Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, III.djvu/195

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niment petit, il semble que la nature soit un édifice d’une structure impeccable, régulière et sans lacunes. Comment croire à une construction de l’esprit ? Et pourtant, répond Nietzsche, cette régularité est toute dans les nombres et dans les mesures, dans les relations mathématiques. Or, le nombre, l’espace et le temps, sont des formes de l’esprit, et ces formes ne peuvent établir que des relations entre des perceptions intérieures.

Nietzsche reprend ici, pour l’approfondir, la déduction que lui avait enseignée l’astronome philosophe qu’il a tant admiré, Zoellner [1]. Nos perceptions ne traduisent que l’impression émotive laissée à notre organisme par les sollicitations du dehors, et un travail purement imaginatif nécessité par des raisons pratiques nous permet d’établir entre elles un lien. C’est ce travail que continue la pensée scientifique alors qu’elle mesure les actions et les réactions dans le temps et dans l’espace. Le mot même d’action physique est une métaphore nouvelle empruntée à la causalité intérieure. Ce que nous observons, ce sont des successions : des mouvements se dessinent, qui ont un point de départ, et qui vont à un point d’aboutissement. N’est-ce pas ce que nous remarquons aussi sur notre corps, quand nous voulons une certaine fin ? Nous transportons par l’imagination cette volition intérieure dans le phénomène mécanique du dehors [2]. Nous nous construisons un monde tout anthropomorphique. Avons-nous raison ? Non, aux yeux d’une logique purement analytique. Mais qu’est-ce qui nous oblige à croire que le fond des choses soit conforme à une telle logique ? C’est peut-être quand nous sommes illogiques que nous avons raison. On peut faire valoir quelques raisons en faveur de notre déraison.

  1. V. La Jeunesse de Nietzsche, p. 315 sq.
  2. Theoretische Studien, §§ 139, 140. (W., X, 164, 166.)