Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, III.djvu/193

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parce que la science sans lui ne naîtrait pas. Il se trouve que de certains actes, pensés par nous, sont souhaités et réalisés. Une succession de phénomènes se constate, qui débute par une image mentale et s’achève par une modification de la réalité extérieure, le tout s’accompagnant de cette série de sentiments par où se traduit pour nous le vouloir. La notion complexe qui a surgi de la sorte est celle de la causalité. Nietzsche n’en cherche l’origine que dans la conscience, comme autrefois Maine de Biran. Mais cette conscience n’est pas pour lui primitive. Elle est une élaboration conceptuelle accompagnée de sentiments, et c’est une image très indirecte de la réalité intérieure qui nous est donnée par elle [1].

Deux grandes constructions intellectuelles sont alors devenues possibles : la logique et la science. Nous rapprocheront-elles de la vérité ? Elles agrandiront seulement l’immense édifice des métonymies. Par elles s’achève le vaste columbarium où, dans les urnes des mots, reposent les cendres des images d’autrefois. Elles constituent le rucher, où toutes les impressions qui forment le butin de notre expérience, reposent en cellules régulières et factices. Nous posons des définitions ? Qu’est-ce que définir, si ce n’est déverser le contenu d’une de ces cellules dans une autre ? Dire de tel objet qu’il est long, qu’est-ce encore, si ce n’est le transporter dans le récipient où sont déjîosées des images de longueur ? Or, cet objet n’est pas en lui-même ce que nous le voyons, et la longueur est une construction de l’esprit. Nous prononçons des jugements ? C’est avec le même arbitraire. Nous posons que tel phénomène comporte telles relations, telles suites, etc. ? Veut-on par là identifier l’objet avec ses relations et ses suites ? Il y a là une métonymie, commode en

  1. Theoretische Studien, §§ 139, 140. (W., X, 164, 165, 166.)