Page:Buies - La Province de Québec, 1900.djvu/94

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


précieux privilège d’être l’héritier intellectuel de la grande nation qui a maintenu dans le monde le culte de l’art, du beau idéal, de la noblesse de l’esprit, des sentiments les plus généreux et les plus élevés de la nature humaine.




Les ancêtres des Canadiens n’étaient pas des hordes de miséreux poussés par le désespoir, et cherchant, par delà les mers, un asile quelconque où fuir une ingrate et souvent cruelle patrie, avec l’idée de ne jamais la revoir ; ils ne sont pas venus, par centaines de mille, déverser, sur des rivages hospitaliers, le contingent monstrueux de toutes les misères sociales, mais ils sont venus un à un, petit à petit, par faibles groupes, comme choisis par une main avare et difficile, continuer dans une seconde patrie, les foyers de la première. Lentement, péniblement, ils ont passé par tous les degrés de la formation, subi les longues et patientes épreuves d’une éducation mâle et semée de périls ; ils se sont formés avec le temps, cet auxiliaire indispensable de toute constitution virile ; ils ont grandi par leur seule force native et par une sélection, en quelque sorte contrôlée de haut, qu’aucun obstacle, aucune entrave n’a détournée de son action persistante, et aujourd’hui, ils sont un peuple, ils forment une nationalité organique, ayant des traditions déjà séculaires et un passé commun ; seul groupe de population qui, on peut le dire, a reçu en Amérique le multiple baptême des nationalités distinctes et durables, qui a été façonné par les lois et les principes qui les constituent, et qui seul se présente aujourd’hui