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NUMÉRO 2


Rapport de la commission du travail et de l’échange sur la liquidation des monts-de-piété.


On ne peut assigner une date précise à l’usure. Dès que les hommes eurent, à l’échange pure et simple, substitué une monnaie, la passion du lucre engendra le prêt usuraire.

Au moyen âge, les peuples se débattaient sous l’étreinte des prêteurs d’argent, juifs, lombards, caorsins, qui, de pair avec l’Église, les écrasaient d’impôts, de redevances et d’intérêts ; aux temps les plus reculés, on voit pratiquer l’usage de la contrainte par corps, du prêt sur gages et de l’hypothèque.

Dans une charte de 1234, Louis IX s’exprime ainsi :

« Il fut commandé destroitement à toz les baillis que li cors des Crestiens ne soient pris de ci en avant par la dete des Juifs, et que li Crestiens ne soient pas contraints de vaindre por ce leur héritage. »

D’autres ordonnances royales tendirent à réglementer l’usure, et de nombreuses proscriptions vinrent atteindre les usuriers. Mais ces mesures n’eurent pas d’effets bien efficaces, car les abus et les exactions se perpétuèrent sous tous les règnes ; et, le plus souvent, ces persécutions, commandées par les seigneurs, le clergé, ou les rois, n’avaient d’autres motifs que la confiscation, à leur profit, des fortunes que les Juifs ou les lombards avaient amassées.

Des lettres patentes du mois de mai 1382 concèdent aux lombards et à leurs facteurs le droit d’organiser des maisons de prêt sur gages, limitent le taux des intérêts et légifèrent en 26 articles le monstrueux privilège d’extorquer la fortune publique et le produit du travail. (Les intérêts furent fixés à 43 3/5 p. 100.)

Dans ses ordonnances du Louvre, Louis XI confirme purement et simplement les lettres de 1382 ; mais ce furent les dernières.

Les monts-de-piété prennent leur origine en Italie, et l’exemple est suivi dans les Pays-Bas : Pérouse, 1467 ; Savone, 1479 ; Cesène, 1488, etc. ; Rome, 1590. Ce dernier établissement prit un tel développement, qu’il put même faire l’office d’une banque de prêts pour des sommes considérables.