Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/227

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.

decins. Vous voilà ajusté comme il faut. Votre habit est bien ajusté ; le voilà tout couvert de boue. Expression familière.

Ajuster, avec le pronom personnel, signifie aussi, se mettre en posture, se préparer à faire quelque action d’adresse, comme pour tirer le mousquet, porter une botte, courre la bague. Componere se, Accingere se. S’ajuster sur les étriers. S’ajuster pour tirer au blanc, pour courre la bague, pour frapper la boule au mail.

Ajuster, se dit figurément en choses morales. Il y a long-temps que ces parens plaidoient ensemble ; enfin un ami les a ajustés, les a accommodés. Reducere, Revocare ad concordiam. On dit en ce sens populairement, Ajustez vos flûtes, à des musiciens dont les instrumens ne sont pas d’accord, ou à des gens qui ont ensemble quelque contestation, ou à une personne qui se prépare à faire quelque chose, ou qui l’avoit commencée sans être tout-à-fait préparé, & qui s’arrête faute de quelque disposition. On le dit au propre dans le premier cas, & par métaphore tirée de la musique dans les deux autres.

Il signifie encore, convenir de quelque condition. Pacisci, transigere. Ces deux Marchands se sont enfin ajustés pour entreprendre une telle manufacture, ils sont convenus de leurs conditions. On dit encore ajuster ; pour dire, concilier, faire convenir. Conciliare, componere. On ne sauroit ajuster ensemble Dieu & le monde. Arn. Comment ajustez-vous ensemble la dévotion & la coquetterie ? Comment ajustez-vous, comment conciliez-vous ces deux passages contraires ? Ces conjoints sont d’une humeur douce, ils s’ajustent bien ensemble.

On dit en ce même sens, cela s’ajuste mal au dessein que vous avez. Ablanc. Il faut que votre volonté s’ajuste à la sienne. Ce qui s’exprime par le verbe latin congruere. On dit aussi, s’ajuster au temps ; pour dire, s’accommoder au temps. Servire tempori. Il faut s’ajuster au temps. Mol.

On dit ajuster une pièce au théâtre, pour dire, la rendre propre au théâtre. On le dit aussi figurément, pour dire, raconter une chose, en la tournant à sa fantaisie, pour servir au dessein qu’on a. Il ajuste au théâtre tout ce qu’il dit, il tourne tout ce qu’il dit à sa fantaisie, suivant ses vues. Expression familière.

AJUSTE, ÉE. part. Il a la signification de son verbe.

On dit proverbialement & ironiquement qu’un homme a été bien ajusté, mal ajusté, qu’il a été ajusté comme il faut, ajusté de toutes pièces ; pour dire, qu’il a été fort maltraité ; soit en sa personne, soit en ses biens. Malè habitus, exceptus.

AJUSTEUR. s. m. Ouvrier pour les monnoies. C’est celui qui ajuste les flans, & les met au juste poids que doivent avoir les espèces, en limant ceux qui sont trop pesans, & rejetant ceux qui sont trop légers. Æquator, Exactor ad legitimum pondus. Les flans sont mis entre les mains du prévôt des ouvriers Ajusteurs, pour les faire ajuster. Boizard. Les fonctions de ces Ajusteurs ont été décrites au mot Ajuster. Les flans ajustés sont remis par le prévôt entre les mains du maître ; ensemble ceux qui ont été rebutés comme foibles, & les limailles, le tout poids pour poids comme il s’en étoit chargé ; ce qui s’appelle rendre la brève. Le maître paye dans la suite à ce prévôt deux sous pour marc d’or, & un sou pour marc d’argent, pour être distribué à ceux qui ont ajusté la brève. Boizard. Ce sont les droits des Ajusteurs.

AJUSTOIR. s. m. Petite balance où l’on pese, & où l’on ajuste les monnoies avant que de les marquer. Libra.

Ajustoir. Terme de Fontainier. C’est un petit tuyau, une espèce d’entonnoir renversé, que l’on met, que l’on adapte au bout d’un tuyau de fontaine, pour en diriger le jet comme l’on veut. Os ascititium, Bucca ascititia. Si une même quantité de quelque liqueur que ce soit, poussée par la même force dans un même tuyau, se présente successivement à des issues ou ajustoirs de différens diamètres, elle passera beaucoup plus vîte par l’ajustoir de moindre diamètre, que par celui du plus grand. Cela se voit très-sensiblement par les différens ajustoirs des fontaines jaillissantes. Dodart, Acad. des Sc. 1700. Mém. p. 219. La glotte est un ajustoir qui se diversifie lui-même à l’infini par la facilité qu’il a d’augmenter son diamètre & de le diminuer en tout degré. Id. p. 272. Si l’ajustoir est disposé desorte que l’eau s’éloigne de la perpendiculaire, alors elle ne s’éleve pas aussi haut que le réservoir d’où elle part.

AJUTAGE. s. m. Petit tuyau de cuivre monté à vis sur une souche de même métal, que l’on soude au tuyau de plomb d’une fontaine, pour en former le jet gros ou menu, selon l’ouverture qu’on lui donne. Ajutage est le même qu’Ajustoir.

AJUTANTE. s. f. C’est dans la Congrégation des Dimesses à Venise la seconde supérieure de la maison, & l’aide de la supérieure ; car Ajutante venant du latin adjutans ou adjuvans, veut dire, qui aide. Adjutans, Adjutrix. Outre la supérieure, ces filles élisent tous les ans deux Ajutantes ou majeures pour chaque maison, qui doivent avoir demeuré au moins trois ans dans la Congrégation, & qu’on appelle aussi Consultrices. P. Hélyot, T. VIII. p. 11.

AJUTOIRE. s. m. signifie la même chose qu’Ajutage, mais il est moins usité.

AIX.

AIX. Nom de plusieurs villes, formé du nom latin Aquæ, eaux.

Aix. Aquæ Gratianæ. Petite ville en Savoie, près du lac du Bourget. Cette ville est ancienne, & a titre de marquisat. Elle a des eaux minérales, où il va tous les ans bien du monde. Les bains d’Aix sont l’ouvrage des Romains. L’Empereur Gratien les fit réparer. De-là vient son nom latin.

Aix. Aquæ Sextiæ, Aquensis civitas. Ville archiépiscopale de France, capitale de Provence. Sa longitude est 26 degrés, 45’. Sa latitude 43 degrés, 31’, selon Hoffman ; mais selon MM. de l’Académie des Sciences, sa longitude est 23°, 15’, & sa latitude 43°, 3’. Cette ville, selon M. De la Hire, a de différence de son méridien à celui de Paris 0h, 12’, 48", orient, ou 3°, 12’, 0", ou 23°, 3’, 33" de longitude, & 43°, 31’, 20" de latitude. On dit que C. Sextius Calvinus, Consul Romain, en est le fondateur ; c’est-a-dire, qu’il y envoya une Colonie, après avoir vaincu les Saliens, qui habitoient ce pays, l’an 630 ou 631 de Rome, dans la 164 olympiade, 142 ans environ avant Jesus-Christ ; & que c’est du nom de ce Consul qu’elle a pris le sien. Nous avons une médaille de Vespasien, dont l’inscription Colonia Aquæ Sext. Leg. XXV. nous apprend que ce fut de la 25 légion que fut tirée la colonie qui fut envoyée à Aix. Il y avoit à Aix des bains chauds, qui l’ont fait appeler par Ausone, Baiæ Sextiæ, par allusion à Bayes proche de Naples. Solin dit, que de son temps, ces eaux avoient beaucoup perdu de leur force. Aix fut convertie à la foi par S. Maximin, qui en fut le premier Evêque. Depuis elle fut érigée en Archevêché, & dans les anciennes notices des Gaules elle est métropole de la seconde Narbonnoise. Louis XII y a mis un Parlement ; & Alexandre V y fonda une Université en 1409, que Henri IV rétablit en 1603.

Aix-la-Chapelle. Aquis-granum, ou Aquæ grani, selon Bollandas, T. I. p. 309. Ville Impériale dans le duché de Juliers, entre la Meuse & le Rhin, au 27e degré, 37 min. de longitude, & au 50e deg. 45 min. de latitude septentrionale. Les Allemands l’appellent Ach, & les Flamands Aken. Cette ville est fort ancienne, célébre par ses Thermes, dont elle a tiré son nom, Aquæ. On dit que Granus, frere de Néron, y découvrit ces eaux, s’y établit, & y bâtit une tour qui retient encore aujourd’hui son nom, aussi-bien que la ville même, Aquis-granum. C’est une fable, & ce Granus, frere de Néron, est un personnage de Roman. Je connais des Granius ; mais je ne crois pas que dans toute l’Histoire Romaine il y ait un Granus. Pour Néron, Suétone semble dire nettement que C. Domitius son pere, en mourant, ne laissa que lui d’enfans : Decessitque Pyrgis, morbo aquæ intercutis, sublato filio Nerone ex