Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 14.djvu/781

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toit pas toujours contre une simple ombre, mais quelquefois contre un poteau. Il est fait mention de cette umbratilis pugna dans Platon, qui dit de ceux qui combattoient sans adversaires, qu’ils ne faisoient que σκιαμαχεῖν, combattre contre une ombre. S. Paul dans sa I. Cor. jx. 26. y fait allusion par ces mots οὕτω πυκτεύω, ὡς οὐκ ἀέρα δέρων.

La sciamachie est propre à dissiper une sensation de lassitude, à fortifier les jambes, & à renforcer tout le corps ; mais nous ne pratiquons plus ces sortes d’exercices. (D. J.)

SCIAMANCIE ou SCIOMANCIE, s. f. espece de divination qui consistoit à évoquer les ames des morts, pour apprendre d’eux l’avenir. Ce fut par la sciamancie que la pythonisse d’Endor évoqua l’ombre de Samuel lorsque Saül vint la consulter sur l’évenement de la bataille qu’il alloit livrer aux Philistins. Liv. I. des Rois, chap. xxviij.

Ce mot est formé du grec μαντεία, divination, & σκιὰ, ombre, qui dans un sens métaphorique signifioit ame ; car les anciens prétendoient que dans la sciamancie ce n’étoit pas l’ame des morts qui apparoissoit, mais un spectre ou simulachre qui n’étoit ni l’ame ni le corps, mais seulement la représentation de celui-ci, & que les Grecs nommoient εἴδωλον, & les Latins imago ou umbra.

SCIARRI, (Hist. nat.) c’est ainsi qu’on nomme en Sicile les ruisseaux de matiere liquide & vitrifiée qui sortent des flancs & de la bouche du mont Etna, dans le tems de ses éruptions. Voyez l’article Lave.

SCIAS, (Géog. anc.) petite contrée de l’Arcadie. Pausanias, Arcad. l. VIII. c. xxxv. la met sur la route de Mégalopolis à Methydrium. On y voit encore, dit-il, quelques restes d’un temple de Diane sciatide, bâti, à ce qu’on croit, par Aristodème pendant sa domination. A dix stades de-là on voyoit Clarisium, ou plûtôt l’emplacement de cette ville. (D. J.)

SCIATERE, s. m. sciater, (Gnomoniq.) nom que Vitruve donne à une aiguille qui marque par son ombre une certaine ligne, telle, par exemple, que la méridienne. C’est de-là qu’on a donné le nom de sciatérique à la science de disposer un stile, une aiguille, ensorte qu’elle montre les heures du jour par son ombre. (D. J.)

SCIATERIQUE, s. f. est le nom qu’on donne quelquefois à la gnomonique, parce qu’elle enseigne à déterminer les heures par le moyen de l’ombre, σκιὰ. Voyez Gnomonique & Cadran. (O)

SCIATHUS, (Géog. anc.) île de la mer Égée, selon Pomponius Méla, l. II. c. vij. & Ptolomée, l. III. c. xiij. Ce dernier y met une ville de même nom ; elle étoit située à l’orient de la Magnésie, contrée de la Thessalie, & au nord de l’Eubée. Cette île conserve son ancien nom, car on l’appelle aujourd’hui Sciatti, & dans les cartes marines Sciatta, voyez Sciatta. (D. J.)

SCIATIQUE, adj. (Ariat.) Le nerf sciatique est formé par l’union de la derniere paire lombaire, & les quatre premieres sacrées, & quelquefois par l’union des deux dernieres paires lombaires, & des trois premieres sacrées ; il se glisse obliquement sous la grande échancrure de l’os des iles ; il donne des filets aux muscles piriformes, aux jumeaux, & au carré de la cuisse ; il s’étend entre la tubérosité de l’ischium & le grand trochanter, tout le long de la partie interne du fémur ; il jette dans ce trajet, plusieurs filets aux muscles fessiers, & aux autres parties voisines, & lorsqu’il est parvenu au creux du jarret, on lui donne le nom de nerf poplité ; il se divise là en deux branches qui s’accompagnent & s’écartent ensuite peu-à-peu, en se glissant derriere les condyles du fémur ; la grosse est interne, la petite est externe, elles vont se distribuer à toute la jambe & peuvent s’appeller dans ce trajet nerfs sciatiques cruraux.


La grosse branche sciatique, qu’on peut aussi appeller sciatique tibiale, après avoir formé plusieurs rameaux, passe derriere la malleole interne, par un ligament annulaire particulier, & va gagner en-dessous la plante du pié, où après avoir fourni plusieurs rameaux, elle se divise en deux branches nommées nerfs plantaires. Voyez Plantaire.

La petite branche sciatique, ou sciatique interne, qu’on nomme aussi sciatique péroniere, outre les rameaux qu’elle jette aux parties externes de la jambe & du pié, s’unit par différens filets avec la grosse branche & les nerfs plantaires.

Sciatique, s. f. (Médecine.) espece de goutte, ainsi appellée parce qu’elle a son siege à la hanche. Voyez Goutte. Ce nom, de même que le latin ischia, est dérivé du grec ἰσχιάδος, formé de ἰσχίον, hanche.

Les premieres atteintes de sciatique se font ressentir pour l’ordinaire dans l’os sacrum ; la douleur vive qui en est le symptome caractéristique, se répand delà avec plus ou moins de rapidité sur la hanche, d’où elle s’étend quelquefois tout le long de la cuisse jusqu’au genou, & même dans quelques malades jusqu’aux piés. La vivacité de la douleur, de même que sa durée, varient extrèmement ; il y a des cas où la partie affectée est si douloureuse & si sensible, qu’elle ne peut supporter l’application d’aucun corps étranger, & qu’elle ne permet au malade aucune espece de mouvement ; l’immobilité de la cuisse est la suite ordinaire des douleurs, même moderées ; la jambe & le pié partagent quelquefois cette incommodité, & dans les violentes douleurs, les muscles qui meuvent le tronc du côté de la partie affectée, sont dans une tension violente, & ne peuvent qu’avec peine & en redoublant les douleurs, exécuter leurs divers mouvemens ; le malade est obligé de garder toujours la même situation, souffrant quand il veut se baisser, souffrant aussi quand il fait effort pour se redresser. Dans d’autres cas, & sur-tout chez les gens vieux, dans qui la douleur devenue comme habituelle est moins aiguë, les mouvemens sont plus libres sans cesser d’être tout-à-fait douloureux ; la tumeur de la partie affectée n’est point constante, non plus que la rougeur ; ces symptomes accidentels ne s’observent pas le plus souvent, il est aussi très-rare que la fievre survienne, le pouls conserve son rithme ordinaire, on peut seulement l’appercevoir un peu agité & convulsif dans le fort de la douleur. Il n’y a point de tems déterminé pour la durée de la sciatique, on sait seulement qu’elle est d’autant plus courte que les symptomes sont plus violens ; la longueur des intervalles entre chaque paroxisme, n’est point non plus décidée, elle varie non-seulement dans les différens malades, mais encore dans le même sujet ; en général ce tems de rémission est plus court dans les vieillards & dans les sciatiques invéterées ; communément les paroxismes reviennent tous les ans, lorsque les froids commencent à se faire sentir. Hippocrate range la sciatique parmi les maladies d’automne, aph. 22. lib. III. mais il y a des malades qui en éprouvent deux ou trois attaques par an, & quelques-uns ont continuellement une douleur plus ou moins forte, qui gêne un peu leurs mouvemens, que les tems pluvieux, variables, inconstans, rendent beaucoup plus sensibles, & qui est en conséquence pour eux un excellent barometre.

Les causes éloignées de la sciatique sont absolument les mêmes que celles de la goutte, & par conséquent très-obscures & totalement inconnues, comme on l’a judicieusement remarqué à l’article Goutte, où l’on a très-bien prouvé que toutes celles qu’on a successivement accusées, n’y avoient pas constamment part, & ne produisoient ces effets que comme jettant du trouble dans l’économie animale, & pervertissant en général l’exercice des fonctions, comme toutes