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vulsifs, il ne faut pas se presser d’employer les narcotiques : par exemple, dans le commencement du cholera morbus, le laudanum seroit très-préjudiciable ; il pourroit causer des symptômes fâcheux, en faisant cesser trop tôt l’évacuation de la matiere morbifique ; en la retenant dans les premieres voies, où elle peut produire des météorismes, des irritations inflammatoires, en tant que, comme l’on dit, le loup se trouve alors renfermé dans la bergerie : ainsi dans ce cas, il ne faut d’abord que laisser agir la nature, dont les efforts ne tendent qu’à épuiser l’ennemi ; il ne faut que l’aider par les délayans & les adoucissans, qui peuvent faciliter l’évacuation & corriger la qualité irritante des matieres. Les narcotiques ne doivent être employés que pour faire cesser les impressions douloureuses qui restent après l’évacuation, ou lorsqu’il ne se fait plus que des efforts inutiles.

On doit en user de même à l’égard des superpurgations : les narcotiques ne doivent être placés que lorsqu’on a adouci, corrigé l’acrimonie irritante des drogues trop actives qui ont été employées : on a vû quelquefois des effets très-funestes des inflammations gangreneuses, & la mort s’ensuivre de l’administration trop prompte des narcotiques, dans ce cas, qui exige le même traitement que l’effet des poisons irritans dans les premieres voies dont il faut les délivrer par l’évacuation, & non pas par les remedes palliatifs.

Il faut être aussi très-circonspect dans l’usage des narcotiques, lorsqu’il s’agit de quelque évacuation naturelle trop considérable, comme d’un flux menstruel excessif. Voyez Hémorrhagie. Il est aussi très-important à l’égard des femmes qui peuvent être actuellement dans l’état critique ordinaire, de ne pas se presser d’employer les narcotiques pour les cas qui les indiquent, sans avoir pris des informations sur cela, parce que ces remedes pouvant aisément causer une suppression, leur effet seroit plus nuisible qu’il ne pourroit être utile d’ailleurs : ainsi on doit s’en abstenir dans cette circonstance, à moins qu’il n’y ait des douleurs très-puissantes, ou tout autre symptôme très-dangereux à calmer, alors urgentiori succurrendum.

En général on doit s’abstenir de l’usage des narcotiques dans les commencemens de toutes les maladies dont le caractere n’est pas encore bien connu, pour ne pas le masquer davantage, & pour éviter d’embarrasser, de gêner la nature dans ses opérations, en ne faisant que pallier ce qu’elle tend à corriger.

Enfin les précautions que l’on doit prendre dans l’usage des narcotiques doivent être déterminées par les cas où ils sont indiqués, comparés avec ceux où ils sont contr’indiqués ; il faut aussi avoir égard au tempérament, à l’habitude, interroger les malades sur l’effet qu’ils ont éprouvé de ces remedes, s’ils en ont déja usé ; sur l’espece de narcotique dont ils ont usé ; sur la dose à laquelle ils en ont usé.

Les narcotiques que l’on emploie le plus communément dans la pratique de la Médecine, sont les pavots & leurs différentes préparations. Voyez pavot, opium, laudanum. Extrait des leçons sur la matiere médicale, de M. de la Mure, professeur en Médecine à Montpellier.

La Pharmacologie rationnelle n’apprend rien jusqu’à présent de bien satisfaisant sur la maniere dont les narcotiques operent leurs effets. On fait mention dans les écoles d’un grand nombre d’opinions à cet égard, tant anciennes que modernes, dont l’exposition doit se trouver aux articles Opium, Sommeil. Il suffira de dire ici que ce qui paroît de plus vraissemblable à cet égard, c’est qu’il n’y a que les connoissances que l’on a acquises de nos jours sur la propriété inhérente aux fibres du corps animal, qui pro-


duit ce qu’on entend par l’irritabilité & la sensibilité, qui puissent fixer l’idée que l’on peut se faire de l’action des narcotiques. Voyez Irritabilité, Sensibilité, Sommeil, Opium.

NARD, s. m. (Botan.) genre de plante graminée dont voici les caracteres distinctifs selon Linnœus. Il n’y a point de calice ; la fleur est composée de deux valvules qui finissent en épi. Les étamines sont trois filets capillaires. Les antheres & le germe du pistil sont oblongs. Les stiles sont au nombre de deux, chevelus, réfléchis, cotonneux. La fleur est ferme, même attachée à la graine. La semence est unique, longue, étroite, pointue aux deux extrémités.

Le nard est une plante célebre chez les anciens, qu’il importe de bien décrire pour en avoir une idée claire & complette.

On a donné le nom de nard à différentes plantes. Dioscoride fait mention de deux sortes de nards, l’un indien, l’autre syriaque, auxquels il ajoute le celtique & le nard de montagne, ou nard sauvage ; enfin il distingue deux especes de nard sauvage, savoir l’asarum & le phu.

Le nard indien, ou spic nard des Droguistes, s’appelle chez les Botanistes, nardus indica, spica, spica nardi, & spica indica, ινδικη ναρδος, Dioscor.

C’est une racine chevelue, ou plûtôt un assemblage de petits cheveux entortillés, attachés à la tête de la racine, qui ne sont rien autre chose que les filamens nerveux des feuilles fausses, desséchées, ramassées en un petit paquet, de la grosseur & de la longueur du doigt, de couleur de rouille de fer, ou d’un brun roussâtre ; d’un goût amer, âcre, aromatique ; d’une odeur agréable, & qui approche de celle du souchet.

Cette partie filamenteuse de la plante dont on fait usage, n’est ni un épi ni une racine ; mais c’est la partie inférieure des tiges, qui est d’abord garnie de plusieurs petites feuilles, lesquelles en se fanant & se desséchant tous les ans, se changent en des filets ; de sorte qu’il ne reste que leurs fibres nerveuses qui subsistent.

Le nard a cependant mérité le nom d’épi, à cause de sa figure ; il est attaché à une racine de la grosseur du doigt, laquelle est fibreuse, d’un roux foncé, solide & cassante. Parmi ces filamens, on trouve quelquefois des feuilles encore entieres, blanchâtres, & de petites tiges creuses, canelées ; on voit aussi quelquefois sur la même racine, plusieurs petits paquets de fibres chevelues.

Le nard indien vient aux Indes orientales, & croît en quantité dans la grande Java, cette île que les anciens ont connue, & ce qui est remarquable, qui portoit déja ce nom du tems de Ptolomée. Les habitans font beaucoup d’usage du nard indien dans leurs cuisines, pour assaisonner les poissons & les viandes.

Dioscoride distingue trois especes de nard indien, savoir le vrai indien, celui de Syrie, celui du Gange. On n’en trouve présentement que deux especes dans les boutiques, qui ne different que par la couleur & la longueur des cheveux.

Il le faut choisir récent, avec une longue chevelure, un peu d’odeur du souchet, & un goût amer.

La plante s’appelle gramen cyperoides, aromaticum, indicum, Breyn. 2°. Prodr. On n’en a pas encore la description. Ray avance comme une chose vraissemblable, que la racine pousse des tiges chargées à leurs sommets d’épis ou de pannicules, ainsi que le gramen ou les plantes qui y ont du rapport. Si l’on en juge par le goût & l’odeur, les vertus du nard indien dépendent d’un sel volatil huileux, mêlé avec beaucoup de sel fixe & de terre.

Il passe pour être céphalique, stomachique & néphrétique, pour fortifier l’estomac, aider la diges-