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SOUVENIRS

« Jé voudrais mainténant, Monsieur, vous voir salüer la Connétable dé Rome… Ah ! mon Prince, qué vous mé faites, qué vous mé faites dé la peine ! Est-ce donc là le prix dé tant d’espérïence, dé soins, dé labûr et dé zèle ?… Céla n’est pas céla, Mousieur le Prince, c’est trop bas pour vous, c’est trop bas ! Vous prénez, Diû mé pardonne ! une Excellence pour une Altesse Royale, et vous lui faites des révérences soumises comme une gentilhomme du Poitou ! Qué votre air ouvert dise agréablement : « Princesse, j’ai le cœûr épanoui, vraiment, dé cé qué mon voyage à Rome mé rend loisiblé d’y salüer uné dame illustrissime, la flûr des belles, et qui fait honnûr à sa patrie en protégeant les beaux arts… Rétournez-vous donc presto-visto du côté du Prince dé Palestrine, le fils aîné dé la Connétable, qui sé trouve poliment dans la gallerie dé sa mère, Mousieur, parce qu’il a su votre vénue au palais Colonna… Hélas ! hélas ! sango de mi ! Qué vois-jé ? En croirais-jé mes sens éperdus ?… Comment, comment !… Pauvre jeune homme !… Vous le saluez de cette triste mine anglaise qui est toute au plus bonne à faire l’aumône à des galériens ! Lé voilà bien récompensé dé sa prévénance urbaine ! Et qu’en arrivé-t-il, mon Prince ? il vous régardé froid, il va vous éplucher, vous critiquer, vous prendre en haine… Il est votre ennemi ; rien n’y féra ; c’est sans rémède !

« Qué cetté léçon, Mousieur, vous préservé pour une autré fois, et quand vous allez voir arriver Don Gaétano Colonna, son frère, qué votre air aimable lui disé d’abord avant dé parler : « Jé suis charmé véritablement dé faire votré connaissance ; jé désire votre amitié, jé vous offre la mienne (l’air fier et capable), elle vaut son prix !… »

« Sans trop prévénir, prévénez toujours, Monsieur le Prince, vous vous en trouvérez fort bien ; croyez-moi ;