Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, III.djvu/299

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nous aura appris ce que nous ignorions de nous. Mais instruits par le passé, nous valons mieux que lui, et en quoi ? Nietzsche faisant le bilan, en vient à une étrange conclusion où se résume tout ce qu’il a appris de Ritschl, de Burckhardt et de Rütimeyer. Nous avons éclairé le monde par l’histoire naturelle et par l’histoire humaine. Nous sommes affranchis de l’oppression religieuse. Nous regardons le monde d’un regard nettoyé. Par là, nous pouvons mieux comprendre les Grecs. Nous les reconnaîtrons pour des hommes plus que nous imbus de superstitions sombres. Nous ne croyons plus aux miracles comme eux. Nous sommes donc dénués du fanatisme qui veut imposer la croyance en des forces miraculeuses. Nos formes sociales et politiques ne sont plus celles de la cité assise sur un soubassement de mythologie. Notre jugement, plus rationnel, est aussi plus équitable. Nous savons reconnaître sans fausse pudeur que notre raison, si lentement acquise, est sortie d’une effroyable déraison. Elle pourra sans doute se transformer encore. Toute éducation, les Grecs nous l’ont fait voir, tient dans cette adaptation embellissante qui, du crime et de la sauvagerie, a su tirer l’art et la sérénité [1]. Nietzsche reconnaît ainsi que si nous dépassons les Grecs, c’est par plus de savoir, de critique socratique, de lumière. C’est donc qu’il a déjà passé à une attitude nouvelle de l’esprit. Il enseigne l’éducation, non plus par l’illusion salutaire, mais par la force efficace de la vérité.

  1. Wir Philologen, posth., §§ 258, 239, 262, 266. (W., X, 403-407.)