Page:Figuier - Les Merveilles de la science, 1867 - 1891, Tome 3.djvu/627

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


On s’assurera de la résistance des tuyaux par la méthode qui sert à éprouver le degré de géliveté des pierres à bâtir.

Les constructeurs appellent pierres gélives, celles qui se brisent en éclats, plus ou moins considérables, sous l’influence de la gelée. Ce phénomène physique s’explique comme il suit. L’eau qui a pénétré dans les pores d’une pierre, augmente de volume en se congelant ; elle tend à briser ses enveloppes. Le bloc de pierre qui a été ainsi pénétré d’eau, doit donc éclater lorsqu’il survient une gelée. Un procédé ingénieux a été imaginé, au commencement de notre siècle, par le minéralogiste Brard, pour reconnaître d’avance si une pierre à bâtir est ou non gélive. Ce procédé consiste à exposer des échantillons des pierres que l’on veut essayer, à l’action d’une dissolution saturée de sulfate de soude. On retire les échantillons, et on les abandonne à eux-mêmes pendant vingt-quatre heures. Au bout de ce temps, ils sont couverts d’une efflorescence blanche. On les lave dans la dissolution de sulfate de soude, et on répète cette dernière opération toutes les fois que les efflorescences sont abondantes. Le sulfate de soude, en cristallisant au sein de la masse poreuse de la pierre, augmente de volume, et produit le même effet que l’eau qui augmente de volume quand elle se congèle. Si donc on trouve au fond des vases dans lesquels on a fait le lavage, des fragments de pierre, et si les échantillons soumis à l’épreuve ont perdu leurs angles et arrondi leurs arêtes, c’est que la pierre est gélive. En pesant les débris recueillis, et comparant le poids obtenu au poids primitif de l’échantillon d’essai, on connaîtra sensiblement le degré de géliveté de la pierre.

Si l’on opère de la même façon sur les tuyaux de drainage, on peut se former une idée de leur qualité, et s’assurer à l’avance de leur conservation au sein de la terre.

La marche que l’on suit dans la pose des tuyaux, varie selon la consistance, le degré d’humidité et l’état du terrain. Si le sol est sec au moment où on travaille, ou bien s’il est assez consistant, quoique humide, pour ne se point mettre en boue, on construit d’abord les drains collecteurs, ainsi que les raccordements des petits drains qui débouchent dans ces collecteurs, puis on procède à la pose des tuyaux.

Quand le terrain est détrempé par l’eau, il existe au fond des drains une couche de boue, dans laquelle les conduits pourraient s’enfoncer, et par conséquent s’obstruer. Il faut donc enlever la boue avant de placer les tuyaux ; ce qui se fait avec des curettes comme celles que représentent les figures précédentes.

Il est même utile de faire aux tuyaux un lit de paille, pour qu’ils ne s’enfoncent point dans le sol détrempé qui constitue le fond des rigoles, même après l’enlèvement de la boue.

On pose, en premier lieu, le conduit des petits drains, en commençant par les parties les plus élevées du champ, et l’on termine par le drain collecteur.

Quand le terrain est mouvant, et que les tranchées ne sauraient rester longtemps ouvertes, il faut envelopper les tuyaux de conduite dans d’autres tuyaux un peu plus larges, en ayant soin d’alterner les joints. On peut toujours obtenir un fond solide dans le sable mouvant, en y enfonçant des pierrailles ou des branchages.

Aussitôt que la tranchée a été préparée, comme il vient d’être dit, sur une faible longueur, on y jette un peu de terre très-forte ou d’argile, et après avoir tassé légèrement cette terre, on place les tuyaux par-dessus. Ces tuyaux sont aussitôt recouverts de terre fortement tassée, et l’on comble immédiatement la tranchée. Dans les terrains mouvants ce travail est délicat et doit être fait avec grand soin.

Mais comment se fait la pose des tuyaux ? Les tuyaux de grande dimension se placent à la main, parce que les tranchées qui doivent