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détails particuliers. Ceux qui sont capables d’entrer dans le philosophique de la Grammaire, m’ont entendu ; & ils trouveront, quand il leur plaira, les détails que je supprime. Au contraire, je n’en ai que trop dit pour ceux à qui les profondeurs de la Métaphysique font tourner la tête, & qui veulent qu’on apprenne les langues comme ils ont appris le latin : semblables à arlequin, qui devine que collegium veut dire college, ils ne veulent pas que dans quota hora est on voie autre chose que quelle heure est il. A la bonne heure ; mais qu’ils s’assûrent, s’ils peuvent, qu’ils y voyent ce qu’ils y croyent voir, ou qu’ils sont en état même de rendre raison de leur propre phrase, quelle heure est-il.

Je n’irai pourtant pas jusqu’à supprimer en leur faveur quelques observations que je dois à une autre sorte de mots conjonctifs, & que l’on trouve dans toutes les langues ; ce sont des adverbes.

Les uns sont équivalens à une conjonction & à un adverbe, qui ne vient à la suite de la conjonction que parce qu’il en est l’antécédent naturel : tels sont qualiter, quàm, quandiù, quoties, quum, qui renferment dans leur signification, & qui supposent avant eux les adverbes correspondans taliter, tam, tandiù, toties, tum. J’ai déjà cité ailleurs cet exemple : ut quotiescumque gradum facies, toties tibi tuarum virtutum veniat in mentem. Cic. Je n’y en ajouterai aucun autre, pour ne pas être trop long.

D’autres adverbes sont conjonctifs, parce qu’ils sont équivalens à une préposition complette, dont le complément est un nom modifié par un adjectif conjectif ; ainsi ils supposent pour antécédent ce même nom modifié par l’adjectif démonstratif correspondant : tels sont les adverbes cur ou quare, quamobrem, quando, quapropter, quomodo, quoniam, & les adverbes de lieu ubi, unde, quà, quò.

Cur, quare, quamobrem, quapropter & quoniam, sont à-peu près également équivalens à ob quam rem, qui sont les élémens dont quamobrem est composé, ou bien à propter quam causam, quâ de re, quâ de causâ ; d’où il faut conclure que l’antécédent que l’analyse leur assigne, doit être ea res ou ea causa.

Quando veut dire in quo tempore, & suppose conséquemment l’antécédent in tempus exprimé ou sous-entendu. Quomodo est évidemment la même chose que in ou ex quomodo, & par conséquent il doit être précédé de l’antécédent is modus.

Ubi veut dire in quo loco ; unde signifie ex quo loco ; quà c’est per quem locum ; quò est équivalent à in ou ad quem locum ; du moins dans les circonstances où ces adverbes dénotent le lieu : ils supposent donc alors pour antécédent is locus. Quelquefois ubi veut dire in quo tempore ; unde signifie souvent ex quâ causâ ou ex quâ origine ou ex quo principio ; quò a par fois le sens de ad quem finem : alors il est également aisé de suppléer les antécédens.

Quidni, quin & quominùs ont encore à-peu-près le même sens que quare, mais avec une négation de plus ; ainsi ils signifient propter quam rem non, & ce non doit tomber sur le verbe de la phrase incidente.

Tous ces mots conjonctifs, & d’autres que je m’abstiens de détailler, sont assujettis aux regles qui ont été établies sur qui, quæ, quod en conséquence de sa vertu conjonctive. Ils ne peuvent qu’appartenir à une proposition incidente ; leur antécédent doit faire partie de la principale ; s’ils sont employés dans des phrases interrogatives, il faut les analyser comme celles où entre qui, quæ, quod, je veux dire, en rappellant l’antécédent propre & l’impératif qui doit marquer l’interrogation.

Il y a de pures conjonctions qui supposent même un terme antécédent ; tel est, par exemple, ut, que je remarquerai entre toutes les autres, comme la plus


importante ; mais c’est aux circonstances du discours à déterminer l’antécédent. Par exemple, l’adverbe statim est antécédent de ut dans ce vers de Virgile : Ut regem æquoevum crudeli vulnere vidi expirantem animam. C’est l’adverbe sic dans cette phrase de Plaute : ut vales ? comme s’il avoit dit dic mihi sic ut vales. C’est ita dans celle-ci de Cicéron : invitus feci ut L. Flaminium de senatu ejicerem, c’est-à-dire feci ita ut ejicerem. C’est adeò dans cette autre de Plaute : salsa sunt, tangere ut non velis, c’est-à-dire sunt salsa adeò ut non velis tangere. C’est in hunc finem dans ce mot de Cicéron : ut verè dicam, c’est-à-dire (in hune finem) ut dicam verè, à cette fin que je dise avec vérité, pour dire la vérité. C’est ainsi qu’il faut ramener par l’analyse un même mot à présenter toujours la même signification, autant qu’il est possible ; au lieu de supposer, comme on a coutume de faire, qu’il a tantôt un sens & tantôt un autre, parce qu’on ne fait attention qu’aux tours particuliers qu’autorisent les différens génies des langues, sans penser à les comparer à la regle commune, qui est le lien de la communication universelle, je veux dire à la construction analytique.

Quoique l’on soit assez généralement persuadé que notre langue n’est que peu ou point elliptique, on doit pourtant y appliquer les principes que je viens d’établir par rapport au latin : nous avons, comme les Latins, nos adverbes conjonctifs, tels que comme, comment, combien, pourquoi, où ; notre conjonction que ressemble assez par l’universalité de ses usages, à l’ut de la langue latine, & suppose, comme elle, tantôt un antécédent & tantôt un autre, selon les circonstances. Que ne puis-je vous obliger ! c’est-à-dire (je suis fâché de ce) Que je ne puis vous obliger. Que vous êtes léger ! c’est-à-dire (je suis surpris de ce que vous êtes léger autant) que vous êtes léger, &c.

Je m’arrête, & je finis par une observation. Il me semble qu’on n’a pas encore assez examiné & reconnu tous les usages de l’ellipse dans les langues : elle mérite pourtant l’attention des Grammairiens ; c’est l’une des clés les plus importantes de l’étude des langues, & la plus nécessaire à la construction analytique, qui est le seul moyen de réussir dans cette étude. Voyez Inversion, Langue, Méthode. (E. R. M. B.)

RELATION, s. f. (Gramm. & Philosoph.) est le rapport d’une chose à une autre, ou ce qu’elle est par rapport à l’autre. Ce mot est formé de resero, rapporter ; la relation consistant en effet, en ce qu’une chose est rapportée à une autre ; ce qui fait qu’on l’appelle aussi regard, habitude, comparaison. Voyez Comparaison & Habitude.

Nous nous formons l’idée d’une relation quand l’esprit considere une chose de maniere qu’il semble l’approcher d’une autre, & l’y comparer, & qu’il promene pour ainsi dire sa vue de l’une à l’autre ; conséquemment les dénominations des choses ainsi considérées l’une par rapport à l’autre, sont appellées relatives, aussi-bien que les choses même comparées ensemble. Voyez Idée.

Ainsi quand j’appelle Caius marc ou une muraille plus blanche, j’ai alors en vue deux personnes ou deux choses avec lesquelles je compare Caius ou la muraille. C’est pourquoi les philosophes scholastiques appellent la muraille le sujet ; la chose qu’elle surpasse en blancheur, le terme ; & la blancheur, le fondement de la relation.

La relation peut être considérée de deux manieres, ou du côté de l’esprit, qui rapporte une chose à une autre, auquel sens la relation n’est qu’un envie ou une affection de l’esprit par lequel se fait cette comparaison, ou du côté des choses relatives ; auquel cas ce n’est qu’une troisieme idée qui résulte dans l’esprit de celle des deux premieres comparées ensem-