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bandes changeantes : elle paroît tantôt ronde, & tantôt elliptique ; mais ce qu’elle a de plus remarquable, ce sont deux especes d’anses qui paroissent & disparoissent de tems en tems ; ces anses sont comme deux arcs de cercle lumineux, & directement opposés, qui contiennent chacun un segment obscur ; & ces segmens obscurs sont renfermés entre les anses & le globe de la planete.

Ces phases ont long-tems embarrassé les Astronomes, qui ne trouvoient aucun moyen d’en expliquer toutes les irrégularités. Hevelius a observé que cette planete étoit quelquefois monosphérique, c’est-à-dire ne paroissoit qu’un seul globe, d’autres fois qu’elle paroissoit composée de trois spheres, ou d’une sphere & de deux anses, ou d’une ellipse & de deux anses, ou d’une sphere & de deux pointes lumineuses. Mais M. Huyghens, après avoir long-tems observé Saturne avec d’excellentes lunettes, a réduit toutes les phases de cette planete à quatre ; savoir la phase ronde, la phase à bras, & la phase à anses. Voyez Phase, Anses, &c.

Saturne a une chose qui lui est particuliere ; c’est un anneau qui l’entoure à-peu-près comme l’horison d’un globe, sans le toucher en aucun endroit ; le diametre de cet anneau est plus que double de celui de Saturne, car le diametre de cette planete est de 20 diametres de la terre, & celui de l’anneau est de 45 des mêmes diametres. Quand cet anneau est assez élevé au-dessus de l’ombre du corps de Saturne, il réfléchit très-fortement la lumiere du Soleil. Son épaisseur, selon l’observation de Keill, occupe près de la moitié de l’espace qu’il y a entre sa surface extérieure & convexe, & la surface de la planete.

On a trouvé que cet anneau étoit un corps solide & opaque, mais dont la surface est égale & unie.

Galilée est le premier qui ait découvert que Saturne n’étoit pas rond ; mais M. Huyghens est le premier qui ait fait voir que ces inégalités venoient de la forme de son anneau. Il publia cette découverte en 1659, dans son systema Saturnianum. On ne sait si l’anneau tourne autour de Saturne ou non : on ignore aussi l’usage auquel il est destiné. M. Huyghens fait le plan de l’anneau de Saturne fort large, & l’épaisseur fort mince. La circonférence extérieure de l’anneau paroît élevée de plus de 18000 lieues au-dessus de la surface de Saturne. Hist. de l’acad. 1715, p. 45, mem. p. 46. Cet anneau semble n’être qu’un amas & une suite de satellites, si proche les uns des autres, qu’ils ne sont que l’apparence d’un anneau continu. L’anneau se trouvant entre le soleil & Saturne, jette sur Saturne une ombre mobile, & c’est une espece de bande. La vûe de la phase ronde, de la phase elliptique, ou des autres, dépend de la position de l’anneau & par rapport au Soleil, & par rapport à notre œil. Le plan de l’anneau passe-t-il par notre œil ; nous ne le voyons point, parce que le tranchant de l’anneau est tout ce que l’on en pourroit voir, & il est trop mince pour être visible à une si grande distance ; c’est pourquoi Saturne, dont le globe est sphérique, paroît seul dans sa phase ronde, ce qui s’observe tous les quinze ans. Voyez le recueil d’observ. par MM. de l’acad. des Sciences. Mais si la position de l’anneau change, & que son plan s’inclinant au rayon visuel nous regarde obliquement au moment qu’il reçoit les rayons du Soleil, alors une partie du plan circulaire est cachée derriere le globe, une partie est située devant le globe, auquel elle paroît appliquée, sans laisser voir d’espace intermédiaire ; & confondant sa lumiere avec celle du globe de la planete, elle donne au disque apparent la figure d’une ellipse. Enfin, si l’anneau se trouve posé de maniere que son plan prolongé passe par le centre du soleil, il n’y a que le tranchant de l’anneau qui reçoive des rayons du centre ; & comme cette lame est mince, le tran-


chant échappe à notre vûe, & les anses disparoissent.

On trouve des conjectures & des réflexions ingénieuses sur la cause de l’anneau de Saturne, dans un ouvrage de M. de Maupertuis ; c’est son discours sur les figures des astres, ouvrage imprimé pour la premiere fois en 1732, à Paris de l’imprimerie royale ; & pour la seconde fois en 1742, à Paris chez Guérin & Coignard.

Saturne, dans sa révolution autour du soleil, est continuellement accompagné par les 5 satellites ou planetes secondaires : on en trouvera les périodes, les distances, &c. au mot Satellites.

M. Pound nous a donné des observations fort exactes sur le diametre de Saturne, & sur celui de son anneau ; ces observations sont rapportées dans les institutions astronomiques de M. le Monnier. On trouve aussi dans la préface de ce dernier ouvrage, un grand nombre de recherches sur Saturne, par lesquelles il paroit que le mouvement de cette planete est sujet à de grandes irrégularités. L’excentricité de son orbite n’est pas constante comme celle de l’orbite terrestre, mais elle varie continuellement : le moyen mouvement de cette planete paroît s’être ralenti à chaque siecle ; & à l’égard du mouvement de son nœud & de son aphélie, ils ne sont pas encore trop bien connus : les autres varient sur l’inclinaison de son orbite au plan de l’écliptique, ce qui prouve aussi que cette inclinaison est sujette à une infinité de variations.

Il paroît qu’on doit attribuer ces irrégularités à l’action de Jupiter sur Saturne : Jupiter est la plus grosse de toutes les planetes ; & lorsqu’il est en conjonction avec Saturne, son action sur Saturne est alors assez considérable pour produire des effets sensibles : aussi est ce principalement dans la conjonction de Saturne avec Jupiter qu’on remarque les plus grandes irrégularités dans le mouvement de Saturne. Il ne paroît pas qu’on puisse employer d’autres moyens pour determiner ces irrégularités, que de chercher par la théorie & par le calcul quel doit être l’effet de l’action de Jupiter sur Saturne ; mais le problème, un des plus importans de l’Astronomie, est d’une difficulté proportionnée à son importance. L’académie royale des Sciences de Paris en a proposé la solution pour le sujet du prix de 1748 ; on peut dire que c’est une des plus belles questions qu’elle ait encore proposées ; & M. Euler a donné sur ce sujet une piece très-savante qui a remporté le prix, & qui a été imprimée.

Il pouroit se faire au reste que dans la théorie des mouvemens de Saturne, on dût avoir égard non-seulement à l’action de Jupiter, mais encore à celle des satellites de Saturne, & peut-être de son anneau : la quantité de cette action dépend à la vérité de la masse des satellites qui n’est point connue, mais cela n’empêche pas que ces masses ne puissent y entrer pour quelque chose, & c’est de quoi les observations comparées au calcul peuvent nous instruire ; car si les observations s’accordent avec les lois qu’on aura trouvées du mouvement de Saturne dans la supposition que Jupiter seul agisse, c’est une marque que l’action des satellites n’a que peu d’effet. Au contraire, si ces observations ne s’accordent pas avec le calcul, c’est une marque qu’il faut tenir compte de l’action des satellites. Il est vrai qu’on ne connoîtra point cette action, puisqu’on ne connoît point leurs masses ; mais on pourra toujours calculer les irrégularités qui en résultent, en supposant les masses connues ; & peut-être pourra-t-on ensuite, au moyen des observations, déterminer ces masses par la différence qui se trouvera entre les observations & le calcul.

Saturne, satellites de, (Astronomie.) entre les choses curieuses que contiennent les lettres originales de M. Molyneux à Flamsteed, & qui ont été re-