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devons apprendre quelle est la nature de ce qui agit.

Pour que l’air s’insinue dans les poumons, il faut que le thorax s’élargisse ; alors comme il se trouveroit un vuide dans la cavité du thorax, si les poumons ne suivoient les parois, c’est une nécessité que l’air par sa pesanteur se jette dans les vesicules de la trachée-artere & les gonfle. On peut par-là décider les questions : 1°. si les poumons tirent ou sucent l’air : 2°. si l’air n’entre dans les poumons que par l’impulsion qu’il reçoit du thorax. On ne sauroit dire que l’air soit tiré par le poumon, ce seroit une chose aussi ridicule, que si l’on disoit que l’eau qui monte par les pompes, est attirée par les parois des tuyaux. Pour la seconde question, il faut ignorer les premiers principes de la pesanteur des fluides, pour s’y arrêter comme à une difficulté ; il est vrai que le thorax pousse l’air qui l’environne, mais cet air par la seule pesanteur, entre avec force dans les poumons. Il y a un auteur, qui pour faire voir que l’air n’entre pas dans les poumons, parce qu’il est poussé, dit qu’on peut respirer, si l’on prend un tuyau fort long, qui soit fermé par un bout, de telle maniere que l’air n’y puisse pas entrer, quand on aura l’autre extrémité à la bouche ; par-là, dit-il, il est évident que l’air n’entre pas dans les poumons, parce qu’il est poussé par le thorax.

Après avoir examiné la cause qui fait entrer l’air dans les poumons, il faut déterminer la quantité d’air qui entre dans ce viscere à chaque inspiration. J’ai pris, dit l’auteur, des essais de Physique sur l’usage des parties, &c. de qui tout ceci est tiré, à l’exemple de Borelli : un long tuyau, je l’ai plongé dans un fluide, j’ai tiré ensuite par une inspiration ordinaire l’air contenu dans ce tuyau ; alors le fluide est monté & a pris la place de l’air. Or j’ai trouvé que la masse de ce fluide égaloit une masse de douze ou treize pouces cubiques, par conséquent l’air qui étoit entré dans le poumon, étoit un volume de douze ou treize pouces ; mais en faisant réitérer cette expérience par plusieurs personnes, j’en ai trouvé qui n’inspiroient que dix pouces d’air, & d’autres jusqu’à seize ou dix-sept pouces ; mais toutes ces inspirations étoient de petites inspirations ordinaires, telles qu’elles sont dans un état fort tranquille : de-là il s’ensuit qu’il peut entrer une quantité assez considérable d’air dans le poumon, sans que le mouvement du thorax soit fort sensible. On ne sera donc pas surpris du calcul de Pitcarn, qui a trouvé que si le petit diametre de la poitrine est de quinze pouces, & l’axe de vingt ; la capacité de la poitrine sera augmentée de trois pouces cubiques, si le petit axe est augmenté de la centieme partie d’un pouce.

Rien n’est plus difficile à déterminer, que la cause qui oblige les muscles intercostaux à dilater le thorax, & à le laisser resserrer. 1°. M. Pitcarn après Bellini, a regardé les muscles inspirateurs, comme n’ayant pas d’antagonistes. 2°. Il a supposé que tout muscle tendoit à se contracter ; en effet, un muscle qu’on partage tranversalement, rapproche d’abord de ses attaches ses parties coupées. 3°. De-là, ces grands philosophes ont conclu que les muscles inspirateurs devoient se contracter & élever les côtes, puisqu’ils n’ont pas d’antagoniste qui leur oppose un obstacle, alors le thorax se dilate ; mais dans cette dilatation il arrive, selon eux ou leurs sectateurs, deux choses qui sont ensuite cause de l’expiration. 1°. Les fibres musculaires par leur contraction & par plusieurs impulsions, élevent les côtes au-delà du point où elles seroient en équilibre par leur résistance avec l’action des muscles. 2°. L’air qui entre avec rapidité, acquiert plus de force en descendant, & par ses diverses impulsions pousse les côtes au-delà de ce point où seroit l’équilibre dont nous venons de


parler. 3°. Après que les côtes ont été poussées au-delà de leur point d’équilibre, le mouvement des causes qui les poussent venant à diminuer, elles se trouvent supérieures en force, alors elles retombent & retrécissent le thorax ; mais de même qu’elles étoient montées au-delà du point où elles devoient s’arrêter pour être en équilibre, elles vont aussi en descendant plus loin qu’il ne faut ; enfin les muscles intercostaux agissent de nouveau comme auparavant ; ainsi la respiration ayant une fois commencé, ne doit jamais cesser. Pour renverser ce sentiment, on n’a qu’à demander pourquoi les côtes & les muscles intercostaux ne se mettent pas enfin en équilibre : quelque chose que l’on puisse dire, cela doit arriver.

Baglivi peu content de ce qu’on avoit écrit avant lui, nous a cherché une autre cause de la respiration ; il nous a dit qu’on s’étoit trompé, parce qu’on avoit toujours pris la cause pour l’effet : on a, dit-il, cru que l’air entroit, parce que le thorax se dilate, & au contraire, le thorax ne se dilate que par l’action de l’air ; il en est de même de la poitrine, comme des soufflets perpetuels. Si la respiration se fait de cette maniere, d’où vient que si on vient à ouvrir le thorax, le thorax & les poumons s’affaissent, & la respiration ne se fait plus : la chaleur interne est cependant assez considérable, puisque l’animal est encore en vie.

Bergerus & quelques autres physiciens ont prétendu trouver la cause des mouvemens alternatifs de la respiration dans l’air, qui reste toujours dans les poumons après chaque expiration : cet air échauffé peu-à-peu, oblige, disent-ils, les poumons à se dilater, & leur sert pour ainsi dire d’aiguillon.

Dès qu’un enfant est né, l’air qui entre dans la bouche & dans le nez, le fait d’abord éternuer ; met en jeu par cet éternuement, le diaphragme & les nerfs intercostaux.

La capacité de la poitrine venant à augmenter par l’action de ces muscles sur les côtés, &c. il resteroit un espace entre la plevre & la surface des poumons, si l’air qui entre dans la glotte ne les distendoit & les rendoit contigus à la plevre & au diaphragme : l’air dans ce cas presse les poumons avec une force égale à la résistance de la poitrine, de sorte qu’ils demeurent en repos. Le sang circule moins librement, entre en moindre quantité dans le ventricule gauche du cœur, de même que dans le cerveau & dans ses nerfs, & le sang artériel agit avec moins de force sur les muscles intercostaux & sur le diaphragme.

Les causes qui dilatoient au commencement la poitrine venant à diminuer, les côtes s’affaissent, les fibres distendues reprennent leur premier état, les visceres poussent de nouveau, le diaphragme reprend sa contrainte, ce qui diminue la capacité de la poitrine, & oblige l’air à sortir des poumons ; & c’est en quoi consiste l’expiration. Le sang circulant immédiatement avec plus de vîtesse, se porte en plus grande quantité au cerveau & dans ses muscles, les causes de la contraction des muscles intercostaux & du diaphragme se renouvellent, & l’inspiration recommence. Voilà la vraie maniere dont se fait la respiration. Voyez Cœur.

Les Anatomistes disputent beaucoup sur les usages & les effets de la respiration. Boerhaave veut qu’elle serve à perfectionner le chyle, à rendre son mélange avec le sang plus parfait, & à le convertir en suc nourricier propre à réparer les pertes que fait le corps. Voyez Nutrition.

Borelli veut que la respiration serve principalement à faire que l’air se mêle immédiatement avec le sang dans les poumons, afin de former ces globules élastiques dont il est composé, à lui donner sa couleur, & à le préparer pour la plûpart des usages de l’œconomie ; mais il est difficile d’expliquer comment l’air peut se mêler avec ce fluide. Il est impossible que