Page:Augustin - Œuvres complètes, éd. Raulx, tome III.djvu/382

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feu éternel qui a été préparé, au diable et à ses anges (1). »



CHAPITRE X. DE QUEL LE DÉMON RÉGNAIT-IL SUR L’HOMME ? — DE QUEL DROIT DIEU NOUS A-T-IL DÉLIVRÉS ?

29. En effet le péché a deux principes : la pensée propre et la persuasion- étrangère. C’est à cela sans doute que fait allusion le prophète quand il dit : « Purifiez-moi, Seigneur, de mes fautes secrètes et préservez votre serviteur des fautes étrangères (2). » Ces deux sortes de péchés sont volontaires ; car s’il y a nécessairement volonté dans les fautes produites par la propre pensée, on ne peut non plus consentir sans la volonté aux mauvais conseils d’autrui. Toutefois, lorsque non content de pécher par soi-même sans y être excité par personne, on porte les autres au péché par envie et par fourberie, on est plus coupable que de s’y laisser aller à la persuasion d’autrui. Aussi le Seigneur, a observé la justice en punissant le péché du démon et le péché de l’homme. Celui-ci effectivement a été pesé aussi dans la balance de l’équité souveraine et après s’être laissé prendre aux conseils pervers du démon, l’homme a été justement livré à sa puissance ; il eût été injuste que le démon ne fût pas le maître de l’homme pris par lui. D’ailleurs il est absolument impossible que cette justice sans tache du Dieu suprême et véritable qui s’étend partout, n’ait pas soin de mettre l’ordre jusques dans les ruines produites par le péché. Cependant, parce que l’homme était moins coupable que le démon, il retrouva un moyen de salut dans son asservissement jusqu’à la mort,au prince de ce monde,ou plutôt au prince de la partie mortelle et infime de ce monde, je veux dire au prince de tous les pécheurs et au chef de la mort. Car avec cette crainte de la mort, avec la peur d’avoir à souffrir, de périr même sous la dent des animaux les plus vils, les plus abjects, les plus petits, et avec l’incertitude de l’avenir, l’homme s’habitua à réprimer les joies coupables, surtout à briser cet orgueil dont les inspirations l’avaient fait tomber et dont la présomption seule repousse le remède offert par la miséricorde. A qui en effet la miséricorde est-elle plus nécessaire qu’au

1. Matth. XXV, 41.— 2. Ps. XVIII, 13, 14.

misérable, et qui en est plus indigne que lui, s’il est orgueilleux ? 30. C’est pourquoi ce même Verbe de Dieu par qui toutes choses ont été faites et en qui tous les anges jouissent du bonheur suprême, étendit sa clémence jusques sur notre misère : « Et le Verbe se fit chair et il habita parmi nous (1). » Puisque le pain des anges daignait ainsi s’égaler aux hommes, l’homme pouvait donc avant d’être égalé aux anges manger le pain des anges. Mais en descendant jusqu’à nous le Verbe divin ne les délaissait point. Tout entier avec eux et tout entier avec nous, il les nourrissait intérieurement de sa divinité et nous instruisait extérieurement par son humanité, afin de nous disposer par la foi à pouvoir vivre comme eux de la claire vue. En effet, ce Verbe éternel est l’incomparable aliment de toute créature raisonnable ; or, l’âme humaine est raisonnable : mais enchaînée dans les liens de la mort en punition du péché, elle était réduite à faire de grands efforts pour s’élever en présence des choses visibles à (intelligence des choses invisibles. C’est- pourquoi l’aliment divin de l’âme raisonnable s’est rendu visible, non en changeant sa propre nature, mais en se revêtant de la nôtre ; il voulait qu’attachés aux choses visibles, nous revinssions à notre invisible aliment ; et l’âme qui par orgueil l’avait abandonné à l’intérieur, le vit humble dans le monde : elle devait ; en prenant pour modèle l’humilité qu’elle voyait, se rapprocher de la grandeur qu’elle ne voyait pas. 31. Ce Verbe de Dieu, ce Fils unique de Dieu, après s’être revêtu de notre humanité, soumit même à l’homme ce diable que toujours il a tenu comme il le tiendra. toujours sous sa loi, et sans lui arracher rien parla violence, il a triomphé de lui par la justice. En séduisant la femme et en abattant l’homme par le moyen de la femme, le démon prétendait soumettre à l’empire de la mort toute la postérité d’Adam comme ayant péché avec lui : animé de l’inique désir de nuire, il se fondait néanmoins sur un droit de parfaite équité. Mais la justice voulait qu’il ne jouît de son pouvoir que jusqu’au moment où il mettrait à mort le Juste lui-même, le Juste en qui il ne pouvait rien montrer qui fût digne de mort ; car non-seulement il a été condamné sans être coupable, mais encore il est né sans le concours