Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 14.djvu/615

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


forte & le sang se corrompt. On voit que la bile avant que de se séparer du reste de la masse du sang, a subi une longue circulation : c’est une des liqueurs animales les plus parfaites, & qui s’éloignent le plus de la nature des acides ; elle est abondante & bien conditionnée dans ceux en qui les liqueurs circulent avec force, & en qui toutes les fonctions s’exécutent bien. C’est cette constitution portée à un degré trop fort, qui mérite à juste titre d’être appellée avec les anciens, tempérament cholérique, ou chaud & bilieux ; la constitution directement contraire à celle-là, dans laquelle la circulation se fait d’une maniere foible & irréguliere, & où le mouvement n’est point assez fort pour changer la qualité de nos alimens, paroit convenir avec la cachexie des anciens, que l’on peut en quelque façon regarder comme une sorte de tempérament, & comme une disposition différente de l’état naturel & régulier. Elle n’est pas, à proprement parler, une maladie particuliere, telle que le seroit une disposition du corps propre à donner lieu à un grand nombre d’incommodités ; cette constitution se trouve communément confondue avec le tempérament phlegmatique, de même le tempérament sanguin & bilieux se trouvent souvent réunis dans un même sujet. On trouve encore dans le corps humain d’autres dispositions générales & différentes de l’état moyen ; & ces différentes dispositions peuvent être désignées par les noms du tempérament sulphureux. salin, chaud, froid, &c. selon la maniere dont on considere les diverses parties qui entrent dans la composition du sang, leur combinaison, & les différentes opérations du corps. Voyez Cœur.

Quant à la dépuration du sang, & à la maniere dont les différentes liqueurs sont séparées, voyez Secrétions.

Pour ce qui est de la transfusion du sang d’un animal dans les veines d’un autre, voyez Transfusion.

Nous avons dans les Transactions philosophiques. plusieurs exemples extraordinaires d’hémorrhagies volontaires ; il est fait mention sur-tout d’un enfant qui rendit le sang par le nez, les oreilles & le derriere de la tête pendant trois jours. Depuis ce tems jusqu’au sixieme, il rendit le sang par les sueurs de la tête : au sixieme jour il le rendit par la tête, les épaules & le milieu du corps pendant trois jours. Il continua à saigner des orteils, des jointures des bras, & des doigts de chaque main, & de l’extrémité des doigts, ce qui dura jusqu’à sa mort. Dans l’ouverture que l’on en fit, on trouva dans les endroits d’où le sang sortoit de petits trous semblables à une piquûre d’aiguille. Voyez Hémorrhagie.

Pour la maniere d’étancher le sang, voyez Styptique.

Pierre de sang, voyez Sanguine & Hématites.

Mains sanglantes (avoir les) c’est une des quatre sortes de délits que l’on peut commettre sur les pays de chasse du roi d’Angleterre. Si on trouve un homme ayant les mains ou une autre partie sanglante, il est condamné comme ayant tué une bête fauve, quand même on ne l’auroit point trouvé chassant. Voyez Forêt.

Pluie de sang, voyez Pluie.

Flux de sang, voyez Flux & Dyssenterie.

Urine de sang, c’est une maladie dans laquelle l’urine sort mêlée avec du sang, en quantité plus ou moins grande. Voyez Urine.

Le sang qui sort ainsi vient des reins, quelquefois aussi de la vessie ou des ureteres. Cette maladie est causée quelquefois par une émotion violente, ou par une chûte en arriere qui cause la rupture de quelques-uns des vaisseaux urinaires : quelquefois aussi elle se trouve à la suite des suppressions subites des hémorrhoïdes ou des regles. La pierre sur-tout dans


les reins, occasionne aussi de fréquens paroxismes de cette maladie ; & les cantharides prises intérieurement, ou même appliquées extérieurement sans acides, produisent le même effet. L’urine de sang est un trés-mauvais symptome dans la petite vérole & les fievres malignes, quoique dans quelques occasions elle ait paru servir de crise, & être un indice de la fin de la maladie.

Sang de bouc, (Pharmacie.) la préparation consiste à le faire sécher pour le garder & le réduire en poudre quand on voudra.

On fera nourrir à la maison un chevreau avec la pimprenelle, le persil, la mauve, la saxifrage ; on lui ouvrira les arteres, & on ramassera le sang qui en découlera ; on le laissera rasseoir ; on en séparera la sérosité, & ensuite on le fera sécher au soleil, ou à une chaleur douce de feu.

Ses vertus sont d’être sudorifique, alexipharmaque ; on l’ordonne dans la pleurésie, à la dose d’un scrupule. Voyez Bouc. C’est ainsi que l’on prépare le sang humain.

Sang, (Critiq. sacrée.) ce mot, dans l’Ecriture, marque la vie ; de-là ces expressions figurées, teindre son pié, ses habits de sang, pour dire faire un grand carnage de ses ennemis ; porter sur quelqu’un le sang d’un autre, c’est charger quelqu’un du meurtre d’un autre. Sang se prend aussi pour parenté, alliance. Je vous livrerai à ceux de votre sang qui vous poursuivront, Ezech. xxxv. 6. Ce mot désigne encore la nature corrompue par le péché, Matth. xvj. 17. Il signifie quelquefois le jus du raisin. Judas lavera son manteau dans le vin, in sanguine uvæ, Genese. ixix. 11. C’est une expression figurée pour peindre la fertilité des vignobles de la tribu de Juda. Malheur à celui qui bâtit une ville dans le sang, Habac. ij. 12. c’est-à-dire par l’oppression des malheureux. O Dieu, délivrez-moi des sangs, dit David, ps. l. 16. c’est-à-dire des peines que je mérite par le sang que j’ai répandu. Ce devroit être la priere de tous les rois qui ont aimé la guerre. (D. J.)

Sang, pureté de, (Hist. d’Espag.) en Espagne on fait preuve de pureté de sang, comme on fait preuve en France de noblesse pour être chevalier de Malte, ou du Saint-Esprit, &c. Tous les officiers de l’inquisition, ceux du conseil suprème & des autres tribunaux doivent prouver leur pureté de sang, c’est-à-dire qu’il n’y a jamais eu dans leur famille ni juifs, ni maures, ni hérétiques. Les chevaliers des ordres militaires, & quelques chanoines sont pareillement obligés de joindre cette preuve aux autres, qu’on exige d’eux. On les dispense de la pureté de sang au propre, la figurative en tient lieu. (D. J.)

Sang de Jesus-Christ, ordre du, (Ordre milit.) nom donné à un ordre militaire institué à Mantoue en 1608, par Vincent de Gonzagues, quatrieme du nom, duc de Mantoue. On peut lire, sur cet ordre, Donnemundi, dans son histoire de Mantoue, le Mire, Faryn, Justiniani & le pere Helyot. Je dirai seulement que l’habit des chevaliers de cet ordre, à commencer par leur collier jusqu’à leurs bas de soie cramoisi, est assez bisarrement imaginé ; mais c’est à-peu-près la même chose de presque tous les autres ordres militaires de l’Europe. (D. J.)

Sang, conseil de, (Hist. mod.) est un tribunal qui fut établi en 1567, dans les Pays-Bas, par le duc d’Albe, pour la condamnation ou justification de ceux qui étoient soupçonnés de s’opposer aux volontés du roi d’Espagne Philippe II. Ce conseil étoit composé de douze personnes. c

Sang-dragon, s. m. (Hist. des drog. exot.) sorte de résine connue de Dioscoride, sous le nom de κιννάβαρις, & des Arabes, sous celui de alachnem ; on l’appelle sanguis draconis dans les boutiques. C’est une substance résineuse, seche, friable, inflammable,