Page:Ésope - Fables - Émile Chambry.djvu/32

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grâce aux Cnidiens, en faveur de Théopompe, τῷ συναγαγόντι τοὺς μύθους. » Il me semble que l’expression τοὺς μύθους, étant donné l’article, ne peut s’appliquer qu’à l’ensemble des fables, c’est-à-dire à la mythologie, et non à des fables ésopiques, à moins qu’elle ne s’applique à des histoires mythologiques, telles que les Métamorphoses d’Ovide ; en ce cas, c’est d’Ovide, non de Phèdre, que Théopompe serait la source.

Quoi qu’il en soit de Théopompe, Phèdre a dû connaître d’autres collections que la sienne et que celle de Démétrios de Phalère. Au temps de Phèdre en effet la fable était depuis longtemps intronisée dans les écoles de rhétorique de la Grèce. A lire ce que Nicolas de Damas, qui a vécu une soixantaine d’années avant Phèdre, a écrit dans ses Progymnasmata, sur la fable, sa nature, ses espèces, l’epimythium et le promythium, son style rapide et sans prétention, on se confirme dans l’idée qu’au Ie siècle avant J.-C. la fable était déjà une partie intégrante de l’enseignement de la rhétorique. Or cet usage de la fable suppose des manuels dans les mains des écoliers. Celui de Démétrios ne devait pas être le seul ; il avait dû susciter même une foule d’imitateurs, empressés à le compléter ou même à le remplacer ; et tous ces recueils furent sans doute exploités par Phèdre.


La fable en Grèce au Ier siècle.

Il nous faut, pour achever notre revue de la fable classique, revenir à la Grèce. La vogue de la fable y est grande au premier siècle de notre ère. Flavius Josèphe, historien de la Guerre des Juifs, ne dédaigne pas de conter l’apologue du Renard et du Hérisson et de refaire à sa manière celui des Arbres qui cherchent un roi. Dion Chrysostome traite deux fois celui de La Chouette et des Oiseaux. Mais l’auteur le plus riche en fables, parmi tous les écrivains grecs, est Plutarque. Outre des fables comme La Lune et sa Mère, La Fête et le Lendemain, La Maison du Chien, qu’on ne retrouve nulle part ailleurs, Plutarque en a une vingtaine d’autres qui, à deux exceptions près (Le Coucou et le Renard et la Cigogne) se retrouvent dans les recueils ésopiques. Il est curieux de voir aussi dans Plutarque que quelques-unes de nos fables ne sont encore chez lui que des anecdotes ; ainsi l’apologue du Vieillard et de ses Enfants est un trait historique, qu’il rapporte au roi scythe Scylurus qui prêche la concorde à ses