L’Encyclopédie/1re édition/ACTION

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ACTION, s. f. (Morale.) Les actions morales ne sont autre chose que les actions volontaires de l’homme, considérées par rapport à l’imputation de leurs effets dans la vie commune. Par action volontaire, nous entendons celles qui dépendent tellement de la volonté humaine, comme d’une cause libre, que, sans sa détermination, produite par quelqu’un de ses actes immédiats, & précédée de la connoissance de l’entendement, elles ne se feroient point, & dont par conséquent l’existence, ou la non-existence, est au pouvoir de chacun.

Toute action volontaire renferme deux choses : l’une que l’on peut regarder comme la matiere de l’action ; & l’autre comme la forme. La premiere, c’est le mouvement même de la faculté naturelle, ou l’usage actuel de cette faculté considéré précisément en lui-même. L’autre, c’est la dépendance où est ce mouvement d’un décret de la volonté, en vertu dequoi on conçoit l’action comme ordonnée par une cause libre & capable de se déterminer elle-même. L’usage actuel de la faculté considéré précisément en lui-même, s’appelle plûtôt une action de la volonté, qu’une action volontaire ; car ce dernier titre est affecté seulement au mouvement des facultés envisagé comme dépendant d’une libre détermination de la volonté : mais on considere encore les actions volontaires ou absolument, & en elles-mêmes, comme des mouvemens physiques produits pourtant par un décret de la volonté, ou en tant que leurs effets peuvent être imputés à l’homme. Lorsque les actions volontaires renferment dans leur idée cette vûe réfléchie, on les appelle des actions humaines ; & comme on passe pour bien ou mal morigené, selon que ces sortes d’actions sont bien ou mal exécutées, c’est-à-dire, selon qu’elles conviennent ou ne conviennent pas avec la loi qui est leur reglé ; & que les dispositions même de l’ame, qui résultent de plusieurs actes réitérés, s’appellent mœurs ; les actions humaines, à cause de cela, portent aussi le titre d’actions morales.

Les actions morales, considérées au dernier égard, renferment dans leur essence deux idées : l’une qui en est comme la matiere, & l’autre comme la forme.

La matiere comprend diverses choses. 1°. Le mouvement physique de quelqu’une des facultés naturelles : par exemple, de la faculté motrice de l’appétit sensitif, des sens extérieurs & intérieurs. &c. On peut aussi mettre en ce même rang les actes mêmes de la volonté considérés purement & simplement dans leur être naturel, en tant que ce sont des effets produits par une faculté physique comme telle. 2°. Le défaut de quelque mouvement physique qu’on étoit capable de produire ou en lui-même ou dans sa cause ; car on ne se rend pas moins punissable par les péchés d’omission, que par ceux de commission. 3°. Ce ne sont pas seulement nos propres mouvemens, nos propres habitudes & l’absence des uns & des autres en notre propre personne, qui peuvent constituer la matiere de nos actions morales ; mais encore les mouvemens, les habitudes & leur absence qui se trouvent immédiatement en autrui, pourvû que tout cela puisse & doive être dirigé par notre propre volonté : ainsi à Lacedemone on répondoit des fautes d’un jeune homme qu’on avoit pris en amitié. (Voyez Imputation.) 4°. Il n’est pas jusqu’aux actions des bêtes brutes, ou aux opérations des végétaux & des choses inanimées en général, qui ne puissent fournir la matiere de quelque action morale, lorsque ces sortes d’êtres sont susceptibles d’une direction de notre volonté : d’où vient que, selon la loi même de Dieu, le propriétaire d’un bœuf qui frappe des cornes (Voyez Exod. XXI. 29.) est tenu du dommage que fait cette bête, s’il en connoissoit auparavant le défaut : ainsi on peut s’en prendre à un vigneron lorsque, par sa négligence, la vigne qu’il cultive n’a été fertile qu’en sarmens. 5°. Enfin les actions d’autrui, dont on est le sujet passif, peuvent être le sujet d’une action morale, en tant que, par sa propre faute, on a donné lieu de les commettre : ainsi une femme qui a été violée passe pour coupable, en partie, lorsqu’elle s’est exposée imprudemment à aller dans les lieux où elle pouvoit prévoir qu’elle couroit risque d’être forcée.

La forme des actions morales consiste dans l’imputabilité, si j’ose désigner ainsi cette qualité, par laquelle les effets d’une action volontaire peuvent être imputés à l’agent, c’est-à-dire, être censés lui appartenir proprement comme à leur auteur ; & c’est cette forme des actions qui fait appeller l’agent cause morale. Voyez Imputation & Moralité des actions.

Action est un terme dont on se sert en Méchanique pour désigner quelquefois l’effort que fait un corps ou une puissance contre un autre corps ou une autre puissance, quelquefois l’effet même qui résulte de cet effort.

C’est pour nous conformer au langage commun des Méchaniciens & des Physiciens, que nous donnons cette double définition. Car si on nous demande ce qu’on doit entendre par action, en n’attachant à ce terme que des idées claires, nous répondrons que c’est le mouvement qu’un corps produit réellement, ou qu’il tend à produire dans un autre, c’est-à-dire qu’il y produiroit si rien ne l’empêchoit. Voyez Mouvement.

En effet, toute puissance n’est autre chose qu’un corps qui est actuellement en mouvement, ou qui tend à se mouvoir, c’est-à-dire qui se mouvroit si rien ne l’en empêchoit. Voyez Puissance. Or dans un corps, ou actuellement mû, ou qui tend à se mouvoir, nous ne voyons clairement que le mouvement qu’il a, ou qu’il auroit s’il n’y avoit point d’obstacle : donc l’action d’un corps ne se manifeste à nous que par ce mouvement : donc nous ne devons pas attacher une autre idée au mot d’action que celle d’un mouvement actuel, ou de simple tendance ; & c’est embrouiller cette idée que d’y joindre celle de je ne sai quel être métaphysique, qu’on imagine resider dans le corps, & dont personne ne sauroit avoir de notion claire & distincte. C’est à ce même mal-entendu qu’on doit la fameuse question des forces vives qui, selon les apparences, n’auroit jamais été un objet de dispute, si on avoit bien voulu observer que la seule notion précise & distincte qu’on puisse donner du mot de force se réduit à son effet, c’est-à-dire au mouvement qu’elle produit ou tend à produire. Voyez Force.

Quantité d’action, est le nom que donne M. de Maupertuis, dans les Mémoires de l’Académie des Sciences de Paris 1744, & dans ceux de l’Académie de Berlin 1746, au produit de la masse d’un corps par l’espace qu’il parcourt & par sa vitesse. M. de Maupertuis a découvert cette loi générale, que dans les changemens qui se font dans l’état d’un corps, la quantité d’action nécessaire pour produire ce changement, est la moindre qu’il est possible. Il a appliqué heureusement ce principe à la recherche des lois de la réfraction, des lois du choc, des lois de l’équilibre, &c. & s’est même élevé à des conséquences plus sublimes sur l’existence d’un premier être. Les deux ouvrages de M. de Maupertuis que nous venons de citer, méritent toute l’attention des Philosophes ; & nous les exhortons à cette lecture : ils y verront que l’Auteur a sû allier la métaphysique des causes finales (Voyez Causes finales) avec les vérités fondamentales de la méchanique ; faire dépendre d’une même loi le choc des corps élastiques & celui des corps durs, qui jusqu’ici avoient eu des lois séparées ; & réduire à un même principe les lois du mouvement & celles de l’équilibre.

Le premier Mémoire où M. de Maupertuis a donné l’idée de son principe, est du 15 Avril 1744 ; & à la fin de la même année, M. le Professeur Euler publia son excellent Livre : Methodus inveniendi lineas curvas maximi vel minimi proprietate gaudentes. Dans le supplément qui y avoit été ajoûté, illustre Géometre démontre que dans les trajectoires que des corps décrivent par des forces centrales, la vitesse multipliée par l’élément de la courbe, fait toûjours un minimum. Ce théoreme est une belle application du principe de M. de Maupertuis au mouvement des planetes.

Par le Mémoire du 15 Avril 1744 que nous venons de citer, on voit que les réflexions de M. de Maupertuis sur les lois de la réfraction, l’ont conduit au théoreme dont il s’agit. On sait le principe que M. de Fermat, & après lui M. Leibnitz, ont employé pour expliquer les lois de la réfraction. Ces grands Géometres ont prétendu qu’un corpuscule de lumiere qui va d’un point à un autre en traversant deux milieux différens, dans chacun desquels il a une vitesse différente, doit y aller dans le tems le plus court qu’il est possible : & d’après ce principe, ils ont démontré géométriquement que ce corpuscule ne doit pas aller d’un point à l’autre en ligne droite, mais qu’étant arrivé sur la surface qui sépare les deux milieux, il doit changer de direction, de maniere que le sinus de son incidence soit au sinus de sa réfraction, comme sa vitesse dans le premier milieu est à sa vitesse dans le second ; d’où ils ont déduit la loi si connue du rapport constant des sinus. Voyez Sinus, Réfraction, &c.

Cette explication, quoique fort ingénieuse, est sujette à une grande difficulté ; c’est qu’il faudroit que le corpuscule s’approchât de la perpendiculaire dans les milieux où sa vitesse est moindre, & qui par conséquent lui résistent davantage : ce qui paroît contraire à toutes les explications méchaniques qu’on a données jusqu’à présent de la réfraction des corps, & en particulier de la réfraction de la lumiere.

L’explication entre autres qu’a imaginée M. Newton, la plus satisfaisante de toutes celles qui ont été données jusqu’ici, rend parfaitement raison du rapport constant des sinus, en attribuant la réfraction des rayons à la force attractive des milieux ; d’où il s’ensuit que les milieux plus denses, dont l’attraction est plus forte, doivent approcher le rayon de la perpendiculaire : ce qui est en effet confirmé par l’expérience. Or l’attraction du milieu ne sauroit approcher le rayon de la perpendiculaire sans augmenter sa vitesse, comme on peut le démontrer aisément : ainsi, suivant M. Newton, la réfraction doit se faire en s’approchant de la perpendiculaire lorsque la vitesse augmente ; ce qui est contraire à la loi de MM. Fermat & Leibnitz.

M. de Maupertuis a cherché à concilier l’explication de M. Newton avec les principes métaphysiques. Au lieu de supposer avec MM. de Fermat & Leibnitz qu’un corpuscule de lumiere va d’un point à un autre dans le plus court tems possible, il suppose qu’un corpuscule de lumiere va d’un point à un autre, de maniere que la quantité d’action soit la moindre qu’il est possible. Cette quantité d’action, dit-il, est la vraie dépense que la nature ménage. Par ce principe philosophique, il trouve que non-seulement les sinus sont en raison constante, mais qu’ils sont en raison inverse des vitesses, (ce qui s’accorde avec l’explication de M. Newton) & non pas en raison directe, comme le prétendoient MM. de Fermat & Léibnitz.

Il est singulier que tant de Philosophes qui ont écrit sur la réfraction, n’ayent pas imaginé une maniere si simple de concilier la métaphysique avec la méchanique ; il ne falloit pour cela que faire un assez léger changement au calcul fondé sur le principe de M. de Fermat. En effet, suivant ce principe, le tems, c’est-à-dire l’espace divisé par la vitesse, doit être un minimum : de sorte que l’on appelle E l’espace parcouru dans le premier milieu avec la vitesse V, & e l’espace parcouru dans le second milieu avec la vitesse v, on aura à un minimum, c’est-à-dire . Or il est facile de voir que les sinus d’incidence & de réfraction sont entr’eux comme d E à -de ; d’où il s’ensuit que ces sinus sont en raison directe des vitesses V, v, & c’est ce que prétend M, de Fermat. Mais pour que ces sinus fussent en raison inverse des vitesses, il n’y auroit qu’à supposer VdE+vde=0 ; ce qui donne E x V + e x v = à un minimum : & c’est le principe de M. de Maupertuis. Voyez Minimum.

On peut voir dans les Mémoires de l’Académie de Berlin que nous avons déja cités, toutes les autres applications qu’il a faites de ce même principe, qu’on doit regarder comme un des plus généraux de la méchanique.

Quelque parti qu’on prenne sur la Métaphysique qui lui sert de base, ainsi que sur la notion que M. de Maupertuis a donnée de la quantité d’action, il n’en sera pas moins vrai que le produit de l’espace par la vitesse est un minimum dans les lois les plus générales de la nature. Cette vérité géométrique dûe à M. de Maupertuis, subsistera toûjours ; & on pourra, si l’on veut, ne prendre le mot de quantité d’action que pour une maniere abrégée d’exprimer le produit de l’espace par la vitesse. (O)

Action (Belles Lettres.) en matiere d’éloquence, se dit de tout l’extérieur de l’Orateur, de sa contenance, de sa voix, de son geste, qu’il doit assortir au sujet qu’il traite.

L’action, dit Ciceron, est pour ainsi dire l’éloquence du corps : elle a deux parties, la voix & le geste. L’une frappe l’oreille, l’autre les yeux ; deux sens, dit Quintilien, par lesquels nous faisons passer nos sentimens & nos passions dans l’ame des auditeurs. Chaque passion a un ton de voix, un air, un geste qui lui sont propres ; il en est de même des pensées, le même ton ne convient pas à toutes les expressions qui servent à les rendre.

Les Anciens entendoient sa même chose par prononciation, à laquelle Démosthene donnoit le premier, le second & le troisieme rang dans l’éloquence, c’est-à-dire, pour réduire sa pensée à sa juste valeur, qu’un discours médiocre soûtenu de toutes les forces & de toutes les graces de l’action, fera plus d’effet que le plus éloquent discours qui sera dépourvû de ce charme puissant.

La premiere chose qu’il faut observer, c’est d’avoir la tête droite, comme Ciceron le recommande. La tête trop élevée donne un air d’arrogance ; si elle est baissée ou négligemment panchée, c’est une marque de timidité ou d’indolence. La prudence la mettra dans sa véritable situation. Le visage est ce qui domine le plus dans l’action. Il n’y a, dit Quintilien, point de mouvemens ni de passions qu’il n’exprime : il menace, il caresse, il supplie, il est triste, il est gai, il est humble, il marque la fierté, il fait entendre une infinité de choses. Notre ame se manifeste aussi par les yeux. La joie leur donne de l’éclat ; la tristesse les couvre d’une espece de nuage : ils sont vifs, étincelans dans l’indignation, baissés dans la honte, tendres & baignés de larmes dans la pitié.

Au reste l’action des Anciens étoit beaucoup plus véhémente que celle de nos Orateurs. Cléon, Général Athénien, qui avoit une sorte d’éloquence impétueuse, fut le premier chez les Grecs qui donna l’exemple d’aller & de venir sur la tribune en haranguant. Il y avoit à Rome des Orateurs qui avoient ce défaut ; ce qui faisoit demander par un certain Virgilius à un Rhéteur qui se promenoit de la sorte, combien de milles il avoit parcouru en déclamant en Italie. Les Prédicateurs tiennent encore quelque chose de cette coûtume. L’action des nôtres, quoique plus modérée que celle des Italiens, est infiniment plus vive que celle des Anglois, dont les Sermons se réduisent à lire froidement une dissertation Théologique sur quelque point de l’Ecriture, sans aucun mouvement. Voyez Déclamation, Geste, Prononciation

Action du Poëme. Voyez Poeme & Epopée.
Action dans la Tragédie Tragédie & Dramatique.

Action en Poësie, ce qui fait le sujet ou la matiere d’un Poëme.

On en distingue de deux sortes : l’action principale, qu’on nomme proprement action ou fable. Voyez Fable. Et l’action incidente, qu’on appelle autrement Episode. Voyez Episode & Episodique. Nous ne traiterons que de la premiere.

Comme le grand Poëme se divise en Epique & en Dramatique, chacune de ces especes a aussi son action particuliere. Celle du Poëme Dramatique doit être une, intriguée, dénouée & complete, & d’une durée beaucoup moindre que celle qu’on donne à l’action du Poëme Epique. Voyez Dramatique, Intrigue, Denouement, Unité, Tragedie, &c.

L’action du Poëme Epique doit être grande, une, entiere, merveilleuse, & d’une certaine durée.

1°. Elle doit être grande, c’est-à-dire, noble & intéressante. Une avanture commune, ordinaire, ne fournissant pas de son propre fonds les instructions que se propose le Poëme Epique, il faut que l’action soit importante & héroïque. Ainsi dans l’Eneïde un Héros échappé des ruines de sa patrie, erre long-tems avec les restes de ses Concitoyens qui l’ont choisi pour Roi ; & malgré la colere de Junon qui le poursuit sans relâche, il arrive dans un pays que lui promettoient les destins, y défait des ennemis redoutables ; & après mille traverses surmontées avec autant de sagesse que de valeur, il y jette les fondemens d’un puissant Empire. Ainsi la conquête de Jérusalem par les Croisés ; celle des indes par les Portugais ; la réduction de Paris par Henri le Grand, malgré les efforts de la Ligue, sont le sujet des Poëmes du Tasse, du Camoens, & de M. de Voltaire ; d’où il est aisé de conclurre qu’une historiette, une intrigue amoureuse, ou telle autre aventure qui fait le fonds de nos romans, ne peut jamais devenir la matiere d’un Poëme Epique, qui veut dans le sujet de la noblesse & de la majesté.

Il y a deux manieres de rendre l’action épique intéressante : la premiere par la dignité & l’importance des personnages. C’est la seule dont Homere fasse usage, n’y ayant rien d’ailleurs d’important dans ses modeles, & qui ne puisse arriver à des personnages ordinaires. La seconde est l’importance de l’action en elle-même, comme l’établissement ou l’abolition d’une Religion ou d’un Etat, tel qu’est le sujet choisi par Virgile, qui en ce point l’emporte sur Homere. L’action de la Henriade réunit dans un haut degré ce double intérêt,

Le P. le Bossu ajoûte une troisieme maniere de jetter de l’intérêt dans l’action ; savoir, de donner aux lecteurs une plus haute idée des personnages du Poëme que celle qu’on se fait ordinairement des hommes, & cela en comparant les Héros du Poëme avec les hommes du siecle présent. Voyez Héros & Caractere.

2°. L’action doit être une, c’est-à-dire que le Poëte doit se borner à une seule & unique entreprise illustre exécutée par son Héros, & ne pas embrasser l’histoire de sa vie toute entiere. L’Iliade n’est que l’histoire de la colere d’Achille, & l’Odyssée, que celle du retour d’Ulysse à Itaque. Homere n’a voulu décrire ni toute la vie de ce dernier, ni toute la guerre de Troie. Stace au contraire dans son Achilléide, & Lucain dans sa Pharsale, ont entassé trop d’évenemens décousus pour que leurs ouvrages méritent le nom de Poëmes Epiques. On leur donne celui d’héroïques, parce qu’il s’y agit de Héros. Mais il faut prendre garde que l’unité du Héros ne fait pas l’unité de l’action. La vie de l’homme est pleine d’inégalités ; il change sans cesse de dessein, ou par l’inconstance de ses passions, ou par les accidens imprévûs de la vie. Qui voudroit décrire tout l’homme, ne formeroit qu’un tableau bisarre, un contraste de passions opposées sans liaison & sans ordre. C’est pourquoi l’épopée n’est pas la loüange d’un Héros qu’on se propose pour modele, mais le récit d’une action grande & illustre qu’on donne pour exemple.

Il en est de la Poësie comme de la Peinture. L’unité de l’action principale n’empêche pas qu’on n’y mette plusieurs incidens particuliers, & ces incidens se nomment Episodes. Le dessein est formé dès le commencement du Poëme, le Héros en vient à bout en franchissant tous les obstacles : c’est le récit de ces oppositions qui fait les Episodes : mais tous ces Episodes dépendent de l’action principale, & sont tellement liés avec elle & si unis entre-eux, qu’on ne perd jamais de vûe ni le Héros, ni l’action que le Poëte s’est proposé de chanter. Au moins doit-on suivre inviolablement cette regle, si l’on veut que l’unité d’action soit conservée. Discours sur le Poëme Epique à la tête du Telemaq. pag. 12 & 13. Princip. pour la lect. des Poëtes, tome II. pag. 109.

3°. Pour l’intégrité de l’action il faut, selon Aristote, qu’il y ait un commencement, un milieu, & une fin : précepte en soi-même assez obscur, mais que le P. le Bossu développe de la sorte. « Le commencement, dit-il, ce sont les causes qui influeront sur une action, & la résolution que quelqu’un prend de la faire ; le milieu, ce sont les effets de ces causes & les difficultés qui en traversent l’exécution ; & la fin, c’est le dénouement & la cessation de ces difficultés ».

« Le Poëte, ajoûte le même Auteur, doit commencer son action de maniere qu’il mette le lecteur en état d’entendre tout ce qui suivra, & que de plus ce commencement exige nécessairement une suite. Ces deux mêmes principes pris d’une maniere inverse, auront aussi lieu pour la fin ; c’est-à-dire, qu’il faudra que la fin ne laisse plus rien à attendre, & qu’elle soit nécessairement la suite de quelque chose qui aura précédé : enfin il faudra que le commencement soit lié à la fin par le milieu, qui est l’effet de quelque chose qui a précédé, & la cause de ce qui va suivre ».

Dans les causes d’une action on remarque deux plans opposés. Le premier & le principal est celui du Héros : le second comprend les desseins qui nuisent au projet du Héros. Ces causes opposées produisent aussi des effets contraires ; savoir, des efforts de la part du Héros pour exécuter son plan, & des efforts contraires de la part de ceux qui le traversent : comme les causes & les desseins, tant du Héros que des autres personnages du Poëme, forment le commencement de l’action, les efforts contraires en forment le milieu. C’est-là que se forme le nœud ou l’intrigue, en quoi consiste la plus grande partie du Poëme. Voyez Intrigue, Nœud.

La solution des obstacles est ce qui fait le dénouement, & ce dénouement peut se pratiquer de deux manieres, ou par une reconnoissance, ou sans reconnoissance ; ce qui n’a lieu que dans la Tragédie. Mais dans le Poëme Epique, les différens effets que le dénouement produit, & les divers états dans lesquels il laisse les personnages du Poëme, partagent l’action en autant de branches. S’il change le sort des principaux personnages, on dit qu’il y a péripétie, & alors l’action est implexe. S’il n’y a pas de péripétie, mais que le dénouement n’opere que le passage d’un état de trouble à un état de repos, on dit que l’action est simple. Voyez Péripétie, Catastrophe, Dénouement. Le P. le Bossu, Traité du Poëme Epique.

4°. L’action de l’Epopée doit être merveilleuse, c’est-à-dire, pleine de fictions hardies, mais cependant vraissemblables. Telle est l’intervention des divinités du paganisme dans les Poëmes des Anciens, & dans ceux des Modernes celle des passions personnifiées. Mais quoique le Poëte puisse aller quelquefois au-delà de la nature, il ne doit jamais choquer la raison. Il y a un merveilleux sage & un merveilleux ridicule. On trouvera sous les mots Machines & Merveilleux cette matiere traitée dans une juste étendue. Voyez Machine & Merveilleux.

5°. Quant à la durée de l’action du Poëme Epique, Aristote observe qu’elle est moins bornée que celle d’une Tragédie. Celle-ci doit être renfermée dans un jour, ou comme on dit entre deux soleils. Mais l’Epopée, selon le même Critique, n’a pas de tems borné. En effet, la Tragédie est remplie de passions véhémentes, rien de violent ne peut être de longue durée : mais les vertus & les habitudes qui ne s’acquierent pas tout d’un coup, sont propres au Poëme Epique, & par conséquent son action doit avoir une plus grande étendue. Le P. le Bossu donne pour regle que plus les passions des principaux personnages sont violens, & moins l’action doit durer : qu’en conséquence l’action de l’Iliade, dont le courroux d’Achille est l’ame, ne dure que quarante-sept jours ; au lieu que celle de l’Odyssée, où la prudence est la qualité dominante, dure huit ans & demi ; & celle de l’Enéide, où le principal personnage est un Héros pieux & humain, près de sept ans.

Mais ni la regle de cet Auteur n’est incontestable, ni son sentiment sur la durée de l’Odyssée & sur celle de l’Iliade n’est exact. Car quoique l’Epopée puisse renfermer en narration les actions de plusieurs années, les critiques pensent assez généralement que le tems de l’action principale, depuis l’endroit où le Poëte commence sa narration, ne peut être plus long qu’une année, comme le tems d’une action tragique doit être au plus d’un jour. Aristote & Horace n’en disent rien pourtant : mais l’exemple d’Homere & de Virgile le prouve. L’Iliade ne dure que quarante-sept jours : l’Odyssée ne commence qu’au départ d’Ulysse de l’isle d’Ogygie ; & l’Enéide, qu’à la tempête qui jette Enée sur les côtes de Carthage : Or depuis ces deux termes, ce qui se passe dans l’Odyssée ne dure que deux mois, & ce qui arrive dans l’Enéide remplit l’espace d’un an. Il est vrai qu’Ulysse chez Alcinoüs, & Enée chez Didon, racontent leurs aventures passées, mais ces récits n’entrent que comme récits dans la durée de l’action principale ; & le cours des années qu’ont pour ainsi dire consumé ces évenemens, ne fait en aucune maniere partie de la durée du Poëme. Comme dans la Tragédie, les évenemens racontés dans la Protase, & qui servent à l’intelligence de l’action dramatique, n’entrent point dans sa durée ; ainsi l’erreur du P. le Bossu est manifeste. Voyez Protase. Voyez aussi Fable. (G)

Action, dans l’œconomie animale, c’est un mouvement ou un changement produit dans tout le corps ou dans quelque partie, & qui differe de la fonction en ce que celle-ci n’est qu’une faculté de produire, au lieu que l’action est la faculté réduite en acte. Boerhaave.

On distingue les actions de même que les fonctions en vitales, naturelles & animales. Les actions vitales sont celles qui sont d’une nécessité absolue pour la vie ; telles sont le mouvement du cœur, la respiration, &c. Les actions naturelles, sont celles par le secours desquelles le corps est conservé, tel qu’il est ; telles sont la digestion, les secrétions, la nutrition, &c. Les actions animales sont celles qui produisent sur l’ame un certain changement, & sur lesquelles l’ame a quelque pouvoir ; telles sont le mouvement des muscles soûmis à la volonté, les sensations, &c. Voyez Fonction, Animal, Naturel & Vital. (L)

Action, se dit en Medecine dans le même sens que fonction ; c’est pourquoi l’on dit : l’action du ventricule sur les alimens est de les diviser, & de les mêler intimement ensemble. Un Medecin doit connoître l’action de toutes les parties du corps humain, pour distinguer la cause, le siége & les différences des maladies. Cette connoissance le met en état de prononcer sûrement du danger que court un malade, ou de la proximité de sa convalescence. V. Fonction.

Action se dit encore medicinalement pour force. On augmente l’action d’un purgatif en y ajoûtant quelque chose, c’est-à-dire, qu’on lui donne plus de force. Voyez Force. (N)

Action, dans l’Art militaire, est un combat qui se donne entre deux armées, ou entre différens corps de troupes qui en dépendent. Ce mot s’emploie aussi pour signifier quelque fait mémorable d’un Officier ou d’un Commandant d’un corps de troupes. (Q)

Action, en Droit, est une demande judiciaire fondée sur un titre ou sur la Loi, par laquelle le demandeur somme celui qu’il appelle en Justice, de satisfaire à ce à quoi il est obligé en vertu de l’un ou de l’autre, à faute de quoi il requiert qu’il y soit condamné par le Juge.

Les actions sont divisées par Justinien en deux especes générales ; en réelles, c’est-à-dire, dirigées contre la chose ; & en personnelles, c’est-à-dire, dirigées contre la personne : car lorsque quelqu’un exerce une action, ou il la dirige contre un homme qui lui fait tort, soit parce qu’il manque à sa convention, soit parce qu’il lui a fait quelqu’offense, auquel cas il y a action contre la personne ; ou il l’exerce contre un homme qui ne lui fait pas de tort, mais cependant avec qui il a quelque démêlé sur quelque matiere ; comme si Caius tient un champ, que Julius reclame comme lui appartenant, & qu’il intente son action afin qu’on le lui restitue ; auquel cas l’action a pour objet la chose même. Voyez les Instit. Liv. IV. tit. iv. où l’on expose sommairement les principales actions introduites par la Loi Romaine.

Il y a une troisieme action, que l’on appelle action mixte, & qui tient des deux classes d’actions réelles & personnelles.

L’action réelle est celle par laquelle le demandeur reclame le droit qu’il a sur des terres ou héritages, des rentes ou autres redevances, &c. Voyez Réel.

Celle-ci est de deux sortes ; ou possessoire ou pétitoire. Voyez Possessoire ou Réintégrande, & Pétitoire.

Une action n’est purement réelle que quand elle s’attaque uniquement à la chose, & que le détenteur est quitte en l’abandonnant : mais s’il est personnellement obligé à la restitution des fruits ou des intérêts, dès-lors elle est mixte.

L’action personnelle est celle que l’on a contre un autre, en conséquence d’un contrat ou quasi-contrat par lequel il s’est obligé de payer ou faire quelque chose, ou pour raison d’une offense qu’il a faite, ou par lui-même ou par quelqu’autre personne dont il est responsable. Voyez Personnel.

Dans le premier cas l’action est civile ; dans l’autre elle est ou peut être criminelle. Voyez Civil & Criminel.

L’action mixte est celle que l’on intente contre le détenteur d’une chose, tant en cette qualité que comme personnellement obligé. On l’appelle ainsi à cause qu’elle a un rapport composé, tant à la chose qu’à la personne.

On assigne communément trois sortes d’actions mixtes : l’action de partage entre co-héritiers, de division entre des associés, & de bornage entre des voisins. Voyez Partage & Bornage.

Les actions se divisent aussi en civiles & en pénales ou criminelles. L’action civile est celle qui ne tend qu’à recouvrer ce qui appartient à un homme, en vertu d’un contrat ou d’une autre cause semblable ; comme si quelqu’un cherche à recouvrer par voie d’action une somme d’argent qu’il a prêtée, &c. Voyez Civil.

L’action pénale ou criminelle tend à faire punir la personne accusée ou poursuivie, soit corporellement, soit pécuniairement. V. Peine, Amende, &c.

En France il n’y a pas proprement d’actions pénales, ou du moins elles ne sont point déférées aux particuliers, lesquels dans les procès criminels ne peuvent poursuivre que leur intérêt civil. Ce sont les Gens du Roi qui poursuivent la vindicte publique. Voyez Crime.

On distingue aussi les actions en mobiliaires & immobiliaires. Voyez ces deux termes.

L’action se divise encore en action préjudiciaire ou incidente, que l’on appelle aussi préparatoire ; & en action principale.

L’action préjudiciaire est celle qui vient de quelque point ou question douteuse, qui n’est qu’accessoire au principal ; comme si un homme poursuivoit son jeune frere pour des terres qui lui sont venues de son pere, & que l’on opposât qu’il est bâtard : il faut que l’on décide cette derniere question avant que de procéder au fonds de la cause ; c’est pourquoi cette action est qualifiée de prejudicialis, quia prius judicanda est.

L’action se divise aussi en perpétuelle & en temporelle.

L’action perpétuelle est celle dont la force n’est déterminée par aucun période ou par aucun terme de tems.

De cette espece étoient toutes les actions civiles chez les anciens Romains, sçavoir, celles qui venoient des Lois, des décrets du Sénat & des constitutions des Empereurs ; au lieu que les actions accordées par le Préteur ne passoient pas l’année.

On a aussi en Angleterre des actions perpétuelles & des actions temporelles ; toutes les actions qui ne sont pas expressément limitées étant perpétuelles.

Il y a plusieurs statuts qui donnent des actions, à condition qu’on les poursuive dans le tems prescrit.

Mais comme par le Droit civil il n’y avoit pas d’actions si perpétuelles que le tems ne rendît sujettes à prescription ; ainsi, dans le Droit d’Angleterre, quoique quelques actions soient appellées perpétuelles, en comparaison de celles qui sont expressément limitées par statuts, il y a néanmoins un moyen qui les éteint ; savoir, la prescription. Voyez Prescription.

On divise encore l’action en directe & contraire. Voyez Direct & Contraire.

Dans le Droit Romain le nombre des actions étoit limité, & chaque action avoit sa formule particuliere qu’il falloit observer exactement. Mais parmi nous les actions sont plus libres. On a action toutes les fois qu’on a un intérêt effectif à poursuivre, & il n’y a point de formule particuliere pour chaque nature d’affaire. (H)

Action, dans le Commerce, signifie quelquefois les effets mobiliaires ; & l’on dit que les Créanciers d’un Marchand se sont saisis de toutes ses actions, pour dire qu’ils se sont mis en possession & se sont rendus maîtres de toutes ses dettes actives.

Action de Compagnie. C’est une partie ou égale portion d’intérêt dont plusieurs jointes ensemble composent le fonds capital d’une Compagnie de Commerce. Ainsi une Compagnie qui a trois cens actions de mille livres chacune, doit avoir un fonds de trois cens mille livres : ce qui s’entend à proportion si les actions sont réglées ou plus haut ou plus bas.

On dit qu’une personne a quatre ou six actions dans une compagnie, quand il contribue au fonds capital, & qu’il y est intéressé pour quatre ou six mille livres, si chaque action est de mille livres, comme on vient de le supposer.

Un Actionnaire ne peut avoir voix délibérative dans les assemblées de la Compagnie, qu’il n’ait un certain nombre d’actions fixé par les Lettres patentes de l’établissement de la Compagnie ; & il ne peut être Directeur qu’il n’en ait encore une plus grande quantité. Voyez Compagnie.

Action s’entend aussi des obligations, contrats & reconnoissances que les Directeurs des Compagnies de Commerce délivrent à ceux qui ont porté leurs deniers à la caisse, & qui y sont intéressés. Ainsi délivrer une action, c’est donner & expédier en forme le titre qui rend un Actionnaire propriétaire de l’action qu’il a prise.

Les actions des Compagnies de Commerce haussent ou baissent suivant que ces Compagnies prennent faveur ou perdent de leur crédit. Peu de chose cause quelquefois cette augmentation ou cette diminution du prix des actions. Le bruit incertain d’une rupture avec des Puissances voisines, ou l’espérance d’une paix prochaine, suffisent pour faire baisser ou hausser considérablement les actions. On se rappelle avec étonnement, & la postérité aura peine à croire comment en 1719 les actions de la Compagnie d’Occident, connue depuis sous le nom de Compagnie des Indes, monterent en moins de six mois jusqu’à 1900 pour cent.

Le commerce des actions est un des plus importans qui se fasse à la Bourse d’Amsterdam & des autres villes des Provinces Unies où il y a des Chambres de la Compagnie des Indes Orientales. Ce qui rend ce commerce souvent très-lucratif en Hollande, c’est qu’il se peut faire sans un grand fonds d’argent comptant, & que pour ainsi dire il ne consiste que dans une vicissitude continuelle d’achats & de reventes d’actions qu’on acquiert quand elles baissent, & dont on se désait quand elles haussent.

L’on se sert presque toûjours d’un courtier lorsqu’on veut acheter ou vendre des actions de la Compagnie Hollandoise ; & quand on est convenu de prix, le vendeur en fait le transport & en signe la quittance en présence d’un des Directeurs qui les fait enregistrer par le Secrétaire ou Greffier ; ce qui suffit pour transporter la propriété des parties vendues du vendeur à l’acheteur. Les droits du Courtier pour sa négociation se payent ordinairement à raison de six florins pour chaque action de cinq cens livres de gros, moitié par l’acheteur & moitié par le vendeur.

Ce commerce est très-policé. Il n’en étoit pas de même de celui qui s’étoit établi en 1719 dans la rue Quinquempoix sans autorité, & qui a plus ruiné de familles qu’il n’en a enrichi. Aujourd’hui la Compagnie des Indes a donné parmi nous une forme réguliere au commerce des actions.

Les actions Françoises sont présentement de trois sortes : savoir, des actions simples, des actions rentieres, & des actions intéressées.

Les actions simples sont celles qui ont part à tous les profits de la Compagnie, mais qui en doivent aussi supporter toutes les pertes, n’ayant d’autre caution que le seul fonds de la Compagnie même.

Les actions rentieres sont celles qui ont un profit sûr de deux pour cent, dont le Roi s’est rendu garant, comme il l’étoit autrefois des rentes sur la Ville, mais qui n’ont point de part aux répartitions ou dividendes.

Les actions intéressées tiennent pour ainsi dire le milieu entre les deux ; elles ont deux pour cent de revenu fixe, avec la garantie du Roi, comme les actions rentieres, & outre cela elles doivent partager l’excédent du dividende avec les actions simples. Ces dernieres actions ont été créées en faveur des Communautés ecclésiastiques qui pouvoient avoir des remplacemens de deniers à faire.

Il y a quelques termes établis & propres au négoce des actions, comme ceux de dividend ou dividende, action nourrie, nourrir une action, fondre une action, qu’il est bon d’expliquer.

Nourrir une action, c’est payer exactement à leur échéance les diverses sommes pour lesquelles on a fait sa soûmission à la caisse de la Compagnie, suivant qu’il a été réglé par les Arrêts du Conseil donnés pour la création des nouvelles actions.

Fondre des actions, c’est les vendre & s’en défaire suivant les besoins qu’on a de ses fonds, soit pour nourrir d’autres actions, soit pour ses autres affaires.

Une action nourrie est celle dont tous les payemens sont faits, & qui est en état d’avoir part aux dividendes ou répartitions des profits de la Compagnie. Jusqu’à cet entier & parfait payement, ce n’est pas proprement une action, mais simplement une soûmission. Voyez Soumission.

Dividend ou dividende, c’est ce qu’on nomme autrement répartition, c’est-à-dire la part qui revient à chaque Actionnaire dans les profits d’une Compagnie, jusqu’au prorata de ce qu’il y a d’actions. V. Actionaire & Répartition.

En Angleterre les actions les plus anciennes, & qui se soûtiennent le mieux, sont celles du Sud, celles des Indes & celles de la Banque. Il se forma à Londres vers 1719 une Compagnie d’assûrances dont les actions furent d’abord très-brillantes, & tomberent totalement sur la fin de 1720. On peut voir dans le Dictionnaire du Commerce les différentes révolutions qu’a éprouvées le négoce des actions depuis 1719 jusqu’à 1721, tant en Angleterre que dans diverses nouvelles Compagnies de Hollande. (G)

Action du Forestaller. en Angl. Consiste à acheter sur les chemins les grains, les bestiaux, ou toute autre marchandise avant qu’elle arrive au marché ou à la foire où elle devoit être vendue ; ou à l’acheter lorsqu’elle vient d’au-delà des mers, & qu’elle est en route pour quelque Ville, Port, Havre, Baye ou Quai du Royaume d’Angleterre, dans le dessein d’en tirer avantage, en la revendant beaucoup plus cher qu’elle n’auroit été vendue. Voyez Fripier ou Regratier. Fleta dit que ce mot signifie obstructionem viæ, vel impedimentum transitus & fugæ averiorum.

On se sert particulierement de ce mot dans le pays de Crompton, pour exprimer l’action de celui qui arrête une bête fauve égarée de la forêt, & qui l’empêche de s’y retirer ; ou l’action de celui qui se met entre cette bête & la forêt, précisément dans le chemin par où la bête doit y retourner.

Action (Manége.) Cheval toûjours en action, bouche toûjours en action, se dit d’un cheval qui mâche son mord, qui jette beaucoup d’écume, & qui par-là se tient la bouche toûjours fraîche : c’est un indice de beaucoup de feu & de vigueur. M. de Neucastle a dit aussi les actions des jambes. (V)

Action, en Peinture & en Sculpture, est l’attitude ou la position des parties du visage & du corps des figures représentées, qui fait juger qu’elles sont agitées de passions. On dit : cette figure exprime bien par son action les passions dont elle est agitée ; cette action est bien d’un homme effrayé. L’on se sert également de ce terme pour les animaux ; l’on dit : voilà un chien dont l’action exprime bien la fureur ; d’un cerf aux abois : voilà un cerf qui par son action exprime sa douleur, &c. (R)