Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, III.djvu/158

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n’est pas lui que Nietzsche décrit. Il nous désigne du doigt déjà la grande ombre qui se dresse dans son champ de vision, imprécise et pathétique, et qui sera Zarathoustra.

2o Le désespoir du vrai. — C’est aussi un sentiment tout personnel que Nietzsche décrit comme le second péril du philosophe, et qui est de désespérer de la vérité. Schopenhauer est gonflé d’une certitude solide et orgueilleuse. Son phénoménisme l’aide à trouver le calme de l’âme, et les pires douleurs de l’homme engagé dans la mêlée tragique de l’existence, si elles lui tirent des larmes démotion apitoyée, c’est par une sorte de sympathie Imaginative seulement qui sait qu’elle a affaire à un simple spectacle d’apparences. La secousse affreuse dont doit tressaillir, selon Nietzsche, une âme initiée à l’idéalisme kantien, Schopenhauer ne l’a pas ressentie. Pour Nietzsche, comme pour Kleist, dont la naïve et douloureuse stupéfaction est ici la vérité même, c’est un désespoir que de s’ouvrir à cette révélation si neuve qui nous vient de la philosophie phénoméniste. Si nous n’apercevons du réel que ce qu’en laisse filtrer notre forme d’esprit, si les choses appelées par nous des réalités n’ont sûrement pas d’existence substantielle, mais s’évanouissent avec l’esprit où elles se construisent, il n’y a donc rien à quoi la pensée puisse attacher son espérance, rien qui soit permanent et certain de cette certitude unique appelée l’être.

Rien n’égale la déception de Nietzsche, qui au terme de sa recherche se trouve devant cet abime de néant. Le système de Nietzsche sera le dernier et le plus héroïque effort pour revenir de cette déception sentimentale. De là cette théorie de la connaissance où il s’évertue à montrer combien notre logique, au regard de laquelle le phénoménisme apparaît comme le vrai, est