Page:Figuier - Les Merveilles de la science, 1867 - 1891, Tome 1.djvu/609

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vait dans son laboratoire, occupé, avec quelques élèves, à répéter ses expériences sur l’irritabilité nerveuse des animaux à sang froid, et en particulier des grenouilles. Pour procéder à ces expériences, on avait fait subir à la grenouille une préparation anatomique qui consistait : 1o à dépouiller rapidement de sa peau l’animal vivant ; 2o à séparer d’un coup de ciseau, les membres inférieurs de la partie supérieure du corps, en conservant seulement les deux nerfs de la cuisse (les nerfs cruraux, qui sont très-développés chez ce batracien). Ces nerfs, étant respectés, servaient à maintenir, appendus par ce seul lien, les membres inférieurs de l’animal.

Dans le même laboratoire où Galvani se livrait en ce moment, à ses recherches sur l’irritabilité nerveuse des grenouilles, un autre observateur de ses amis était occupé à faire, de son côté, quelques expériences de physique, au moyen d’une machine électrique ordinaire. Cette coïncidence, assez singulière, fut le véritable hasard dont on a tant parlé à ce propos.

Ayant fait subir à sa grenouille la préparation anatomique que nous venons de décrire, Galvani la posa, sans intention particulière, sur la tablette de bois qui servait de support à la machine électrique ; puis il sortit du laboratoire, pour se rendre dans une autre partie de la maison.

Or, il arriva que l’un des aides de Galvani, sans doute pour achever la dissection et la séparation des nerfs cruraux de la grenouille, vint à toucher ces nerfs de la pointe de son scalpel. Tout aussitôt, les membres inférieurs de l’animal entrèrent en contraction, comme s’ils étaient pris d’une convulsion tétanique.

On comprend aisément la surprise qu’occasionna ce phénomène insolite aux personnes qui se trouvaient en ce moment dans le laboratoire.

Parmi elles étaient la femme du professeur, Lucia Galvani, compagne constante et dévouée, qui exerça une grande influence sur la destinée et les travaux du célèbre anatomiste. Pendant que l’on s’empressait à reproduire, en se plaçant dans les mêmes conditions, le curieux phénomène qui avait si fort étonné les assistants, Lucia Galvani crut reconnaître que les contractions de la grenouille n’étaient jamais excitées qu’au moment précis où l’on tirait une étincelle de la machine électrique voisine. En effet, l’expérience répétée avec cette circonstance particulière, réussissait toujours. Quand on tirait une étincelle de la machine, et qu’en même temps, une autre personne touchait de la pointe d’un scalpel, les nerfs cruraux de la grenouille, placée pourtant à une certaine distance de l’appareil électrique, les contractions lombaires ne manquaient jamais de se manifester. Elles n’apparaissaient pas, au contraire, quand on laissait en repos la machine.

Émerveillée de ce fait, Lucia Galvani courut aussitôt en faire part à son mari, retenu en ce moment hors du laboratoire.

Ce dernier s’empressa de vérifier le phénomène annoncé, et il ne put qu’en constater la réalité. En plaçant la grenouille sur la tablette de la machine électrique comme le représente la figure de la page 601, puis approchant la pointe d’un scalpel de l’un ou de l’autre des nerfs cruraux de la grenouille, tandis qu’une autre personne tirait l’étincelle de la machine, le phénomène se produisit exactement de la même manière. Les membres inférieurs de l’animal furent pris de contractions violentes, comme par l’effet d’un mouvement tétanique.

Voici le passage du mémoire latin de Galvani où le fait qui précède est raconté avec détail :

« La chose se passa pour la première fois comme je vais le raconter. Je disséquais une grenouille et je la préparais comme l’indique la figure 2 de ce mémoire. Ensuite, me proposant toute autre chose, je la plaçai

    éditeurs de ses Œuvres complètes, où elle se trouve reproduite. (Notices biographiques. Tome Ier, page 212), in-8o. Paris, 1854.