Page:Figuier - Les Merveilles de la science, 1867 - 1891, Tome 1.djvu/155

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LES
BATEAUX À VAPEUR


CHAPITRE PREMIER

essais de navigation par la vapeur exécutés en france, par le marquis de jouffroy. — tentatives antérieures. — blasco de garay. — papin. — savery. — j. dickens. — bernouilli. — le chanoine gauthier de nancy. — premières études théoriques et pratiques faites en france, par d’auxiron et follenai, pour appliquer la pompe à feu à la navigation sur les rivières. — le marquis de jouffroy reprend les essais de d’auxiron et de follenai. — expérience faite sur le doubs, par le marquis de jouffroy, avec l’appareil palmipède. — les bateaux à roues. — les roues appliquées autrefois à la navigation. — leur emploi proposé de nouveau, au xviiie siècle. — expérience faite à lyon, avec le bateau à roues du marquis de jouffroy.

Vers la fin de l’année 1775, un jeune gentilhomme de la Franche-Comté, Claude-Dorothée, marquis de Jouffroy-d’Abbans, vint pour la première fois à Paris. Il arrivait de l’île Sainte-Marguerite, où l’avait exilé pendant deux ans, une lettre de cachet sollicitée par sa famille, à la suite d’un duel qu’il avait eu avec le colonel de son régiment.

Il y avait, comme on le sait, dans l’île Sainte-Marguerite, qui se trouve parmi les îles de Lérins, en face de Cannes, en Provence, une prison d’État célèbre, la même où fut enfermé l’homme au masque de fer.

Pendant son exil, le jeune officier n’avait guère d’autre distraction que le spectacle de la mer. En observant les manœuvres des galères, conduites à la rame, par les forçats, suivant l’usage de ce temps, il avait été frappé des inconvénients de ce mode de propulsion des navires. Depuis que l’Académie des sciences avait mis au concours, en 1753, la question des moyens de suppléer à l’action du vent, et couronné le mémoire présenté sur ce sujet par Daniel Bernouilli, on s’occupait en France, avec beaucoup d’ardeur, des perfectionnements à introduire dans les procédés de navigation. M. de Jouffroy préoccupé du même genre de recherches, conçut l’idée que la machine à vapeur pourrait remplacer l’action des rames.

Cette pensée n’avait rien d’ailleurs que de fort simple ; elle s’était déjà présentée à l’esprit de la plupart des mécaniciens de cette époque. La machine de Watt, alors consacrée, en Angleterre, à l’épuisement de l’eau dans les mines, constituait un moteur d’une puissance extraordinaire, et tout le monde comprenait que ce nouvel agent était de nature à recevoir bientôt un grand nombre d’applications nouvelles. En étudiant avec attention les divers éléments théoriques et pratiques relatifs à la marche