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L’ornithorynque, répond Clot-Bey, est un quadrupède de la Nouvelle-Hollande, qui ressemble au castor, qui a la queue couverte d’écailles et la bouche terminée en bec d’oiseau.

— Ah ! ah ! je comprends, répond le professeur de zoologie, on l’a jeté dans le Nil.

— Dans le Nil ! Cela n’est pas possible ! On a jeté mon ornithorynque par la fenêtre !

— Mais oui, monsieur. Tous les ans nous jetons une quantité d’animaux dans le Nil, au fur et à mesure qu’ils se détériorent.

— Mon pauvre ornithorynque, continue Clot-Bey ; ma pauvre collection !… Voilà le fruit de tant de fatigues !

Cette exclamation, qui me serra le cœur, fit rire aux éclats les professeurs qui nous accompagnaient. Ils ne concevaient pas qu’on attachât tant d’importance à quelques carcasses de bêtes empaillées.

Nous assistons à une leçon de physiologie animale. Le professeur (un Européen dont le nom m’échappe) lit un texte français ; un interprète le traduit en arabe. Les élèves écrivent sous la dictée de l’interprète, après quoi, celui-ci remet sa traduction en français, afin que le professeur puisse juger si elle est exacte et y faire des changements s’il y a lieu. Cette opération finie, les élèves repassent la leur avec un répétiteur.

Nous redescendons dans la cour. Clot-Bey nous annonce qu’il va nous montrer le réfectoire. Les élèves de l’école, nous dit-il, ne mangent pas sur le pouce et les jambes croisées comme dans les écoles arabes ; ils mangent à l’européenne dans leur vaste salle garnie de tables, dans laquelle ils se rendent au son de la cloche. Ouvrez la porte du réfectoire, ajoute-t-il en s’adressant à un gardien.

L’employé répond qu’il ne sait pas où est la clef.

— Comment ! vous avez perdu la clef du réfectoire ?

— Mais oui, monsieur, il n’y entre jamais personne.