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AGITÉ, ÉE. part. Agitatus.

AGILOSINGUE. s. m. & f. Anciens Guelphes. Nom de la famille regnante autrefois chez les Bavarois. Agilosingus, a. De même que les Lombards avoient parmi eux la famille appelée des Guningues, d’où ils tiroient leurs Commandans, les Bavarois dans le même temps avoient les Agilosingues ou Guelphes. M. de S. Aubin. Dans les Loix que Thierri, fils de Clovis donna aux Bavarois, il y a un éloge de la famille des Agilosingues, ou anciens Guelphes. Id. p. 207. not.

AGIO. s. m. Terme de Banque. Dans les villes de commerce où il y a des banques établies, le mot d’Agio exprime le change, ou la différence qui se rencontre entre l’argent ou monnoie de banque, & l’argent courant, en monnoie courante & de caille. Ce terme a été tiré de l’Italien : il signifie Aider, comme qui diroit, servant à faciliter le négoce de la banque & du change. L’Agio de banque est variable dans presque toutes les places. A Amsterdam il est ordinairement d’environ trois ou quatre pour cent ; à Rome de près de vingt-cinq sur quinze cens ; à Venise de vingt pour cent fixe.

Agio, se dit aussi pour exprimer le profit qui revient d’une avance que l’on a faite pour quelqu’un ; desorte qu’en ce sens les mots d’Agio & d’Avance sont synonymes ; & l’on s’en sert parmi les Marchands & Négocians, pour faire entendre que ce n’est point un intérêt, mais un profit pour avance dans le commerce. Ce profit se compte ordinairement sur le pied de demi pour cent par mois ; c’est à-dire, à raison de six pour cent par an. On lui donne quelquefois le nom de Change, quoique ce terme n’y ait pas beaucoup de rapport.

Agio, se dit encore, mais improprement, pour signifier le change d’une somme négociée, soit avec perte, soit avec profit. Dict. de Commerce.

Agio. Quelques-uns appellent Agio d’assurance, ce que d’autres nomment Prime ou Coût d’assurance. Voyez Prime d’Assurance.

AGIOGRAPHE. s. m. Qui a écrit touchant les Saints. Auteur Agiographe, Auteur qui a écrit sur les Saints, ou la vie des Saints. On doit écrire Hagiographe, parce que ce mot vient de ἅγιος, Saint, & de γράφειν, écrire.

Agiographes. adj. m. pl. Terme théologique. Nom que nous donnons à une partie des livres de l’Ecriture, que les Juifs appellent Chetuvim, & par lequel nous exprimons ce mot Hébreu. Agiographa. Les Juifs divisent les livres sacrés en trois classes. La Loi, qui comprend les cinq livres de Moyse. Ceux des Prophètes, qu’ils nomment Neviim : & les Agiographes, qu’ils nomment Chetuvim, c’est-à-dire, écrits. Ces livres Agiographes sont les Pseaumes, les Proverbes, Job, Daniel, Esdras, les Chroniques, que nous appelons Paralipoménes, le Cantique des Cantiques, Ruth, les Lamentations de Jérémie, l’Ecclésiaste, & Esther. Les Juifs appellent ces livres écrits par excellence, parce qu’ils ont été écrits par l’inspiration du S. Esprit, dit Kimhhi dans sa Préface sur les Pseaumes, Maïemonides, More Neb. P. II. C. 45. & Elias Levita dans son Thisbi ש à la diction כתב. Ils les distinguent pourtant des Prophètes, parce que leurs Auteurs n’ont point appris du S. Esprit ce qu’ils contiennent par la voie qu’ils nomment Prophétie, & qui consiste en songes, visions, paroles entendues, extases, ou ravissemens, mais par une simple inspiration & direction de cet Esprit Saint. Voyez le Thesaurus Philologic. de Hottinger, L. II. C. 1. Sect III. la Critique de Pfeifter, C. I. n. 7. Simon, &c.

Ce mot vient d’ἅγιος, saint, & de γραφω, j’écris. Les Agiographes sont des écrits saints, ou sacrés. Ce nom est fort ancien. S. Jérôme s’en est souvent servi. Avant lui S. Epiphane appeloit ces livres simplement Γραφεια, qui répond plus précisément à l’Hébreu כתובים, & il n’y ajoute rien. Cependant l’ἅγιος n’a point été mal ajouté, & est renfermé dans l’idée du mot hébreu, comme il paroît par ce que nous avons dit.

AGIOLOGIQUE. adj. Ce terme est nouveau, mais il manquoit à la langue françoise ; & comme il est formé suivant l’analogie de cette Langue, il a été reçu aussi-tôt qu’il a paru. Il signifie, discours qui concerne les Saints, & les choses saintes. Agiologicus. M. l’Abbé Chastelain a intitulé : Vocabulaire agiologique, son Recueil de noms de Saints, contenant principalement ceux que l’usage a éloignés de leur origine, & ceux qui s’expriment diversement selon la diversité des lieux. C’est un savant catalogue, imprimé au-devant du Dictionnaire étymologique de M. Ménage, à qui l’auteur l’avoit adressé.

Ce mot est formé de deux mots Grecs ἅγιος, saint, & λόγος , discours.

AGIOS. s. m. Terme populaire, sous lequel on comprend tous les menus affiquets & parures affectées des femmes du commun. On dit à Paris en se moquant des colifichets d’une femme : ce sont agios de mariée de village. Ce nom est purement Grec, & signifie Saint. On l’a pris des Orientaux, qui sont fort superstitieux pour les cérémonies & pour les ornemens, parce qu’ils ont toujours ce mot d’agios en la bouche. Pour la même raison il signifie quelquefois admiration, exclamation, parce que les Grecs le disent par admiration & en exclamation, dans l’étonnement & la surprise, comme nous disons, bon Dieu ! grand Dieu ! Quand je lui ai appris cette nouvelle, il a fait cent agios. Mais il n’est que du style familier.

AGIOSIDÉRE. s. m. Il y en a qui disent Agiosidire. Chez les Grecs, qui sont sous la domination des Turcs, l’usage des cloches étant défendu, on se sert d’un fer avec lequel on fait du bruit pour assembler les fidèles à l’Eglise, & ce fer s’appelle Agiosidére ; quelques auteurs l’appellent Sementére. Magius donne la description d’un agiosidére qu’il a vû : il dit que c’est une lame de fer large de quatre doigts, & longue de seize, attachée par le milieu à une corde qui la tient suspendue ; on frappe sur la lame avec un marteau de fer pour faire du bruit. Lorsqu’on porte le Saint Sacrement aux malades, celui qui marche devant le Prêtre porte un agiosidére, sur lequel il frappe trois fois de temps en temps, comme on sonne ici une clochette en pareille occasion. On porte l’agiosidére devant les Prêtres qui portent le S. Sacrement aux malades, pour avertir les passans de l’adorer.

Les Agiosidéres qui servent à assembler les fidèles, sont attachés à une chaîne à la porte de l’Eglise. En frappant dessus de certaine manière avec un marteau de fer, ils rendent un son qui a quelque harmonie.

Ce mot est Grec, il veut dire, fer saint, ou sacré, étant composé d’ἅγιος, saint, & de σίδηρος, fer.

AGIOSIMANDRE. s. m. Instrument de fer dont les Chrétiens Grecs se servent au lieu de cloche, pour indiquer les assemblées. Les Turcs leur défendent l’usage des cloches, de peur qu’elles ne servent de signal, en cas de révolte. Agiosimandrum ; de ἅγιος saint, & σημαίνω, j’indique. Voyez Agiosidére.

AGIOTAGE. s. m. Ce terme ne se prend guère qu’en mauvaise part, & signifie ordinairement un commerce illicite & usuraire, qu’on prend pour convertir en argent comptant un billet, une promesse, une obligation, &c. Pecuniarum aut schedularum pecuniariarum negotiatio, permutatio. Faire l’agiotage, s’enrichir à l’agiotage.

AGIOTER, v. a. C’est faire valoir son argent à gros intérêt, faire un trafic usuraire des billets, promesses, & autres papiers que les malheurs d’un Etat ont décrédités. ☞ Agioter des billets de banque, ou des actions de la Compagnie des Indes, c’est les acheter pour les vendre & les revendre, les trafiquer.

Agioter, est aussi v. n. & signifie faire l’agiotage, faire trafic d’argent, de billets de banque. Pecunias aut schedulas pecuniarias negotiari, mercari. Ce Marchand a quitté son commerce pour agioter. Il a agioté pendant plusieurs années. Comment cet homme de rien est-il devenu si riche en si peu de temps ? C’est qu’il a agioté. J’agioterois volontiers, si l’agiotage n’étoit pas une usure d’une espèce très-condamnable.

AGIOTEUR, EUSE. s. m. & f. Celui, celle qui fait l’agiotage. Ce mot est très-nouveau ; & sans qu’on sache d’où il est venu, il a d’abord fait fortune, & s’est