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vers. Ainsi l’idole nature devoit être selon eux un principe actuel qui étoit en concurrence avec Dieu, la cause seconde & immédiate de tous les changemens qui arrivent à la matiere. Ce qui paroît rentrer dans le sentiment de ceux qui admettoient l’anima mundi, regardant la nature comme un substitut de la divinité, une cause collatérale, une espece d’être moyen entre Dieu & les créatures.

Aristote définit la nature, principium & causa motus & ejus in quo est primo per se & non per accidens ; définition si obscure, que malgré toutes les gloses de ses commentateurs, aucun d’eux n’a pu parvenir à la rendre intelligible.

Ce principe, que les Péripatéticiens appelloient nature, agissoit, selon eux, nécessairement, & étoit par conséquent destitué de connoissance ou de liberté. Voyez Fatalité.

Les Stoïciens concevoient aussi la nature comme un certain esprit ou vertu répandue dans l’univers, qui donnoit à chaque chose son mouvement ; de sorte que tout étoit forcé par l’ordre invariable d’une nature aveugle & par une nécessité inévitable.

Quand on parle de l’action de la nature, on n’entend plus autre chose que l’action des corps les uns sur les autres, conforme aux lois du mouvement établies par le Créateur.

C’est en cela que consiste tout le sens de ce mot, qui n’est qu’une façon abrégée d’exprimer l’action des corps, & qu’on exprimeroit peut-être mieux par le mot de méchanisme des corps.

Il y en a, selon l’observation de M. Boyle, qui n’entendent par le mot de nature que la loi que chaque chose a reçue du Créateur, & suivant laquelle elle agit dans toutes les occasions ; mais ce sens attaché au mot nature, est impropre & figuré.

Le même auteur propose une définition du mot de nature plus juste & plus exacte, selon lui, que toutes les autres, & en vertu de laquelle on peut entendre facilement tous les axiomes & expressions qui ont rapport à ce mot. Pour cela il distingue entre nature particuliere & nature générale.

Il définit la nature générale l’assemblage des corps qui constituent l’état présent du monde, considéré comme un principe par la vertu duquel ils agissent & reçoivent l’action selon les lois du mouvement établies par l’auteur de toutes choses.

La nature particuliere d’un être subordonné ou individuel, n’est que la nature générale appliquée à quelque portion distincte de l’univers : c’est un assemblage des propriétés méchaniques (comme grandeur, figure, ordre, situation & mouvement local) convenables & suffisantes pour constituer l’espece & la dénomination d’une chose ou d’un corps particulier, le concours de tous les êtres étant consideré comme le principe du mouvement, du repos, &c.

Nature, lois de la, sont des axiomes ou regles générales de mouvement & de repos qu’observent les corps naturels dans l’action qu’ils exercent les uns sur les autres, & dans tous les changemens qui arrivent à leur état naturel.

Quoique les lois de la nature soient proprement les mêmes que celles du mouvement, on y a cependant mis quelques différences. En effet, on trouve des auteurs qui donnent le nom de lois du mouvement aux lois particulieres du mouvement, & qui appellent lois de la nature les lois plus générales & plus étendues, qui sont comme les axiomes d’où les autres sont déduites.

De ces dernieres lois M. Newton en établit trois.

1°. Chaque corps persevere de lui-même dans son état de repos ou de mouvement rectiligne uniforme, à moins qu’il ne soit forcé de le changer par l’action de quelque cause étrangere.

Ainsi les projectiles persévetent dans leur mouve-


ment jusqu’à ce qu’il soit éteint par la résistance de l’air & par la gravité ; de même une toupie dont les parties sont continuellement détournées de leur mouvement rectiligne par leur adhérence mutuelle, ne cesse de tourner autour d’elle-même qu’à cause de la résistance de l’air & du frottement du plan sur lequel elle se meut. De même encore les masses énormes des planetes & des cometes qui se meuvent dans un milieu non résistant, conservent long-tems leur mouvement sans altération. Voyez Force d’inertie, Résistance & Milieu.

2°. Le changement qui arrive dans le mouvement est toujours proportionnel à la force qui le produit, & se fait dans la direction suivant laquelle cette force agit.

Si une certaine force produit un certain mouvement, une force double produira un mouvement double ; une force triple un mouvement triple, soit que ce mouvement soit imprimé tout à-la-fois, ou successivement & par degrés ; & comme la direction de ce mouvement doit toujours être celle de la force motrice, il s’ensuit que si avant l’action de cette force le corps avoit un mouvement, il faut y ajouter le nouveau mouvement s’il le fait du même côté, ou l’en retrancher s’il le fait vers le côté opposé, ou l’y ajouter obliquement s’il lui est oblique, & chercher le mouvement composé de ces deux mouvemens, eu égard à la direction de chacun. Voyez Composition du mouvement.

3°. La réaction est toujours contraire & égale à l’action, c’est-à-dire que les actions de deux corps l’un sur l’autre sont mutuellement égales & de directions contraires.

Tout corps qui en presse ou en tire un autre, en est réciproquement pressé ou tiré. Si je presse une pierre avec mon doigt, mon doigt est également pressé par la pierre. Si un cheval tire un poids par le moyen d’une corde, le cheval est aussi tiré vers le poids ; car la corde étant également tendue partout, & faisant un effort égal des deux côtés pour se relâcher, tire également le cheval vers la pierre, & la pierre vers le cheval, & empêchera l’un d’avancer, autant qu’elle fait avancer l’autre.

De même si un corps qui en choque un autre en change le mouvement, il doit recevoir par le moyen de l’autre corps un changement égal dans son mouvement, à cause de l’égalité de pression.

Dans toutes ces actions des corps les changemens sont égaux de part & d’autre, non pas dans la vitesse, mais dans le mouvement, tant que les corps sont supposés libres de tout empêchement. A l’égard des changemens dans la vîtesse, ils doivent être en raison inverse des masses, lorsque les changemens dans les mouvemens sont égaux. Voyez Action & Réaction.

Cette même loi a aussi lieu dans les attractions. Voyez Attraction. Chambers. (O)

Nature de baleine, voyez Blanc de baleine.

Nature, (Mythol.) chez les Poëtes la nature est tantôt mere, tantôt fille, & tantôt compagne de Jupiter. La nature étoit désignée par les symboles de la Diane d’Ephete.

Nature, la, (Poésie.) La nature en Poésie est, 1°. tout ce qui est actuellement existant dans l’univers, 2°. c’est tout ce qui a existé avant nous, & que nous pouvons connoître par l’histoire des tems, des lieux & des hommes ; 3°. c’est tout ce qui peut exister, mais qui peut-être n’a jamais existé ni n’existera jamais. Nous comprenons dans l’Histoire la fable & toutes les inventions poétiques, auxquelles on accorde une existence de supposition qui vaut pour les Arts autant que la réalité historique. Ainsi il y a trois mondes où le génie poétique peut aller choisir &