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celles de lin, de fénugrec, & bien d’autres, le sont également : mais l’usage a prévalu ; & les quatre que nous avons nommées, ont été regardées comme possédant éminemment cette vertu. Voyez Résolutif.

Les quatre farines résolutives sont d’un fréquent usage : on les fait entrer dans presque tous les cataplasmes, même dans ceux dont on n’attend qu’un effet émollient ; on les mêle avec la pulpe des plantes émollientes ou résolutives. Voyez Cataplasme. (b)

Farine minérale, (Hist. nat. minéral.) Ce nom a été donné par quelques auteurs, à une espece de terre marneuse ou crétacée, en poudre fort legere, douce au toucher, très-friable, d’une couleur blanche, & par conséquent semblable à de la farine de froment.

Plusieurs historiens allemands font mention de cette substance, & disent qu’en plusieurs endroits d’Allemagne, dans des tems de famine & de disette, causées par de grandes sécheresses, des pauvres gens, trompés par la ressemblance, ayant découvert par hasard cette espece de craie ou de marne, ont cru que la providence leur offroit un moyen de suppléer à la nourriture qui leur manquoit ; en conséquence, ils se sont servi de cette prétendue farine pour faire du pain, & la mêloient avec de la farine ordinaire : mais cette nourriture, peu analogue à l’homme, en fit périr un grand nombre, & causa des maladies très dangereuses à beaucoup d’autres. Cela n’est pas surprenant, attendu que cette substance pouvoit contenir une portion d’arsenic, ou de quelqu’autre matiere nuisible : d’ailleurs une semblable nourriture ne pouvoit être que très-incommode & fatigante pour l’estomac. La farine minérale ne doit être regardée que comme une espece de craie fort divisée, tout à-fait semblable à celle qu’on nomme lac lunæ, ou lait de lune. Voyez la minéralogie de Wallerius, tom. I. & Bruckmann, épistolæ itinerariæ centuria, I. épistol. xv. (—)

Farine empoisonnée, (Chimie métallurg.) expression par laquelle les Allemands designent l’arsenic sublimé dans les travaux en grand, sous la forme d’une poudre, que la fumée qui passe par le même canal, rend grise. Voyez Arsenic, & Sublimatoire en grand. Article de M. de Viliers.

Fariné, Farineux, en Peinture, se dit d’un ouvrage où l’artiste a employé des couleurs claires & fades, & dont les carnations sont trop blanches & les ombres trop grises ; les Peintres appellent ce coloris farineux.

FARINER, FARINEUX, (Jardinage.) se dit d’un fruit qui manque d’eau, & qui en rend le goût très mauvais. (K)

FARLOUSE, s. f. (Hist. nat. Ornitholog.) alauda pratorum, aloüette des prés ; elle est presque de moitié plus petite que l’aloüette ordinaire ; elle a plus de verd sur son plumage, dont les couleurs sont cependant moins belles : la farlouse fait son nid dans les prés, & se cache quelquefois sur les arbres. Il est difficile de l’élever, mais lorsqu’on y est parvenu, elle chante très-agréablement. Ray, synop. avium meth. Voyez Oiseau. (I)

FARO, s. m. (Géog.) ville de Portugal, au royaume d’Algarve, avec un port sur la côte du golphe de Cadix, & un évêché suffragant d’Eyora. Alphonse roi de Portugal la prit sur les Maures en 1249 : elle est à six milles sud de Tavira, quatorze est de Lagos, quarante sud-oüest d’Evora, neuf de l’embouchure de la Guadiana. Long. 9d 48′. lat. 36d 54′. Article de M. le Chevalier de Jaucourt.

* FAROUCHE, adj. (Gramm.) épithete que nous donnons aux animaux sauvages, pour exprimer cet excès de timidité qui les éloigne de notre présence ;


qui les retient dans les antres au fond des forêts & dans les lieux deserts, & qui les arme contre nous & contr’eux-mêmes, lorsque nous en voulons à leur liberté. Le correlatif de farouche est apprivoisé. On a transporté cette épithete des animaux à l’homme, ou de l’homme aux animaux.

Farouche, (Manége.) Un cheval farouche est celui que la présence de l’homme étonne ; que son approche effraye, & qui peu sensible à ses caresses, le fuit & se dérobe à ses soins. Est-il saisi ? est-il arrêté par les liens, qui sont les marques ordinaires de sa dépendance & de sa captivité ? Il se rend inaccessible ; le plus leger attouchement le pénetre d’épouvante ; il s’en défend, soit avec les dents, soit avec les piés, jusqu’à ce que vaincu par la patience, la douceur, & l’habitude de ne recevoir que de nos mains les alimens qui peuvent le satisfaire, il s’apprivoise, nous desire, & s’attache à nous.

Tels sont en général les chevaux sauvages, nés dans les forêts ou dans les deserts ; tels sont les poulains que nous avons long-tems délaissés & abandonnés dans les paturages ; telles sont certaines races de chevaux indociles, & moins portés à la familiarité & à la domesticité, que le reste de l’espece ; tels étoient sans doute ceux des Assyriens, selon le rapport de Xénophon, ils étoient toûjours entravés ; le tems que demandoit l’action de les détacher & de les harnacher, étoit si considérable, que ces peuples, dans la crainte du desordre où les auroit jettés la moindre surprise de la part des ennemis, par l’impossibilité où ils se voyoient de les équiper avec promptitude, étoient toûjours obligés de se retrancher dans leur camp.

Il en est encore, dont une éducation mal entendue a perverti, pour ainsi dire, le caractere ; que les châtimens & la rigueur ont aliénés, & qui ayant contracté une sorte de férocité, haïssent l’homme plûtôt qu’ils ne le redoutent. Ceux-ci, qu’un semblable traitement auroit avilis, s’ils n’eussent apporté en naissant la fierté, la générosité, & le courage, que communément on observe en eux, n’en sont que plus indomptables. Il est extrèmement difficile de trouver une voie de les adoucir ; notre unique ressource est, en nous en défiant sans cesse, de les prévenir par des menaces, de leur imprimer la plus grande crainte, de les châtier & de les punir de leurs moindres excès.

Quant aux premiers, si notre attention à ne les jamais surprendre en les abordant, & à ne les aborder qu’en les flatant, & en leur offrant quelques alimens ; si des caresses repétées, si l’assiduité la plus exacte à les servir & à leur parler, ne peuvent surmonter leur timidité naturelle, & captiver leur inclination, le moyen le plus sûr d’y parvenir, est de leur supprimer d’abord, pendant l’espace de vingt-quatre heures, toute espece de nourriture, & de leur faire éprouver la faim & la soif même. En les privant ainsi d’un bien dont il leur est impossible de se passer, & de joüir sans notre secours, nous convertissons le besoin en nécessité, & nous irritons le sentiment le plus capable de remuer l’animal. Il suffit de les approcher ensuite plusieurs fois ; de leur offrir du fourage, poignée par poignée ; de le leur faire souhaiter, en éloignant d’eux la main qui en est pourvue, & en les contraignant d’étendre le cou pour le saisir : insensiblement ils céderont ; ils s’habitueront ; ils se plieront à nos volontés, & chériront en quelque façon leur esclavage.

On a mis en usage, pour les apprivoiser, la méthode pratiquée en Fauconnerie, lorsqu’on se propose de priver un oiseau nouvellement pris, & qu’on est dans le dessein de dresser au vol. On a placé le cheval farouche, de maniere que dans l’écurie son derriere étoit tourné du côté de la mangeoire. Un