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HISTOIRE DU CANADA.

l’Angleterre sur les représentations du général Prescott, à la fin du siècle dernier, loin de les avoir fait cesser, semblaient les avoir accrus malgré les murmures de tout le monde. On continuait toujours à gorger les favoris de terres. On en avait tant donné que Drummond manda aux ministres que tous ces octrois empêchaient d’établir les soldats licenciés et les émigrans sur la rivière St.-François. Chacun s’était jeté sur cette grande pâture, et pour la dépecer on s’était réuni en bande. Un M. Young en avait reçu 12,000 acres ; un M. Felton en avait eu 14,000 acres pour lui-même et 10,000 pour ses enfans. De 1793 à 1811 plus de trois millions d’acres avaient été ainsi donnés à une couple de cents favoris, dont quelques-uns en eurent jusqu’à 60 et 80,000, comme le gouverneur R. Shore Milnes, qui en prit près de 70,000 pour sa part. Ces monopoleurs n’avaient aucune intention de mettre eux-mêmes ces terres en valeur. Comme elles ne coûtaient rien ou presque rien, ils se proposaient de les laisser dans l’état où elles étaient jusqu’à ce que d’établissement du voisinage en eût fait hausser le prix. Un semblant de politique paraissait voiler ces abus. On bordait, disait-on, les frontières de loyaux sujets pour empêcher les Canadiens de fraterniser avec les Américains. « Folle et imbécile politique, s’écriait un membre de la chambre, M. Andrew Stuart, en 1823 ; on craint le contact de deux populations qui ne s’entendent pas, et on met pour barrière des hommes d’un même sang, d’une même langue et de mêmes mœurs et religion que l’ennemi ! »

Drummond porta encore son attention sur un autre département, celui des postes. Il y découvrit de tels désordres qu’il demanda la destitution de M. Heriot qui en était le chef.

Ces diverses perquisitions qui mettaient à nu le défaut de contrôle à chaque pas l’occupèrent jusqu’à l’ouverture du parlement en 1816.[1]

Rien de remarquable ne se passa dans les premiers jours de la session, lorsque M. Loring, le secrétaire du gouverneur, vint remettre à la chambre un message qui l’informait que les accusations contre les juges Sewell et Monk étaient repoussées, et que les juges réunis avaient le droit de faire des règles de pratique pour leurs tribunaux. Le gouverneur ajoutait « que le prince

  1. Dépêches de Drummond à lord Bathurst, 16 juin 1816.