Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 6.djvu/424

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homme préposé pour le veiller nuit & jour, s’est constamment opposé à son sommeil ; il a été attentif à lui donner de tems en tems une poignée de foin, & à l’empêcher de se coucher, & ce moyen a parfaitement réussi. Il me semble néanmoins que le succès doit être plûtôt attribué au soin que l’on a eu d’aiguillonner son appétit par des poignées de fourrage, qu’à celui de lui dérober le dormir, & de tenter de l’abattre par la veille. Les chevaux dorment peu ; il en est qui ne se couchent jamais ; leur sommeil est rarement un assoupissement profond, dans lequel tous les muscles qui servent aux mouvemens volontaires, sont totalement flasques & affaissés ; parmi ceux qui se couchent, il en est même plusieurs qui dorment souvent debout & sur leurs piés ; & deux ou trois heures d’un leger repos suffisent à ces animaux, pour la réparation des pertes occasionnées par la veille & par le travail : or il n’est pas à présumer que de tous les besoins auxquels la vie animale est assujettie, le moins pressant soit plus propre à dominer un naturel rebelle, que celui qui suscite le plus d’impatience, & qui suggere le desir le plus ardent. Pour subjuguer les animaux, pour les amener à la société de l’homme, pour les asservir en un mot, la premiere loi que nous devons nous imposer, est de leur être agréables & utiles ; agréables par la douceur que nous sommes nécessités d’opposer d’abord à leurs fougues & à leur violence ; utiles par notre application à étudier leurs penchans, & à les servir dans les choses auxquelles ils inclinent le plus : c’est ainsi que se forme cette sorte d’engagement mutuel qui nous unit à eux, qui les unit à nous : il n’a rien d’humiliant pour celui qui, bien loin d’imaginer orgueilleusement que tout l’univers est créé pour lui, & qu’il n’est point fait pour l’univers, se persuade au contraire, qu’il n’est point réellement de servitude & d’esclavage, qui ne soit réciproque, depuis le despote le plus absolu jusqu’à l’être le plus subordonné. (e)

FARRÉATION, voyez Confarréation.

FARTACH, (Géog.) royaume ou principauté de l’Arabie heureuse, qui s’étend depuis le 14 degré de latitude, jusqu’au 16 degré trente minutes ; & pour la longitude, depuis soixante-sept degrés trente minutes, jusqu’au soixante-treizieme degré. Voyez les mémoires de Thomas Rhoë, ambassadeur d’Angleterre au Mogol. Le cap de Fartach est une pointe de terre qui s’avance dans la mer vers le quatorzieme degré de latitude nord, entre Aden à l’oüest, & le cap Faicalhad à l’est. Article de M. le Chevalier de Jaucourt.

* FARTEURS, FARTORES, ou ENGRAISSEURS, s. m. pl. (Hist. anc.) valets destinés à engraisser de la volaille. Il y en avoit aussi d’employés dans la cuisine sous le même nom : c’étoient ceux qui faisoient les boudins, les saucisses, & autres mets de la même sorte. On appelloit encore farteurs, fartores, ceux qui, mieux connus sous le nom de nomenclateurs, nomenclatores, disoient à l’oreille de leurs maîtres, les noms des bourgeois qu’ils rencontroient dans les rues, lorsque leurs maîtres briguoient dans la république quelque place importante, qui étoit à la nomination du peuple. Ces orgueilleux patriotes étoient alors obligés de lui faire leur cour, & ils s’en acquittoient assez communément de la maniere la plus honteuse & la plus vile. Je n’en voudrois pour preuve que l’institution de ces farteurs, qui indiquoient à l’aspirant à quelque dignité, le nom & la qualité d’un inconnu qui se trouvoit sur sa route, & qu’il alloit familierement appeller par son nom, & cajoler bassement, comme s’il eût été son protecteur de tout tems. On donnoit à ces domestiques le nom de fartores, farteurs, parce que velut infercirent nomina in aurem candidati : on les comparoit par


cette dénomination aux farteurs de cuisine ; ceux-ci remplissoient des boudins, & ceux-là sembloient être gagés pour remplir & farcir de noms l’oreille de leur maître.

FASCE, s. f. terme de Blason, piece honorable, qui occupe le tiers de l’écu horisontalement par le milieu, & qui sépare le chef de la pointe.

FASCÉ, adj. en terme de Blason, se dit d’un écu couvert de fasces & de pieces, divisées par longues lisses. Fascé d’argent & d’azur. On dit, fascé, contre-fascé, lorsque l’écu fascé est parti par un trait qui change l’émail des fasces, ensorte que le métal soit opposé à la couleur, & la couleur au métal. On dit aussi, fascé, denché, lorsque toutes les fasces sont dentées, de telle façon que l’écu en soit aussi plein que vuide. Voyez le P. Ménétrier.

FASCEAUX, s. m. pl. terme de Pêche ; ce sont de vieilles savates garnies de pierres, pour faire caler le bas du sac du chalut. Voyez Chalut.

FASCIA-LATA, (Anatomie.) un des muscles de la cuisse & de la jambe : son nom latin s’est conservé dans notre langue, & est beaucoup plus usité que celui de membraneux, qui lui est donné par un petit nombre de nos auteurs.

Il a son attache fixe antérieurement à la levre externe de la crête de l’os des îles, par un principe en partie charnu & en partie aponévrotique. Le corps charnu de ce muscle, qui n’a guere plus de cinq travers de doigt de longueur sur deux ou trois de largeur, est logé entre les deux lames d’une aponévrose, dans laquelle ce muscle se perd par un grand nombre de fibres tendineuses très-courtes. C’est la grande étendue de cette aponévrose qui a fait donner à ce muscle le nom de fascia-lata, c’est à dire bande large, quoique ce nom semble plûtôt devoir appartenir à l’aponévrose qu’au muscle même : M. Winslow le nomme le muscle du fascia lata.

Cette aponévrose est attachée antérieurement à la levre externe de la crête des os des îles, depuis l’épine antérieure & supérieure de cet os, jusqu’environ le milieu de cette crête ; elle s’attache ensuite au grand trochanter, & postérieurement vers le milieu du fémur & à la partie supérieure du péroné ; après quoi elle se continue tout le long du tibia, en s’attachant à sa crête, & se termine enfin à la partie inférieure du péroné. Dans ce trajet, cette aponévrose couvre les muscles qui lui répondent ; savoir, une portion considérable du grand & du moyen fessier, tous les muscles qui sont couchés le long de la cuisse, principalement ceux de sa partie latérale externe, & ceux qui sont couchés antérieurement le long de la jambe entre le tibia & le péroné.

Cette aponévrose reçoit encore un très-grand nombre de fibres des muscles qu’elle couvre ; mais sur-tout du grand & du moyen fessier, de la courte tête du biceps muscle de la jambe, des péroniers, du jambier antérieur, & du long extenseur des orteils, avec tous lesquels muscles cette aponévrose se trouve comme confondue. Il est même à remarquer, à l’égard de la plûpart de ces muscles, que cette aponévrose leur fournit des cloisons qui les séparent les uns des autres. La même chose s’observe à l’aponévrose qui couvre les muscles de l’avant-bras, & principalement ceux qui sont couchés extérieurement entre ses deux os.

Nous venons de donner la description du fascia-lata d’après les plus grands maîtres ; mais il faut convenir que cette enveloppe tendineuse, qui embrasse les muscles de la partie antérieure de la cuisse, & qui communique avec plusieurs autres, est aussi difficile à décrire qu’à démontrer, parce qu’il n’est pas aisé d’en reconnoître les bornes ; de sorte qu’il ne faut pas s’étonner que les Anatomistes ne s’accordent point sur son étendue. Quoique tous les muscles qui