Page:Andler - Nietzsche, sa vie et sa pensée, III.djvu/371

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bruts. Un vivant est un monceau de cellules organiques juxtaposées et différenciées. De certaines structures vivantes se reproduisent héréditairement : On ne sait rien sans doute du hasard infini qui, dans les siècles écoulés, a réussi à les composer. Du moins est-il sûr qu’un tout ne préexiste jamais à ses parties.

Pas plus qu’on ne sait comment la matière passe de l’état solide ou fluide à l’état calorique ou électrique ou lumineux, ou comment elle est douée de vie, on ne sait comment elle se trouve liée, chez les vivants, à de la conscience. Mais une conscience est une unité de composition. Des sensations dispersées, des images, des souvenirs s’organisent en un ensemble unifié de perceptions, et enfin des émotions éparses, mais jointes aux mouvements habituels du corps, se fondent en un ensemble affectif que l’habitude rend stable, et forment un caractère. L’individu intérieur a une unité de composition comme le corps.

La vie sociale se passe peut-être, à son tour, sur un autre plan que la vie de la conscience. Mais une société se compose d’individus juxtaposés dans l’espace et qui ont subi un entraînement traditionnel. C’est une mécanique de travail, où une infinité d’initiatives engrenées et polies par le temps s’efforcent à produire du bien-être et de la force. Au profit de tous ou de quelques-uns ? Aucune institution ne peut vivre à la longue, si elle fait mourir des hommes. La faim, la prolificité, le besoin de sécurité et de confort décident. Il est né ainsi toute une faune de structures sociales, issues de besoins changeants. Il en est même qui satisfont à des besoins imaginaires, comme les institutions religieuses. Car il serait surprenant que l’esprit et la sensibilité de l’homme fussent d’emblée adaptés au réel.

Tout cela se modifie, comme la vie. Mais cette vie des