Page:Figuier - Les Merveilles de la science, 1867 - 1891, Tome 3.djvu/729

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lence des courants. Malgré ces conditions défavorables en apparence et qui avaient fait prédire un échec, les résultats ont dépassé les prévisions les plus hardies de la science.

« Le conseil général des Côtes-du-Nord, dans un rapport où il vote des remerciements à M. Coste, en rend témoignage à la suite d’une exploration à laquelle le préfet lui-même assistait.

« Dans cette exploration, qui avait aussi pour témoins l’ingénieur en chef du département et d’autres notabilités dans l’ordre civil et militaire, la plus ancienne et la plus récente des huîtrières créées ont été examinées. La production, sur ces deux points, a montré jusqu’à l’évidence que l’entreprise ne laissait rien à désirer : la drague, promenée quelques minutes seulement sur les bancs de Saint-Marc, amenait chaque fois plus de 2 000 huîtres comestibles, et 3 fascines, prises au hasard, parmi les 300 qui ont été mouillées en juin 1859 sur la zone du no 10, en contenaient chacune près de 20 000 du diamètre de 3 à 5 centimètres, comme l’ont constaté et vérifié les équipages du Chamois, du Pluvier, de l’Éveil, sous le contrôle sévère des commandants de ces navires.

« Deux de ces fascines, exposées à Binic et à Portrieux, ont été pendant plusieurs jours l’objet de l’étonnement général des populations du littoral.

« Les échantillons que M. Coste a mis sous les yeux de l’Académie des sciences, et qu’il a bien voulu mettre à ma disposition pour être présentés à la Société d’acclimatation, permettent de comprendre quelle est l’étendue des richesses que les procédés artificiels, doivent créer sur les fonds en culture.

« L’expérience désormais célèbre de la baie de Saint-Brieuc n’a pas seulement ému nos populations maritimes, elle a aussi éveillé l’attention des étrangers. Des savants distingués, parmi lesquels on pourrait citer M. Van Beneden, professeur à l’Université de Louvain, et M. Eschrickt, professeur à l’Université de Copenhague, ont reçu de leurs gouvernements respectifs la mission de venir étudier le procédé d’ostréiculture mis en usage dans nos mers, pour en faire l’application aux côtes de la Belgique et du Danemark.

« Après avoir montré par l’ensemencement de la baie de Saint-Brieuc, que l’industrie pouvait étendre son action jusqu’aux profondeurs de la mer dans les régions qui jamais ne se découvrent, M. Coste a fait voir qu’elle était également en mesure d’attirer et de fixer la récolte sur les terrains émergents où, à marée basse, on donne des soins au coquillage, comme dans nos jardins aux fruits de nos espaliers.

« Cette idée, qu’il avait exprimée dès 1855, dans son Voyage d’exploration, a été mise en œuvre sur plusieurs points du littoral de l’Océan. Elle y a créé de telles richesses, que la condition sociale des populations appelées par cette culture à une prospérité inconnue jusqu’alors, en a été modifiée.

« Le bassin d’Arcachon, naguère complétement dépeuplé d’huîtres, est aujourd’hui transformé en un vaste champ de production qui s’accroît chaque jour et devient un des centres les plus actifs des approvisionnements de nos marchés. Déjà cent douze capitalistes, associés à cent douze marins, y exploitent une surface de 400 hectares de terrains émergents, et l’État, pour donner l’exemple, y a organisé deux fermes modèles destinées à expérimenter tous les appareils propres à fixer la semence et à rendre la récolte facile.

« Des toits collecteurs formés par des tuiles adossées ou imbriquées, des planchers mobiles, les uns servant de couvert à des fascines, les autres ayant une de leurs faces enduite d’une couche de mastic hérissé de bucardes, y sont alignés sur des chemins d’exploitation, comme les maisons d’une ville sur une rue.

« En dehors des appareils, de vastes surfaces de terrain ont été recouvertes de coquilles d’huîtres et de cardium, afin de recevoir le naissain errant. Toits, planches, fascines, tuiles, coquilles, pierres, tout s’est tellement chargé d’huîtres, que, sur une seule tuile, on a compté mille sujets. Je mets sous les yeux de la Société un échantillon de chacun de ces collecteurs. Elle y verra les promesses de la science transformées en réalités incontestables.

« Le bassin d’Arcachon n’est pas seulement un centre de production, où l’huître se multiplie avec profusion, il est en même temps un lieu de perfectionnement où le coquillage acquiert des qualités de forme et de goût qui permettent de le porter sur le marché sans autre préparation.

« Toutes les manipulations qu’on est obligé de lui faire subir ailleurs pour lui donner ces qualités se trouvent donc ici supprimées ; il en résulte une économie, qui contribuera bientôt à en faire baisser le prix.

« Dans l’île de Ré, sur une longueur de près de quatre lieues, de la pointe de Rivedoux à la pointe de Loine, plusieurs milliers d’hommes venus de l’intérieur des terres ont pris possession d’une immense et stérile vasière et l’ont transformée, depuis deux ans seulement, en un riche domaine.

« Quinze cents parcs y sont dès à présent en pleine activité, et deux mille autres sont en voie de construction, en sorte que ces établissements formeront bientôt une ceinture à l’île.

« Ici, les conditions n’étant plus les mêmes qu’à Arcachon et à Saint-Brieuc, l’industrie a dû avoir recours à des procédés différents. Elle avait à écouler la vasière, qui rendait impossible la culture de l’huître, et à former des appareils qui fussent à l’abri des animaux destructeurs du bois.

« Ce double but a été atteint par les empierrements dont elle a couvert la plage, à l’exemple de ce qui se fait dans les parcs de Lolen et de la Rochelle.