Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, III.djvu/322

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Le traité sur Richard Wagner à Bayreuth est une vision de mon propre avenir [1]


a écrit Nietzsche depuis ; ou encore :


En décrivant la musique dionysienne, je décrivais ce que j’avais entendu seul ; instinctivement je traduisais et je transfigurais toutes choses, selon le nouvel esprit que je portais en moi. La preuve, aussi forte qu’on puisse la fournir, c’est mon écrit sur Richard Wagner à Bayreuth [2].


Il y a sans doute du système dans cette interprétation. Nietzsche, après la rupture franche, essaie de rétablir dans sa vie intellectuelle plus d’unité qu’elle n’en a eue. Pourtant, tout n’est pas sophisme dans ces retours sur lui-même. L’espérance qui parlait par ce fulgurant essai n’était plus celle de la Naissance de la Tragédie. Elle revenait épurée, portée par une philosophie qui naissait en Nietzsche, lamarckienne, phénoméniste et affirmative de la vie. Elle permettait de concevoir cette réforme du wagnérisme, pour laquelle Nietzsche a engagé la lutte avec Wagner, et qu’il nous faut à présent définir. Elle exigeait aussi, tout d’abord, la réforme du tempérament wagnérien.

Voilà pourquoi les formules sévères de l’esquisse de 1874 reviennent transposées en éloges dans le traité de 1876 [3]. Il décrit d’abord, comme il convient à un écrit d’inspiration lamarckienne, l’évolution de Wagner. Toute sa vocation n’est que son instinct de vivre développant toutes ses ressources. On y distingue plus d’un tâtonnement, comme chez un vivant qui grandit. Mais sa structure générale, qui ne changera pas et se fortifiera seulement, apparaît dès le premier âge.

  1. Ecce Homo, chap. Die Unzeitgemässen. (W., XV, 72.)
  2. Ibid., chap. Die Geburt der Tragödie. (W., XV, 68.)
  3. Le problème a été bien vu dans Pierre Lasserre, Les Idées de Nietzsche sur la musique, 1907, pp. 190-200. Nous proposons une solution différente.