Page:Figuier - Les Merveilles de la science, 1867 - 1891, Tome 3.djvu/168

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lui présente par ce qu’il voit lui-même, ou par ce qu’il croit voir. Or, la photographie est venue apporter les moyens d’empêcher cette interprétation individuelle de l’artiste, en retraçant les objets d’histoire naturelle avec une fidélité absolue.

L’emploi de la photographie pour la représentation des formes zoologiques, par exemple, présente les animaux sous leur aspect absolument vrai et indépendant de toute interprétation particulière à l’auteur. Quand un naturaliste exécute lui-même ses dessins, il lui est impossible de faire abstraction de ses idées personnelles. Bien souvent ses prédilections théoriques lui ferment involontairement les yeux sur des détails qu’apercevrait pourtant et que traduirait un autre zoologiste, imbu d’idées différentes. Aussi les dessins d’un zoologiste peuvent-ils rarement profiter aux études de ses successeurs, qui y cherchent en vain les particularités de structure dont le premier iconographe n’avait pas tenu compte, parce que son attention ne se portait pas sur ces détails, ou parce que son système scientifique écartait la considération de ces particularités. La photographie, par l’impartialité absolue de sa représentation graphique, met à l’abri de cet inconvénient.

Ajoutons une seconde considération. Les parties du corps des animaux que le dessinateur doit représenter, offrent, le plus souvent, une foule de détails qu’il est important d’exprimer, mais que leur ténuité ne permet pas toujours de mettre en évidence. Il est dès lors indispensable d’exécuter à part, une image de ces parties, vues au microscope. Pour donner une idée exacte de l’objet, il faut donc presque toujours que le dessinateur exécute deux sortes d’images : une figure d’ensemble, non grossie, et les figures de certaines parties caractéristiques, amplifiées. Cette nécessité n’existe plus avec la reproduction photographique ; car l’épreuve donne à elle seule la figure d’ensemble et la figure grossie. En effet, si l’on examine à la loupe l’épreuve photographique, on y découvre tous les détails que cet instrument ferait voir dans l’objet lui-même. Une seule et même image peut donc tenir lieu des deux sortes de figures qui sont généralement nécessaires dans les planches de zoologie.

Ces considérations expliquent l’empressement avec lequel les photographes se sont occupés d’appliquer leurs procédés aux études de l’histoire naturelle. C’est, en effet, de l’origine de la photographie, c’est-à-dire de l’époque où l’on en était encore réduit à la plaque daguerrienne, que datent les premières applications de la photographie à l’histoire naturelle.

La possibilité d’obtenir en quelques instants, avec la plaque daguerrienne, des dessins parfaits d’animaux, de plantes et d’organes isolés, frappa tout de suite les naturalistes voyageurs, comme leur offrant la faculté d’accroître indéfiniment les richesses de leurs collections d’études.

Les premières applications de la photographie par les naturalistes voyageurs, furent réalisées par M. Thiessen, dans les portraits daguerriens que ce savant rapporta en France en 1844, des Botocudos, naturels de l’Amérique du Sud, ainsi que dans les études de types africains qui furent recueillis par le même naturaliste, dans un voyage postérieur.

M. Rousseau, aide-naturaliste au Jardin des Plantes de Paris, publia quelques portraits photographiques de Hottentots, qui étaient venus se montrer dans la capitale.

Vint ensuite le voyage du prince Napoléon dans les mers du nord de l’Europe, effectué en 1856. Ce voyage permit aux naturalistes de l’expédition de recueillir une série de types vivants de Groënlandais, d’Islandais, etc. Tous les spécimens obtenus par M. Rousseau, sont déposés au Muséum d’histoire naturelle de Paris, où l’on a formé une collection de types d’individus vivants, recueillis en divers