Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, III.djvu/175

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adapté aux conditions de la vie, grandit et domine. Est-ce une élite d’hommes vigoureux et inventifs ? Est-ce la multitude ? C’est tantôt l’une, tantôt l’autre ; et dans les deux cas, le vainqueur est justifié. La sophistique pose la question de fait. Devant la nature, la force importe seule [1].

Cette discussion platonicienne des chances de vaincre, et de leur répartition entre les forts isolés et les faibles coalisés, ne disparaîtra plus de la sociologie de Nietzsche. Il mène cette discussion selon la méthode de Platon ; et il aboutit à des conclusions qui justifient à la fois Socrate et les sophistes. Sa dialectique analysera toutes les vertus, la sagesse, le courage, la prudence, la justice. Sous les embellissements oratoires dont elles se revêtent, il distinguera les mobiles intéressés qui les meuvent ; et ce sont les sophistes qui auront raison alors, avec les moralistes français, leurs disciples. Il distinguera qu’il y a des vertus pour les petites gens et des vertus pour les forts, qui correspondent à des systèmes de défense vitale très différents. Mais si ce qui fait la bonté et la beauté de chacun est cause aussi de son avantage et de son agrément, on peut, comme Platon le faisait, conclure de l’idéal des vertus humaines à leur essence réelle [2]. Il suffît de sélectionner des hommes ou des groupes d’hommes dont la joie et la nature soit d’enfanter naturellement de certains idéals et d’y conformer leur conduite.

Le problème fînal de Nietzsche est donc celui de Platon, Ce problème ne peut recevoir de solution que si nous pouvons fonder l’idéal dans le réel. Nous le pouvons s’il est donné au savoir éclairé de faire naître l’élite géniale et l’élite morale. Nietzsche a été transformiste, parce que

  1. Platon, Gorgias, 483, D. — V. aussi Max Salomon, Der Begriff des Naturrechts bei den Sophisten. (Zeitschrift der Savigny-Stiftung, 1911, pp. 129-167.)
  2. Platos Leben und Lehre, § 24. (Philologica, III, 289.)