obtiendra d’y occuper un rang éminent. Dans (quelque terre de Buddha qu’il renaisse, il y viendra miraculeusement au monde sur un lotus fait des sept substances précieuses, en présence d’un Tathâgata. En ce moment le Bôdhisattva nommé Pradjñâkûta, qui était venu de la partie de l’espace qui est sous la terre, de la terre de Buddha du Tathâgata Prabhûtaratna, s’adressa ainsi à ce Tathâgata même : Partons, ô Bienheureux, pour notre terre de Buddha. Mais le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni s’adressa ainsi au Bôdhisattva Pradjñâkûta : Approche un instant, ô fils de famille, pour discuter un peu sur la loi avec mon Bôdhisattva Mahâsattva Mañdjuçrî, qui est devenu Kumâra ; après cela tu pourras retourner dans ta propre terre de Buddha. Alors, en cet instant même, Mañdjuçrî devenu Kumâra, assis sur un lotus à cent feuilles, large comme la roue d’un char, entouré et suivi par un grand nombre de Bôdhisattvas, étant sorti du milieu de l’océan, du palais de Sâgara, roi des Nâgas, s’élança dans les airs, et arriva par la voie de l’atmosphère sur la montagne de Gridhrakûta, en présence de Bhagavat. Là Mañdjuçrî, devenu Kumâra, étant descendu de son lotus, après avoir salué, en les touchant de la tête, les pieds du bienheureux Çâkyamuni et ceux du Tathâgata Prabhûtaratna, se rendit à l’endroit où se trouvait le Bôdhisattva Pradjñâkûta, et étant arrivé devant lui, il adressa au Bôdhisattva de nombreuses paroles de plaisir et d’affection, et s’assit ensuite dans un endroit à part. Alors le Bôdhisattva Pradjñâkûta s’adressa ainsi à Mañdjuçrî, devenu Kumâra : Mañdjuçrî, toi qui arrives du milieu de l’océan, quel nombre de créatures as-tu discipliné ? Mañdjuçrî répondit : "Des créatures en nombre immense et incommensurable ont été disciplinées [par moi], et en nombre si immense et si incommensurable, qu’il est impossible de l’exprimer par la parole ; on ne peut le dire, ni le concevoir par la pensée. Approche un moment, fils de famille, que je te montre un prodige. Et à peine cette parole fut-elle prononcée par Mañdjuçrî Kumâra, qu’au moment même plusieurs milliers de lotus, sortis de l’océan, s’élancèrent dans les airs ; et sur ces lotus parurent assis plusieurs milliers de Bôdhisattvas, qui se dirigeant par la voie de l’atmosphère vers l’endroit où se trouvait la montagne de Gridhrakûta, restèrent suspendus dans le ciel ; c’était tous ceux que Mañdjuçrî Kumâra avait disciplinés pour l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Alors ceux de ces Bôdhisattvas qui étaient anciennement entrés dans le grand véhicule, célébrèrent les qualités du grand véhicule et les six perfections. Ceux de ces Bôdhisattvas qui avaient été anciennement des Çrâvakas, célébrèrent le véhicule des Çrâvakas. Tous connaissaient et les qualités du grand véhicule et cette vérité, que toutes les lois sont vides. Ensuite Mañdjuçrî Kumâra s’adressa ainsi au Bôdhisattva Pradjñâkûta : fils de famille, après m’être rendu dans le milieu du grand océan, j’ai employé tous les moyens pour discipliner les créatures, et maintenant tu en vois l’effet. Alors le Bôdhisattva Pradjñâkûta interrogea Mañdjuçrî Kumâra, en chantant les stances suivantes :

47. O toi qui es doué d’une grande vertu, toi qui enseignes la sagesse par similitudes, ces créatures innombrables qui ont été disciplinées aujourd’hui par toi, dis-le-moi puisque je t’interroge, par la puissance de qui les as-tu disciplinées, ô toi qui es un Dêva parmi les hommes ? 48. Quelle loi as-tu enseignée, ou bien quel Sûtra, quand tu as voulu montrer la voie qui conduit à l’état de Buddha, pour que ces êtres l’ayant entendue, aient conçu l’idée de cet état ? Certainement ils ont acquis l’omniscience, puisqu’ils ont saisi le sens profond [de tes discours].

Mañdjuçrî répondit : J’ai exposé au milieu de l’océan, le Sûtra du Lotus de la bonne loi, et non aucun autre Sûtra. Pradjñâkûta reprit : Ce Sûtra est profond, subtil, difficile à saisir ; aucun autre Sûtra ne lui ressemble. Est-il quelque créature qui soit capable de pénétrer ce Sûtra, et d’obtenir [par là] l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ? Mañdjuçrî répondit : Il y a, ô fils de famille, la fille de Sâgara, roi des Nâgas, âgée de huit ans, qui a une grande sagesse, des sens pénétrants, qui est douée d’une activité de corps, de parole et d’esprit que dirige toujours la science ; elle a obtenu la possession des formules magiques, parce qu’elle a saisi et les lettres et le sens des discours des Tathâgatas. Elle embrasse en un instant les mille méditations qui font reconnaître l’égalité de toutes les lois et de tous les êtres. Ayant conçu la pensée de l’état de Buddha, elle est incapable de retourner en arrière ; ses prières sont immenses ; elle éprouve pour toutes les créatures autant d’attachement que pour elle-même ; elle est capable de donner naissance à toutes les vertus, et elle n’en est jamais abandonnée. Le sourire sur les lèvres, et douée de la perfection d’une beauté souverainement aimable, elle n’a que des pensées de charité, et ne prononce que des paroles de compassion. Elle est capable d’arriver à l’état de Buddha parfaitement accompli. Le Bôdhisattva Pradjñâkûta reprit : J’ai vu le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni s’efforçant d’arriver à l’état de Buddha ; devenu Bôdhisattva, il fit un nombre immense de bonnes œuvres ; et pendant plusieurs milliers de Kalpas, il ne laissa jamais se relâcher sa vigueur. Dans l’univers formé d’un grand millier de trois mille mondes, il n’est pas un coin de terre, ne fût-il pas plus étendu qu’un grain de moutarde, où il n’ait déposé son corps pour le bien des créatures. C’est après cela qu’il est parvenu à l’état de Buddha. Qui donc pourrait croire que cette jeune fille ait été capable d’arriver en un instant à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ? En ce moment la fille de Sâgara, roi des Nâgas, apparut debout devant lui. Après avoir salué, en les touchant de la tête, les pieds de Bhagavat, elle se tint debout à l’écart, et prononça les stances suivantes :

49. Pur d’une profonde pureté, il brille de toutes parts dans l’espace ce corps subtil, orné des trente-deux signes de beauté, 50. Paré des marques secondaires, honoré par toutes les créatures, d’un abord facile pour les êtres, comme s’il était leur concitoyen. 51. J’ai acquis, comme je le désirais, l’état de Bôdhi ; le Tathâgata m’en est ici témoin, j’exposerai avec tous ses développements la loi qui délivre du malheur.

En ce moment le respectable Çâriputtra s’adressa ainsi à la fille de Sâgara, roi des Nâgas : Tu n’as fait que concevoir, ô ma sœur, la pensée de l’état de Buddha, et tu es incapable de retourner en arrière ; tu as une science sans bornes : mais l’état de Buddha parfaitement accompli est difficile à atteindre. Ma sœur est une femme, et sa vigueur ne se relâche pas ; elle fait de bonnes œuvres depuis des centaines, depuis des milliers de Kalpas ; elle est accomplie dans les cinq perfections ; et cependant, même aujourd’hui, elle n’obtient pas l’état de Buddha. Pourquoi cela ? C’est qu’une femme ne peut obtenir, même aujourd’hui, les cinq places. Et quelles sont ces cinq places ? La première est celle de Brahmâ ; la seconde, celle de Çakra ; la troisième, celle de Mahârâdja ; la quatrième, celle de Tchakravartin ; la cinquième, celle d’un Bôdhisattva incapable de retourner en arrière.

En ce moment la fille de Sâgara, roi des Nâgas, avait un joyau dont le prix valait l’univers tout entier, formé d’un grand millier de trois mille mondes. La fille de Sâgara, roi des Nâgas, donna ce joyau à Bhagavat, et Bhagavat, par compassion pour elle, l’accepta. Alors la fille de Sâgara, roi des Nâgas, s’adressa ainsi au Bôdhisattva Pradjñâkûta et au Sthavira Çâriputtra : Le joyau que j’ai donné à Bhagavat, Bhagavat, par compassion pour moi, l’a bien vite accepté. Le Sthavira répondit : Donné vite par toi, il a été vite accepté par Bhagavat. La fille de Sâgara, roi des Nâgas, reprit : Si j’étais, ô respectable Çâriputtra, douée de la grande puissance surnaturelle, je parviendrais plus vite encore à l’état de Buddha parfaitement accompli, et personne ne prendrait ce joyau. Aussitôt la fille de Sâgara, roi des Nâgas, à la vue de tous les mondes, à la vue du Sthavira Çâriputtra, supprimant en elle les signes qui indiquaient son sexe, se montra revêtue des organes qui appartiennent à l’homme, et transformée en un Bôdhisattva, lequel se dirigea vers le midi. Dans cette partie de l’espace se trouvait l’univers nommé Vimala ; là, assis près du tronc d’un arbre Bôdhi, fait des sept substances précieuses, ce Bôdhisattva se montra parvenu à l’état de Buddha parfaitement accompli, portant les trente-deux signes caractéristiques d’un grand homme, ayant le corps orné de toutes les marques secondaires, illuminant de l’éclat qui l’environnait les dix points de l’espace, et faisant l’enseignement de la loi. Les êtres qui se trouvaient dans l’univers Saha, virent tous ce Bienheureux qui était l’objet des respects de tous les Dêvas, des Nâgas, des Yakchas, des Gandharvas, des Asuras, des Garudas, des Kinnaras, des Mahôragas, des hommes et des êtres n’appartenant pas à l’espèce humaine, et qui était occupé à enseigner la loi. Et les êtres qui entendirent l’enseignement de la loi, fait par ce Tathâgata, devinrent tous incapables de se détourner de l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ; et cet univers Vimala, ainsi que l’univers Saha, trembla de six manières différentes. Trois mille êtres d’entre ceux qui formaient l’assemblée du Bienheureux Çâkyamuni, acquirent la patience surnaturelle de la loi, et trois mille êtres vivants eurent le bonheur de s’entendre prédire qu’ils parviendraient à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Alors le Bôdhisattva Pradjñâkûta et le Sthavira Çâriputtra gardèrent le silence.