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HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE GRECQUE

Grecs de cette région, par suite de leurs relations avec la Lydie, avec la Phrygie, avec la Phénicie, et, par elles, avec l’intérieur de l’Asie, semblent avoir été animés d’un esprit d’innovation et de progrès dont la poésie tira profit.

3. Homère[1]. — La naissance de l’épopée était rattachée par une tradition constante à la personne d’un grand poète, dont l’antiquité fit une sorte de dieu. Ce poète est Homère.

Il n’eut jamais d’histoire. On ne savait au juste ni le lieu de sa naissance, ni celui de sa mort, ni même le temps où il avait vécu. Plusieurs villes d’Ionie se disputaient l’honneur de lui avoir donné le jour ; d’autres voulaient, au moins, l’avoir reçu dans leurs murs ; mais tout cela s’appuyait uniquement sur des prétentions locales et des combinaisons arbitraires. On se le représentait comme un chanteur aveugle, qui avait vécu pauvre, errant de ville en ville, tantôt accueilli avec faveur, tantôt repoussé, payant ses hôtes avec des poèmes. Les diverses notices biographiques qui nous sont parvenues sur lui datent toutes de la période de l’Empire ; elle nous ont conservé, à peu de chose près, ce qui se racontait depuis longtemps dans les écoles grecques, simples légendes auxquelles aucun homme de sens n’attribuait une véritable valeur historique. Ou croyait à l’existence d’Homère, parce qu’elle était attestée par des œuvres immortelles, mais on ne savait sur lui rien de certain ni de précis.

La critique moderne, en face de traditions aussi vagues,

  1. Notices biographiques :

    Les notices anciennes sont réunies dans Westermann, Vilarum scriptores, I-VIII. Brunswick, 1841. On les trouve, en outre, dans quelques éditions d’Homère. Voir aussi Harpocration, Lexique, art. Ὁμηρίδαι.

    À consulter :

    Nitzsch, Meletematum de historia Homeri, fasc. II, pars altera, Kiel, 1834 ; Sengebusch, Dissertationes Homericæ, I et II, jointes à l’Iliade et à l’Odyssée de la Bibl. Teubner ; P. Cauer, Grundfragen der Homerkritik, 2e édit., Leipzig, 1909.