Page:Dictionnaire de Trévoux, 1771, I.djvu/394

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ANNIHILATION. s. f. Réduction d’un corps à rien, son retour dans le néant. On se sert souvent de ce terme en Philosophie. La création est impossible aux seules forces naturelles ; c’est-a-dire, que la nature ne peut rien tirer du néant ; mais l’annihilation des corps qui sont créés, ne lui est pas moins impossible. L’annihilation d’une chose n’est qu’une cessation d’action de la part de Dieu pour la conserver. Du Hamel. Les Carthésiens prétendent que l’espace & le corps sont la même chose ; ce principe supposé, toutes les difficultés qu’on fait sur l’annihilation de l’air d’une chambre, s’évanouissent entièrement. Le Clerc.

ANNIHILER. v. a. Anéantir, détruire une chose comme si elle n’avoit jamais existé. Les Philosophes se servent de ce terme, principalement dans les questions du vide. L’espace & le corps étant la même chose, selon l’hypothèse des Carthésiens, on ne peut annihiler ces corps qui sont entre le ciel et la terre, sans annihiler l’espace : & cet espace ne peut être annihilé, sans que le ciel & la terre se touchent. Le Clerc. Voyez Anéantir qui est plus usité.

ANNILLE. s. f. Terme de Blason. ☞ Voyez Anille.

ANNION. Terme de Droit. On appelle Bénéfice d’Annion, un répit ou délai accordé pour un an, à un débiteur, pour la vente de ses meubles, dans le cas où il étoit à craindre qu’ils ne fussent vendus à vil prix. C’est un ancien terme de notre droit françois, qui a cessé d’être en usage. Voyez Ragueau, Pirrhus, Imbert, Cujas, &c.

ANNIVERSAIRE. adj. de t. g. ☞ Qui désigne ce qui se fait tous les ans, le même jour. Anniversarius. Cérémonie, procession anniversaire, La Dédicace d’une église est une fête anniversaire. Ce mot vient de annus, & de verto, ce qui se fait tous les ans, l’an révolu. Il est aussi subst. masc. & désigne alors un service que l’on fait chaque année à un mort à perpétuité. Anniversarium. On fait encore à Saint-Germain-des-Prés, l’anniversaire de Childebert. L’anniversaire & les prières que l’on fait pour une personne en odeur de sainteté, ne dérogent point au culte religieux que le peuple lui rend, confirmé par des miracles, & toléré par les supérieurs ecclésiastiques. Voyez sur cela Acta Sanctorum des Jésuites d’Anvers le 11 de Mai, sur saint Walbert, N. XI. & le 5 de Juin pag. 563, & pag. 810. N. IV. & les Acta Sanct. Bened. Sæc. III. Part. I. Præf. pag. LXXVIII. On fait tous les ans à Rome un anniversaire pour l’ame de Henri le Grand, dans l’église de saint Jean de Latran, où les Ambassadeurs de France & les Cardinaux de la faction ne manquent jamais d’assister. Cardinal de Retz.

Il paroît par Tertullien, dans son livre De corona Militis, & par Cassien, Coll. i, ch. 19, que dès les premiers siècles de l’Eglise on faisoit des prières anniversaires pour les morts.

ANNOBLIR, ANNOBLISSEMENT. Voyez Anoblir.

ANNOBON. Île de la mer de Guinée, en Afrique. Anoboni insula. Elle est au sud-ouest de l’île de Saint Thomas. ☞ Ce nom qui signifie bonne année, lui fut donné par les Portugais qui la découvrirent les premiers.

☞ ANNOISE. s. f. Plante que le peuple appelle Herbe de la S. Jean. Elle pousse plusieurs tiges hautes de quatre à cinq pieds, & garnies de feuilles qui approchent de celles de l’absynthe. On l’emploie dans les maladies hystériques. Acad. Fr.

☞ ANNOMINATION. s. f. Figure de Rhétorique. Allusion, jeu de mots qui roule sur les noms. Elle est presque toujours froide & puérile. Annominatio, lusus in verbis.

ANNON. Voyez Hannon.

ANNONA. s. m. Arbre de la nouvelle Espagne. Ses feuilles ressemblent à celles de l’oranger. Ses fleurs sont blanches & d’une odeur douce. Il porte un fruit de la grosseur d’une orange ordinaire.

ANNONAIRE. adj. f. C’est le nom qu’on donne à des provinces & à des villes d’Italie, qui étoient obligées de fournir une certaine quantité de vivres par an à la ville de Rome. Savoir quelles étoient ces villes & ces provinces, si elles dépendoient du Préfet de Rome, si elles étoient distinguées des suburbicaires, & à quelle distance elles étoient de la ville de Rome, c’est de quoi ne conviennent pas nos savans Critiques. On peut voir ce qu’en ont écrit Godefroy, Saumaise, & le P. Sirmond dans les contestations qu’ils ont eues au sujet des villes & provinces suburbicaires & annonaires. Urbes annonariæ.

ANNONAY. Ville du Vivarais, en France. Annonæum, Annoniatum. Elle est sur la rivière de Deume, au-dessus de son confluent avec le Rhône.

ANNONCE, s. f. se dit chez les Religionaires ou Protestans de ce que les Catholiques appellent ban de mariage, publication de mariage à faire. Proclamatio, publicatio, nuntiatio. Après les fiançailles, les futurs époux vont se présenter au Magistrat, ou à ceux qui sont établis pour examiner les mariages, par l’assemblée ecclésiastique : car il leur est libre de choisir entre ces deux Tribunaux. Quand on ne trouve rien qui puisse empêcher la célébration du mariage, on permet les annonces. C’est au temple quelles se font par trois Dimanches consécutifs, si l’ordre vient du ministre : ou par trois jours de marché en place publique, en vertu de l’ordre du Magistrat. C’est dans le lieu du domicile des parties, ou plutôt dans le lieu ou elles ont demeuré pendant la dernière année, que se doivent faire les publications, où les mœurs, l’état, la condition des contractans peuvent être connus. Jour. des Sav.

Annonce, est aussi ce qui se dit d’un Saint au martyrologe la veille de sa fête, ou du jour de sa mort. Chast. Ce sont les paroles avec lesquelles on annonce que ce sera le lendemain sa fête. On le dit encore des autres choses qui se lisent ou s’annoncent dans le martyrologe : table des lettres du martyrologe pour l’annonce du jour de la lune. Chast. Annonce des mobiles, c’est-à-dire, des fêtes mobiles. Id.

Annonce se dit aussi du compliment que fait un des Comédiens pour avertir le public qu’un tel jour on jouera telle pièce. Declaratio, monitio. C’est un tel Comédien qui a fait l’annonce.

Annonce, dans la feuille périodique qui paroît sous le titre de Petites-Affiches, signifie la même chose qu’avis. Voyez Affiches de Paris.

☞ ANNONCER. v. a. Nunciare. Ce verbe signifie littéralement, faire savoir une nouvelle. On est venu lui annoncer la mort de son père. Il y a des gens qui se plaisent à annoncer des choses désagréables. Annoncer la paix, la guerre, le gain d’un procès.

☞ On le dit dans un sens à peu près le même, pour avertir d’une chose. On annonce au Prône les fêtes de la semaine, les jours de jeûne. Les Comédiens annoncent la pièce qui doit être donnée au premier spectacle. Indicere, indicare, designare.

☞ Quelquefois il est employé comme synonyme de publier, manifester. Prædicare. Seigneur, les cieux annonceront vos louanges. Port-R. Dans le style oratoire on peut bien dire, que le monde entier est un temple où la gloire de Dieu est annoncée sans cesse avec la plus grande magnificence. Cœli enarrant gloriam dei, & opera manuum ejus annunciat firmamentum.

☞ Dans un style moins relevé il est employé pour faire connoître par quelque marque extérieure. Une grande naissance, ou une grande fortune, annonce le mérite, & le fait plutôt remarquer. La Bruy.


En mille écrits fameux la sagesse tracée
Fut, à l’aide des vers, aux mortels annoncée.

Boil.

Un dévot orguilleux n’admet de sainteté,
Qu’en ceux dont les vertus avec art compassées,
Par la démarche & l’air sont d’abord annoncées.

Id.


Annoncer se dit aussi des prophéties & des révélations.

☞ Dans cette acception il est synonyme de prédire,