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MAURIN DES MAURES

Il éprouvait une plénitude douce et forte. Il suivait d’assez loin la belle Tonia, mais quand le fourré lui permettait de se bien dissimuler, il se rapprochait d’elle et voyait alors, comme s’il eût pu les toucher, les pieds blancs de la fille, lavés à chaque instant par l’eau pure des petits torrents qui traversaient tous les chemins.

Une fois, elle poussa un cri ; un caillou tranchant l’avait blessée. Maurin eut grand’peine à s’empêcher de courir à elle, mais il se retint, ayant compris qu’elle n’avait pas grand mal. « Les filles crient très fort, souvent, pour si peu de chose ! » Le pied saigna. Elle s’assit pour le laver au ruisseau et, relevant sa jupe, elle trempa jusqu’au genou ses jambes. Maurin, à travers les branches, la regardait, et tout le désir et toutes les jeunesses étaient en lui… Cependant, sans bien savoir pourquoi, il ne se montra pas. Un instinct lui disait que le moment de plaire n’était pas venu.

On approchait peu à peu de la cime, et Maurin commençait à comprendre que Tonia faisait sincèrement son pèlerinage de dévotion.

Seule ainsi dans le bois, n’étant vue de personne, pourquoi aurait-elle, si elle n’eût pas été sincère, prié si longtemps devant chaque oratoire ? Et pourquoi se serait-elle imposé la véritable peine de marcher pieds nus ?

Pour sûr, elle n’avait point de rendez-vous. Peut-être, tout au contraire, était-elle venue prier la madone de combattre en elle l’amour. Il sentit qu’il devinait juste. Mais qui aimait-elle ? Lui, Maurin ? peut-être ! En tous cas il se faisait temps de le savoir. Pourquoi donc ne se montrait-il pas ?

C’est qu’il se répétait malgré lui : « Tout à l’heure. »