Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, I.djvu/250

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pour les individus et les peuples les inspirations morales créatrices. Il faudra voir si le vieux sophisme platonicien ne se dissimule pas jusque dans cette nouvelle croyance mystique.

II. La psychologie des peuples dans le beylisme. — Ayant découvert cette double clef, l’analyse qui nous livre les mobiles secrets des hommes, la théorie des caractères qui nous révèle leur manière de chercher le bonheur, Stendhal applique cette découverte à la connaissance non seulement des hommes, mais des peuples. C’est en cela surtout qu’il sera le précepteur de Nietzsche, et après la lecture de Stendhal se multiplient chez Nietzsche ces longs développements de psychologie nationale comparée qui, par la critique du caractère allemand, anglais, français et italien, prétendra fonder le nouvel européanisme. Mais l’arrière-pensée de Stendhal, comme chez Burckhardt qui la lui emprunte, et chez Nietzsche qui en est redevable à tous deux, c’est de découvrir par quels moyens naît dans l’enveloppe des coutumes nationales et des formes politiques la personnalité supérieure.

De tous les écrivains français, Stendhal est celui qui a le mieux fait sentir que l’humanité supérieure est née dans le Midi de l’Europe. Nietzsche, qui fuyait les brumes de la pensée allemande, fut gagné par lui surtout à un idéal plus méditerranéen, plus rempli de lumière et de passion italiennes. Stendhal connaît deux civilisations : celle de l’énergie intacte, qui a été celle de l’Italie ; l’autre, viciée par l’autorité et l’uniformité des convenances tyranniques, qui fut celle de la France depuis Louis XIV. Mais n’est-ce pas déjà l’antithèse que Nietzsche établira entre les civilisations saines et les dégénérées ?

Le premier effort que nous demande Stendhal est de ne pas juger les actions des contemporains de Raphaël d’après