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chef que le patriarche de Constantinople qui y fait sa résidence, & qui est élû par les métropolitains & archevêques, puis confirmé par le grand-seigneur. Tous leurs patriarches & évêques sont religieux de l’ordre de S. Basile ou de S. Chrysostome. Les prélats & les religieux grecs portent leurs cheveux longs comme les séculiers en Europe, & different en cela des autres nations orientales qui les portent courts. Leurs habits pontificaux & sacerdotaux sont entierement différens de ceux dont on use dans l’église romaine. Ils ne se servent point de surplis ni de bonnets quarrés, mais seulement d’aubes, d’étoles & de chapes. Ils célebrent la messe avec une espece de chape qui n’est point ouverte ou fendue par le devant. Le patriarche porte une dalmatique en broderie, avec des manches de même ; & sur la tête une couronne royale, au lieu de mitre. Les évêques ont une certaine toque à oreilles, semblable à un chapeau sans rebords. Ils ne portent point de crosse, mais une béquille d’ébene, ornée d’ivoire ou de nacre de perle.

On ne célebre qu’une seule messe par jour en chaque église greque, & deux les fêtes & dimanches. Ils n’ont point d’autre traduction de la Bible que celle des Septante. Ils nient que le saint-Esprit procede du Fils, & néanmoins administrent le baptême au nom des trois personnes de la sainte Trinité. Ils ont la même créance que les Latins au sujet de l’eucharistie ; mais ils consacrent avec du pain levé, & donnent la communion au peuple sous les deux especes. Ils n’admettent point de purgatoire, quoiqu’ils avouent dans leur martyrologe qu’il y a un étang de feu, par lequel passent les ames qui ont quelques souillures pour en être purifiées. Ils prient Dieu pour les défunts, & célebrent des messes à leur intention pour les délivrer de ces peines, ou selon d’autres, pour fléchir la miséricorde de Dieu, qui, selon eux, ne doit juger personne qu’à la fin du monde. Il y en a aussi qui pensent que les peines des Chrétiens ne seront pas éternelles en enfer. Ils traitent d’hérétiques ceux qui ne font pas le signe de la croix comme eux, c’est-à-dire en portant premierement la main au côté droit, puis au gauche ; parce que, disent-ils, notre Seigneur donna sa main droite la premiere pour être crucifiée. Ils ne veulent point d’images en bosse ou en relief, mais seulement en plate peinture ou en gravure. Ils ne se servent point de musique ni de cloches dans les églises, & tiennent les femmes séparées des hommes par des treillis. A Constantinople, la plûpart des Chrétiens ont des chapelets ; mais dans la Grece, il n’y en a guere qui sachent le Pater & l’Ave. En général, les Grecs modernes sont fort ignorans, même leurs évêques, prêtres & religieux, les lettres étant aujourd’hui aussi négligées parmi eux, qu’elles y étoient autrefois cultivées. On trouvera répandu dans ce Dictionnaire ce qui concerne les opinions & les pratiques des Grecs modernes, soit sur le dogme, soit sur la discipline, sous les différens titres qui y sont relatifs.

On compte parmi les Grecs modernes plusieurs sociétés ou sectes chrétiennes répandues en Orient, & qui ont leurs évêques & leurs patriarches particuliers ; comme les Maronites ou Chrétiens du mont Liban, les Arméniens, les Georgiens, les Jacobites, les Nestoriens, les Cophtes, &c. Voyez Maronites, Arminiens, &c. (G)

GRECE, (Eglise de la) Hist. ecclés. L’église de la Grece, qu’il faut distinguer de l’église greque, est l’église établie par S. Paul & par ses collégues, à Corinthe, à Thessalonique, & autres lieux de l’ancienne Grece en Europe. On peut encore y ajoûter l’église fondée par les apôtres, à Ephese, à Antioche, & dans les autres villes de la Grece asiatique. (D. J.)

Grece, s. f. (Géog.) Nous comprenons aujour-

d’hui sous le nom de Grece, divers pays qui n’en

étoient pas tous anciennement, & qu’on pourroit diviser en sept parties soûmises au grand-seigneur : savoir, 1°. la Romanie ou Rumelie, qui étoit la Thrace des anciens : 2°. la Macédoine, qui renferme le Jamboli, le Coménolitari & la Janna : 3°. l’Albanie : 4°. la Livadie : 5°. la Morée, autrefois le Péloponnese : 6°. l’île de Candie, autrefois Crete : 7°. les iles de l’Archipel au nombre de quarante-trois.

Toute cette étendue de pays est bornée à l’est par la mer Egée, au nord par les provinces du Danube, à l’ouest & au sud par une partie de la Méditerranée. Le gouvernement politique s’exerce sous le département général de deux bachas, de celui de Rumélie & du capoutan bacha. Celui de Rumélie a sous lui 24 sangiacs ; le capoutan bacha, qui est l’amiral de l’Archipel, a sous ses ordres treize sangiacs.

La religion dominante est le Mahométisme ; le Christianisme du rit grec, suivi par le plus grand nombre des habitans qui cultivent les îles de l’Archipel, y est toléré.

Les langues d’usage sont le turc & le grec vulgaire. La langue turque est employée par les Mahométans, & la greque par les Chrétiens.

Les denrées, sur-tout celles des îles de l’Archipel dont il se fait un grand commerce, consistent en huiles, vins, soies crues, miel, cire, coton, froment, &c. L’ile de Candie est renommée pour ses oliviers qui ne meurent que de vieillesse, parce qu’il n’y gele jamais. Chio est célebre pour son mastic & pour ses vins ; Andros, Tine, Thermie & Zia, pour leurs soies ; Mételin qui est l’ancienne Lesbos, pour ses vins & ses figues ; Naxie, pour son émeril ; Milo, pour son soufre ; Samos, pour son ochre ; Siphanto, pour son coton ; Skino, pour son froment ; Amorgos, pour une espece de lichen, plante propre à teindre en rouge, & que les Anglois consomment, &c.

Cependant la Grece a essuyé tant de revers, qu’on ne trouve plus en elle aucune trace de son ancienne gloire & de sa grandeur passée. Ses villes autrefois si nombreuses & si florissantes, n’offrent aujourd’hui que des monceaux de ruines ; ses provinces jadis si belles & si fertiles, sont desertes & sans culture. Telle est la pesanteur du joug des Ottomans sous lequel les habitans gémissent, qu’ils en sont entierement accablés, & leur seul aspect ne fait appercevoir que des esprits abattus. Voyez Grecs. (D. J.)

Grece asiatique, (Géog. anc.) on a autrefois ainsi nommé la partie de l’Asie où les Grecs s’étoient établis, principalement l’Eolide, l’Ionie, la Carie & la Doride, avec les îles voisines. Ces Grecs asiatiques envoyerent le long de la Propontide & même jusqu’au fond du Pont-Euxin, des colonies qui y établirent d’autres colonies : de-là vient que l’on y trouve des villes qui portent des noms purement grecs, comme Héraclée, Trébisonde, Athenes. Voyez Athenes, Héraclée, Trébisonde. (D. J.)

Grece, (grande) Géog. anc. dénomination anciennement donnée à la partie orientale & méridionale d’Italie, où les premiers Grecs envoyerent un grand nombre de colonies, qui y fonderent plusieurs villes considérables, comme nous l’apprend Denis d’Halicarnasse. La grande Grece comprenoit la Pouille, la Messapie la Calabre, les Salentins, les Lucaniens, les Brutiens, les Crotoniates & les Locriens. Le P. Briet en a fait une table, dont voici l’abregé.

La Pouille Daunienne ville Siponte.
Peucétienne ville Canusium, aujourd’hui Canosa.
La Messapie les Calabrois.
villes Brindes.
les Salentins.
ville Tarente.