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midi à Algwana, au septentrion à Aboera, à l’orient au grand Acara.

ABORAAS. Voyez Abaraas, Abaraus.

ABORD. s. m. Entrée, accès, approche. Aditus. On le dit proprement des ports, des endroit où les vaisseaux peuvent mouiller. Les abords de cette place sont dangereux. Toutes les côtes d’Angleterre & de Hollande sont de difficile abord. Le commerce fleurit d’ordinaire dans les ports qui sont de facile abord. Ce mot est composé de à & de bord, signifiant Rivage.

On le dit par extension de l’affluence des personnes qui arrivent, ou des marchandises qu’on apporte dans un même lieu. Appulsus. Il y a un grand abord de monde, de marchandises dans cette ville. L’abord des Marchands étrangers se fait en la maison des Consuls établis dans les échelles du Levant.

En termes de guerre, on le dit d’une attaque soit par mer, soit par terre. L’abord des François est à craindre ; on ne peut soutenir leur premier abord. L’abord fut rude quand on eut accroché le vaisseau. Impetus, assultus. On le dit aussi des approches d’une ville assiégée.

Abord, Synonyme d’arrivée. A notre abord dans l’Île nous fûmes attaqués.

Abord, se dit figurément en parlant des personnes dont on approche. On aborde les personnes à qui l’on veut parler. Les Princes, dit l’Abbé Girard, donnent accès : ils se laissent aborder & permettent qu’on les approche. L’abord est rude ou gracieux : l’accès est facile ou difficile : L’approche est utile ou dangereuse. Le Prince a l’abord doux, gracieux. Sa bonté inspire de la confiance à ceux auxquels l’impression de sa grandeur peut faire appréhender son abord. Il sied bien aux Magistrats & à toute personne placée en dignité d’avoir l’abord grave, pourvû qu’il n’y ait point de fierté mêlée.

On dit dans ce sens, qu’un homme a paru froid, grave, sérieux du premier abord, & dans le style familier, de prime abord.

d’Abord, Tout d’abord, De prime abord, à la première vue, sont des phrases adverbiales. Primo aspectu, primâ fronte. Du commencement. Principio, initio. Aux tables de Perse on sert d’abord le fruit & les confitures. Tout d’abord a une signification plus forte. Quoique je n’eusse point vu cet homme il y a long-temps, je le reconnus tout d’abord. Cette nouvelle me surprit d’abord.

ABORDABLE. a. m. & f. Accessible, Ad quem facilis est aditus. Cette côte n’est pas abordable à cause des écueils. Cet homme est si glorieux, qu’il est abordable à peu de personnes.

☞ ABORDAGE. s. m. Terme de marine, signifie l’approche & le choc de vaisseaux ennemis qui se joignent & s’accrochent par des grapins & par des amares pour s’enlever l’un l’autre. Assaut de deux vaisseaux qui s’accrochent l’un à l’autre par des grapins. Appulsus, insultus.

Aller à l’abordage, sauter à l’abordage, se dit de l’action ou de la manœuvre d’un vaisseau qui en joint un autre pour l’enlever, aussi-bien que de celle des équipages qui sautent de leur bord à celui de l’ennemi. Faire l’abordage en belle ou de bout au corps, c’est-à-dire, l’éperon dans le flanc. L’abordage de franc étable, est celui qui se fait par le devant & en droiture, pour s’enferrer par les éperons.

Abordage, se dit encore du heurt de deux ou plusieurs vaisseaux que la force du vent fait dériver les uns sur les autres. Dans les tempêtes, il n’y a rien de plus à craindre que l’abordage. Les vaisseaux portent des feux la nuit pour éviter les abordages. Ac. Fr.

ABORDÉE, d’abordée, pour abord, d’abord, qu’on trouve dans Cotgrave ; de première abordée, pour de premier abord, sont des mots surannés. Un grand vieil homme fort maigre & pâle me demanda d’abordée, si c’estoit pas moi qui avois imprimé le Catholicon… p. 220. On adjousta de première abordée quatorze (Ligueurs) au conseil des Quarante… p. 376.

ABORDER. v. n. Arriver en quelque lieu, spécialement par mer, aller à bord, prendre terre. J’aborde, J’abordai, Je suis abordé. Appellere navem, classem appellere. Dans ce sens on le joint avec les prépositions à, au, aux. Aborder au rivage, à la côte. Il n’est pas sûr d’aborder à cette côte, parce que la mer se retirant, les vaisseaux y demeurent à sec. Il ne put aborder, à cause que la rive étoit escarpée. Ablan. Nous avons abordé, nous sommes abordés.

On l’emploie aussi à-peu-près dans la même signification qu’approcher, accedere. Ad. Nous ne pûmes aborder de la place, parce que toutes les avenues étoient gardées. Il fut impossible d’aborder du Palais, à cause de la foule du peuple.

M. D’Ablancourt s’en est servi, pour dire, arriver en foule. Les présens abordent chez moi de toutes parts.

Aborder. v. a. En parlant des vaisseaux qui se combattent, faire les manœuvres nécessaires pour l’abordage. Voyez ce mot. Aborder un vaisseau, c’est en approcher, le joindre. Dans un combat les vaisseaux tâchent toujours d’empêcher qu’on ne les aborde.

Aborder, se dit dans le même sens, des hommes qui se battent, & signifie, non l’action d’attaquer l’ennemi, comme le prétendent les Auteurs du Nouveau Vocabulaire, mais l’action de l’approcher hardiment, pour l’attaquer. Ce bataillon aborda l’ennemi avec une contenance ferme.

Aborder, se dit aussi figurément, à-peu-près dans le même sens ; pour dire, accoster quelqu’un à qui l’on veut parler, s’en approcher. Ce terme, accoster, n’est que du discours familier ; mais il est ici bien à sa place. Adire aliquem. Il y a des gens qu’il est difficile d’aborder. Les Grands doivent soulager le respect & la timidité de ceux qui n’osent les aborder. Lorsqu’on veut être connu des gens, on cherche les moyens d’avoir accès auprès d’eux : quand on a quelque chose à leur dire, on tâche de les aborder, & lorsqu’on a dessein de s’insinuer dans leurs bonnes grâces, on essaie de les approcher. Voyez Accès,Approcher, Abord.

Aborder la remise. Terme de Fauconnerie, qui se dit lorsque la perdrix, poussée par l’oiseau, a gagné quelque buisson : alors on aborde la remise sous le vent, afin que les chiens sentent mieux la perdrix cachée dans le buisson.

ABORDÉ, ÉE. part. vaisseaux abordés.

ABORENER. v. a. Ce mot se trouve dans le Roman de la Rose, pour dire, Abhorrer : il vient d’abhorrere. Borel.

ABORIGINES, ou ABORIGÈNES. s. m. pl. Il y a quatre principales opinions sur l’origine de ce peuple, qui feront connoître en même temps celle du nom. 1°. Aurelius Victor les appelle Aborigènes, comme si l’on disoit Abeorigenes, vagabonds, de ab & erro. J’erre çà & là : & il prétend que ce sont des Scythes, qui vinrent demeurer dans cette partie de l’Italie : Festus est aussi de ce sentiment. S. Jérôme dit qu’ils ont été appelés Aborigenes, parce qu’ils n’avoient point d’origine, de ab & origo, origine ; c’est-à-dire, parce qu’ils étoient originaires du pays, & non point d’une Colonie venue de nouveau, ou, comme dit Denis d’Halicarnasse qui rapporte ce sentiment, mais sans l’embrasser, διὰ τὸ γενέσεως τοῖς μετ´ αὐτοὺς ἄρξαι, parce qu’ils furent les chefs de la postérité qui habita ce pays. Virgile semble être de ce sentiment. Æneid. Lib. VIII. v. 177.

 Saturnusque Senex Janique Bifrontis Imago,
Vestibulo adstabant, aliique ab origine Reges.

Car Servius remarque, que ab origine Reges, est mis pour Ab originum Reges. & Pline, Liv. IV dit qu’on appelle les Tyriens Aborigines Gadium, les Aborigines de Cadix, parce qu’ils en étoient les fondateurs. 3°. Denis d’Halicarnasse croit qu’ils sont appelés Aborigines ; Ἀϐοριγῖνες de ce qu’ils habitoient les montagnes, comme qui diroit Ἀπὸ ὄρεσι à Montibus. Virgile semble favoriser ce sentiment. Æneid. Lib. VIII. v. 321.

 Is genus indocile ac dispersum, Montibus altis
Composuit, legesque dedit.

D’autres,